11/05/2026
À propos de l’exposition « Kafka in Palestine »
Quand j’ai rencontré Ahmed Hmeedat il y a près d’un an, assez rapidement dans la conversation il a cité une œuvre de Franz Kafka dont j’ignorais l’existence.
Il s’agissait de « Chacals et Arabes », publié en 1920. Cette nouvelle sous forme de fable a inspiré chez lui de nombreuses recherches et créations autour de sa situation de Palestinien descendant de réfugiés. Il est né dans le camp d’Aida créé, en 1948, dans les bouleversements de la Nakba.
Comment fait Ahmed pour tenir à distance la réalité violente et expérimenter au quotidien dans son art et ses engagements professionnels ?
Est-ce dans l’humour désabusé de Kafka, la solidarité des artistes palestiniens qu’il contribue à soutenir ?
La création d’Ahmed est imprégnée de ce triangle dramatique entre les bourreaux, les victimes et les parents (triangle de Karpman). Et comme tous les artistes en lutte, opprimés de Palestine ou d’ailleurs, le sujet de ses travaux de gravures et de cyanotypes disent la dignité, la tension de la résistance, le souci essentiel de l’éducation.
La mélancolie se mélange au raffinement dans le travail créatif d’Ahmed Hmeedat, qui n’oublie pas les liens avec d’autres créateurs partout dans le monde, qui subissent les violences d’un État colonial. Parmi eux, évidemment, les créateurs amérindiens avec lesquels la culture palestinienne
tisse de nombreux liens, dans une symétrie de destin.
Les xylogravures d’ Ahmed disent aussi cela pour qui aurait oublié cette page d’histoire sombre.
Le désir du bleu, sa recherche, est, inconsciemment le ciel et la mer dont ce peuple - marin - est privé depuis soixante-dix-huit ans. Privé de mer, de liberté, de passé et d’avenir.
L’art palestinien est riche de cette résistance au destin qu’on leur impose.
Ahmed Hmeedat vient nous le montrer, nous le prouver par le jeu des couleurs, des symboles, des citations que ces œuvres expriment avec simplicité et élégance.
Pour Archipels
Ladislas
Ahmed Hmeedat est titulaire d'un baccalauréat en droit international de l'Al-Qods Bard College à
Jérusalem-Est (le seul collège d'arts libéraux du Moyen-Orient), d'une maîtrise en droit de la Syracuse University College of Law (État de New York).
Il possède une expérience professionnelle dans le domaine du droit de l'immigration (immigration d'affaires et humanitaire) et des organisations à but non lucratif aux États-Unis.
Il a contribué à la création du premier musée palestinien à Washington, D.C., le Musée du peuple palestinien, en 2019. L'exposition inaugurale, "Ré-imaginer un avenir en Palestine", présentait certaines des œuvres d'Ahmed. Ahmed est un artiste autodidacte qui expérimente divers médias, notamment les aquarelles, l'acrylique, l'huile, l'encre, le fusain et le numérique. Son travail récent, "À la recherche du bleu", a été présenté par Symposeum Magazine aux États-Unis.
Il est le fondateur de la structure collective Palestinian Artists Consortium, une plateforme numérique pour présenter les artistes palestiniens et diffuser leurs créations.