09/02/2026
Edito de la Newsletter Franc'actus du 5/02/26 de Marc Charrel, secrétaire de la Fédération nationale
Espaces « no kids » : quand le confort du client exige de s’asseoir sur les droits de l’enfant
L’annonce par la SNCF d’une offre dite « No kids », réservant certains espaces de première classe aux voyageurs de plus de 12 ans, a suscité de nombreux commentaires.
Présentée comme une réponse pragmatique à un besoin de tranquillité, cette offre repose sur une logique trompeuse. Les enfants sont en réalité peu présents dans ces espaces sur la période ciblée (en semaine et hors vacances scolaires). Le bénéfice réel est donc marginal. Alors pourquoi une telle mise en scène ?
Le véritable enjeu n’est pas tant l’aménagement de quelques wagons que la campagne de communication qui l’accompagne. Ces espaces « no kids », visent à faire consommer à tout prix, même en l’absence d’une prestation avérée, même au détriment d’une catégorie de la population. Sous couvert de confort, cette logique produit une double mise à l’écart.
- Elle infantilise le citoyen, en lui promettant des espaces sans contraintes ni responsabilité collective.
- Elle rejette l’enfant, non par une exclusion frontale, mais par une disqualification symbolique. L’enfant n’est plus un membre à part entière de la communauté : il devient une gêne potentielle à gérer.
Dans cette vision, seul le consommateur a droit de cité.
Le citoyen s’efface derrière le client.
L’enfant disparaît derrière le désagrément supposé.
Lorsqu’un opérateur largement financé sur fonds publics, dont les trains peuvent être assimilés à un espace public, valorise des espaces « sans enfants », il contribue à installer une idée dangereuse : celle que l’enfance serait, en soi, une cause de trouble qu’il faudrait contenir ou isoler.
Ce message dépasse le cadre ferroviaire. Il légitime une représentation sociale déjà à l’œuvre : enfants trop bruyants, trop visibles, trop dérangeants. Une enfance qu’il faudrait reléguer plutôt que reconnaître.
Or l’espace public ne peut être réduit à un produit.
Il est un espace éducatif, un lieu de socialisation et de transmission. C’est là que s’apprennent la patience, le respect mutuel et la cohabitation des différences. Écarter les enfants de ces espaces, c’est affaiblir la capacité collective à faire société.
Pour les Francas, mouvement d’éducation populaire, cette évolution est incompatible avec une société démocratique.
L’éducation populaire ne cherche pas à supprimer les frottements : elle apprend à les comprendre et à les dépasser. Elle ne segmente pas les publics : elle travaille le commun.
Fidèles à la Convention internationale des droits de l’enfant, les Francas réaffirment que les enfants sont des sujets de droits et qu’ils doivent être pleinement reconnus comme tels dans l’ensemble des espaces de la vie sociale.
Ils exigent que toute mesure, concernant la présence des enfants dans l’espace public, fasse l’objet :
- d’une évaluation de ses impacts sociaux, éducatifs et symboliques,
- d’une consultation associant directement les enfants,
- et de l’implication de celles et ceux qui les accompagnent au quotidien.
Une société qui organise la mise à distance de ses enfants au nom du marché fragilise le lien social.
Une société qui confond le citoyen avec le consommateur renonce à l’émancipation.
Une société démocratique se construit avec les enfants, pas sans eux.