05/06/2026
Le mot de la semaine : les herbes dans le canal
« C'est plein d'herbes, on ne peut plus pêcher ! » On l'entend en permanence. Alors aujourd'hui, on déroule le sujet en entier.
C'est quoi, au juste, ces herbes ?
Déjà, ce ne sont pas majoritairement « des algues » : ce sont des plantes aquatiques, qu'on appelle des macrophytes. Chez nous, de nombreuses espèces autochtones prolifèrent : le myriophylle, aux feuilles fines et plumeuses disposées en couronnes ; les potamots, en rubans ou plus larges et parfois flottants ; le cératophylle, ou cornifle, raide et sans racines, en forme de cornes de cerf, qui raffole des eaux riches ; le nénuphar et ses grandes feuilles plates dans les zones calmes ; et les lentilles d'eau, ce tapis vert minuscule qui recouvre parfois toute la surface. Depuis quelques années, d'autres espèces allochtones viennent s'ajouter à elles, comme l'élodée (du Canada ou de Nuttall), ces « forêts » vert dense sous la surface, importée d'Amérique du Nord. Bref, un vrai petit jardin sous l'eau.
Pourquoi ça prolifère ?
La lumière : plus l'eau est claire, plus elle descend au fond, et plus les plantes poussent. Un canal qui se remplit d'herbes, c'est donc souvent un canal dont l'eau s'est éclaircie : pas une eau « sale », plutôt l'inverse. Ensuite les nutriments : l'azote et le phosphore venus du bassin versant (agriculture, ruissellement) font office d'engrais naturel. Ajoutez une eau lente, presque sans courant et aux niveaux régulés, des étés de plus en plus chauds et longs qui allongent la saison de croissance, et enfin la baisse de la navigation et de l'entretien du chenal : la végétation reprend simplement ses droits. On l'a très bien vu sur le canal des Ardennes ces dernières années.
Pourquoi la FDAAPPMA 08 n'y peut rien ?
Disons le clairement, une bonne fois : le canal ne nous appartient pas. C'est le domaine public fluvial, géré par Voies Navigables de France (VNF). Les niveaux d'eau, les écluses, le dragage et surtout le faucardage (la coupe des herbes), c'est VNF, pas nous. La FDAAPPMA 08, elle, détient un droit de pêche sur le canal : on vous y fait pêcher, on gère la pêche, on soutient financièrement l'alevinage, on surveille, mais nous n'avons aucune main sur l'eau ni sur la végétation. On ne peut pas débarquer pour faucarder un canal qui n'est pas le nôtre. Ce qu'on peut faire, et qu'on fait, c'est signaler et demander ; mais le faucardage coûte cher et l'arbitrage final revient à VNF, sur un canal aujourd'hui surtout tourné vers le tourisme. Donc nous reprocher les herbes, c'est taper à la mauvaise porte : ça ne fait pas pousser une herbe de moins, et ça nous détourne de tout ce qu'on fait vraiment pour vous. Et puis, soyons honnêtes deux secondes… est-ce qu'il serait vraiment mieux qu'on rase tout ?
Les herbiers : votre meilleur allié !
Voilà le vrai sujet : ces herbes que vous maudissez, c'est l'usine à poissons du canal. Ce sont des frayères, d'abord : le brochet pond sur la végétation des bordures, la perche colle ses rubans d'œufs sur les tiges, le gardon, la tanche, la brème et le rotengle fraient dans les herbiers ; pas d'herbiers, pas de relève. C'est aussi une nurserie où les alevins se cachent des prédateurs, à la fois abri et garde-manger. En journée, les plantes produisent l'oxygène que respirent les poissons, et les herbiers grouillent d'insectes et de petites bêtes : toute la chaîne alimentaire démarre là. En captant les nutriments, elles participent même à cette eau plus claire dont on parlait. Et pour vous, pêcheurs ? Le carnassier que vous cherchez est planqué dedans : les bordures, les trouées et les lisières d'herbiers, c'est souvent là que sortent les plus beaux poissons. Un peu de technique : leurres anti-herbe, pêche en lisière, et l'herbier devient votre meilleur spot.
Un canal, rappelons-le, a été creusé à des fins de navigation et non halieutiques : sans herbe, c'est un canal sans vie. L'herbe qui vous agace, c'est bien souvent elle qui met le poisson au bout de votre ligne et qui nous permet de pratiquer notre passion dans un milieu artificiel n'ayant pas vocation à accueillir des populations piscicoles.