10/06/2026
10 juin 1944 – 10 juin 2026
Samedi dernier, les habitants, les porte-drapeaux et les autorités se sont réunis pour commémorer le drame du 10 juin 1944 et l’assassinat des 27 habitants de Marsoulas. A cette occasion, Sonya Beyron, représentant le préfet de Région, Préfet de la Haute-Garonne, a prononcé un discours très fort sur la mémoire et les familles des victimes. Nous souhaitons le partager ici.
« Il est des lieux où l'Histoire semble encore habiter chaque pierre, chaque chemin, chaque silence. Marsoulas est de ceux-là. Lorsque nous nous rassemblons ici, nous ne venons pas seulement commémorer un événement tragique survenu il y a quatre-vingt-deux ans. Nous venons retrouver la mémoire de femmes, d'hommes et d'enfants auxquels la violence nazie a arraché l'avenir.
Le 10 juin 1944, ce village paisible du Comminges a connu l'impensable.
En quelques heures, la barbarie de la division Das Reich a transformé des maisons en lieux de deuil, des familles unies en familles meurtries, un village vivant en village martyr.
Vingt-sept innocents furent assassinés.
Parmi eux, il y avait des enfants qui jouaient encore la veille dans les rues du village. Il y avait des mères, des pères, des grands-parents. Il y avait des vies simples, des vies ordinaires. Et c'est précisément pour cela que leur souvenir nous touche encore aujourd'hui : parce qu'ils nous ressemblent.
Ils n'étaient ni des héros de légende ni des personnages de livres d'histoire. Ils étaient des habitants de Marsoulas. Ils avaient des visages, des habitudes, des projets. Ils aimaient leur famille, leur village, leur terre. Ce sont ces vies-là qui furent brutalement interrompues.
Je voudrais aujourd'hui m'adresser tout particulièrement à vous, descendants des victimes.
Votre présence parmi nous est précieuse.
Elle nous rappelle que le temps n'efface pas tout. Qu'une tragédie comme celle de Marsoulas ne s'arrête pas aux générations qui l'ont vécue. Elle traverse les familles, elle marque les mémoires, elle façonne les récits et les silences, que l'on transmet aux enfants et aux petits enfants.
Vous portez des noms, des souvenirs, parfois quelques photographies, quelques lettres, quelques histoires racontées au coin d'une table familiale.
À travers vous, les victimes de Marsoulas continuent d'avoir une voix.
Et à travers vous, la République se souvient.
Car se souvenir est un devoir. Non pas pour entretenir la douleur, mais pour empêcher l'oubli.
Non pas pour demeurer prisonniers du passé, mais pour éclairer l'avenir.
L'historien et résistant Marc Bloch, dans son livre L'Étrange Défaite, écrivait ces mots : « Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France : ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims, et ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. »
Je crois que l'on pourrait dire aujourd'hui que l'on ne comprend pas davantage l'histoire de France, si l'on demeure insensible devant un lieu comme Marsoulas.
Car ici, ce n'est pas seulement l'histoire d'un village que nous honorons.
C'est l'histoire d'un peuple qui a connu l'occupation, la terreur et la guerre, mais qui a choisi de relever la tête.
C'est l'histoire d'une République qui a puisé dans ses blessures la force de reconstruire la liberté.
C'est l'histoire de femmes et d'hommes qui ont refusé que la haine ait le dernier mot.
Voilà pourquoi notre rassemblement est important.
Dans un monde où les témoins disparaissent peu à peu, où les certitudes démocratiques sont parfois fragilisées, nous avons la responsabilité de transmettre.
Transmettre les faits.
Transmettre les noms.
Transmettre les valeurs.
La liberté contre l'oppression.
L'égalité contre les discriminations.
La fraternité contre la haine et le repli.
Ces principes ne sont pas des mots gravés sur les frontons de nos mairies. Ils sont des exigences vivantes. Ils sont l'héritage de celles et ceux qui ont souffert avant nous.
En ce jour de recueillement, pensons aux vingt-sept victimes de Marsoulas.
Pensons à leurs familles plongées dans l'effroi de ce 10 juin 1944.
Pensons aussi à tous ceux qui, depuis lors, ont refusé que leur souvenir disparaisse.
Et faisons une promesse.
La promesse que leurs noms continueront d'être prononcés. La promesse que leur histoire continuera d'être racontée. La promesse que les valeurs pour lesquelles tant de Français ont souffert continueront d'être défendues.
Que vive la mémoire des victimes de Marsoulas.
Qu'elle demeure une lumière pour notre conscience et pour notre avenir.
Vive la République.
Et vive la France. »
Sonya BEYRON, Référente régionale Mémoire Occitanie, Office national des Combattants et des Victimes de Guerre