22/05/2026
Haymann Franck
Jean KERFRIDEN vient de nous quitter brutalement
Qui ne connaissait pas Jean, que ce soit dans le monde du chien de sport, dans le Beauceron mais également beaucoup d’autres races qu’il aimait élever, conduire et/ou juger.
Sa race de cœur restera le Beauceron, qu’il commença d’élever au début des années 80 après avoir racheté les installations de l’élevage de Robert BARRAU «De La Seigneuriale ». Installé au Chatelet en Brie, en Seine et Marne, il fera naitre ses premières portées dès 1982. Il déposera l’affixe De La Cité des Grands Feux, avant de faire naitre des sujets de tout premier plan, pour la sélection nationale de la race : Gershwin, Cé, Ursone, Adam’s etc… des étalons qui ont marqué la sélection du Berger de Beauce et qui sont présents dans des milliers d’ascendances, en France, mais également à l’étranger. Si Jean a beaucoup produit, il a également beaucoup conduit, éduqué, dressé, « monté » des chiens de différentes races. Il a souvent passé le costume pour entrainer ses chiens et ceux de ses clients qui venaient suivre des cours à la Gatellerie. Quelques-uns ont même connu Jean avec son tigre. Peu de choses l’arrêtaient. Il s'était lancé il y a quelques années dans l'élevage "Bovins" Bio... c'était un touche à tout, assurément.
Autre corde à son arc, tenir une Pension, qui depuis des décennies représentait une activité importante dans ses installations.
Il devint l’un des leaders de la sélection du Beauceron en mettant l’accent aussi bien sur les aptitudes que la conformité au standard. Il était également membre du Comité du Club des Amis du Beauceron où il essayait d’apporter sa pierre à l’édifice. Si d’autres races l’accompagnèrent durant sa carrière d’éleveur, en particulier, le Welsh Corgi et le Malinois, le Berger de Beauce restera sa race de cœur. Une race avec laquelle il participa au tournage du Film l’Ours de Jean-Jacques Annaud sorti en 1988. Dresser des chiens et d’autres animaux était également une autre passion de Jean, que ce soit pour le Cinéma ou des Agences de Pub. Mais « son » chien fétiche avec lequel il a tout construit – au sens propre et au sens figuré – fut le fameux Champion Roi du Ru d’Oly acheté en 1980 chez Roger FOULQUIER, célèbre éleveur installé au pied de la forêt de Sénart à Montgeron, dans l’Essonne.
J’avais connu Jean quelques années auparavant car sa petite amie de l’époque, beauceronnière également et qui n’hésitait pas à « passer le costume » lors des entrainements à la Gatellerie – était secrétaire médicale dans le Cabinet où officiait ma mère.
45 ans donc que je connaissais Jean, qui roulait lors de nos premières rencontres en DS noire à cette époque avant de rouler pour la cynophilie et devenir le cynophile réputé que nous connaissons.
Il avait parfois son franc parler, mais je n’ai jamais été en profond désaccord avec lui, même s’il adorait avoir le dernier mot. Je le croisais régulièrement dans les rings, qu’il soit exposant, visiteur ou juge, et il avait toujours ce regard souriant et cette réserve mais lorsqu’il se sentait bien, il taillait la bavette avec force et conviction. Je l’avais croisé récemment lors d’une Nationale d’élevage des Bergers Blancs Suisses qui s’était déroulée sur sa propriété seine et marnaise.
La cynophilie française est très triste de son départ brutal et inattendu, quelques jours après avoir effectué un jugement en exposition. Sincères condoléances à tous ses proches, sa compagne, sa famille de cœur et qu’il repose en paix. Salut Jean. Comme l’écrivait Montherlant ; “Les devoirs envers un mort ne consistent pas à entretenir une tombe, ce qui n’est rien. Ils sont d’une tout autre qualité. Ils consistent à traiter le mort comme lorsqu’il était là pour se défendre, alors qu’il ne peut plus se défendre. Là est la piété, là est le plus haut devoir envers un mort qui puisse être conçu.” (Henry de Montherlant, Va jouer avec cette poussière.) ».