03/06/2026
Elle s'appelait Anne Madeleine Pelletier. Elle est née en 1874 dans la misère, dans un quartier populaire de Paris. Sa mère était fruitière. Son père, ancien cocher, était cloué dans un fauteuil roulant depuis des années.
Personne n'attendait grand-chose d'elle.
Elle a tout appris seule. Les bibliothèques, les livres empruntés, les nuits à étudier sans argent ni soutien. En 1897, elle décroche son baccalauréat en philosophie avec la mention très bien — en candidate libre. Puis elle entre à l'École de médecine. Là encore, seule. Là encore, sans appui.
En 1904, elle devient la première femme interne des asiles psychiatriques de France. Non sans combat : l'administration avait refusé sa candidature au concours, invoquant un règlement qui exigeait que le candidat ait ses droits politiques — droits dont les femmes étaient précisément privées. Une campagne de presse, menée notamment par le journal féministe La Fronde, finit par faire céder les portes.
Elle avait gagné l'entrée. Mais à l'intérieur, les collègues lui firent une guerre incessante. Les infirmières la regardaient, selon ses propres écrits, comme "une bête étrange". Elle portait des vêtements masculins, les cheveux courts, un chapeau melon. Elle théorisa ce choix jusqu'au bout : "Mon costume dit à l'homme : je suis ton égale."
Elle milita pour le droit de vote des femmes, pour le droit à l'avortement, pour l'égalité absolue — quand même les féministes de l'époque jugeaient ses positions trop radicales. Elle fonda sa propre r***e, La Suffragiste, en 1907. Elle prit la parole dans des congrès socialistes internationaux. Elle écrivit des dizaines de brochures, de pamphlets, de livres.
En 1939, à 65 ans, sa pratique des avortements est découverte par la police. Elle est jugée au nom de la loi de 1920, puis enfermée à l’asile de Vaucluse. Elle fut jugée au nom de la loi de 1920, dite “loi scélérate”, et condamnée pour crime d’avortement.
Elle fut déclarée coupable. Et parce qu'elle était trop malade pour être emprisonnée, on l'enferma dans l’asile de Perray-Vaucluse, à Épinay-sur-Orge— le même type d'établissement dans lequel elle avait passé sa vie à travailler comme médecin.
Elle mourut le 29 décembre 1939, dans cet asile, quelques mois après son internement.
Elle n'avait jamais voté. La France n'accordera le droit de vote aux femmes qu'en 1944 — cinq ans après sa mort.
Toute une vie à se battre pour ce que d'autres recevraient après elle, sans même savoir son nom.
Si cette histoire vous révolte autant qu'elle nous révolte, partagez-la. Ces femmes méritent d'être connues — pas seulement des historiens, mais de tout le monde.
Et vous : est-ce que vous connaissiez Madeleine Pelletier ? Pensez-vous que l'histoire rend enfin justice à ces femmes — ou continue-t-elle de les effacer ?