06/09/2026
LE VRAI DANGER DES ÉCRANS N’EST PAS SEULEMENT CE QU’ILS MONTRENT. C’EST CE QU’ILS REMPLACENT.
Un enfant rentre de l’école, pose son sac et saisit son téléphone.
Rien de spectaculaire. Aucun drame visible. Il regarde quelques vidéos pendant que ses parents terminent leur journée. Dix minutes deviennent trente, puis une heure.
Pendant ce temps, il ne se passe apparemment rien.
C’est justement là que se trouve le problème.
Cette heure ne vient pas seulement s’ajouter à sa journée. Elle prend la place d’autre chose : une conversation, quelques pages d’un livre, un jeu, un moment d’ennui, une activité physique ou parfois du sommeil.
Lorsque Michel Desmurget affirme que « les écrans défont l’intelligence », la formule est volontairement brutale. La réalité scientifique demande davantage de nuance : un dessin animé regardé avec un parent, un exercice scolaire et deux heures de vidéos courtes ne produisent ni la même expérience ni les mêmes effets.
Mais sur le fond, plusieurs travaux récents confirment l’existence d’un véritable signal d’alerte.
En 2024, une étude publiée dans JAMA Pediatrics a suivi 220 familles avec des enfants âgés de 12 à 36 mois. À 36 mois, une heure quotidienne d’écran était statistiquement associée à environ 397 mots prononcés par les adultes, 294 vocalisations de l’enfant et 68 échanges de conversation en moins par jour.
Ce résultat décrit une association et non une mécanique automatique. Mais il illustre parfaitement ce que les chercheurs appellent la « technoférence » : lorsque la technologie interrompt ou remplace les interactions nécessaires au développement du langage.
Une autre étude, publiée en 2025 auprès de plusieurs milliers d’enfants, a trouvé qu’une exposition plus importante aux écrans dans l’enfance était associée à de moins bons résultats ultérieurs en lecture et en mathématiques. Là encore, tous les usages ne se valent pas et une association ne suffit pas à prouver une causalité directe.
Le sujet n’est donc pas de déclarer la guerre à tous les écrans, ni de culpabiliser les parents. Dans certaines familles, ils permettent aussi de souffler, de travailler, d’apprendre ou de maintenir un lien.
Le véritable enjeu consiste à reprendre le contrôle de ce qu’ils remplacent.
Avant de retirer un écran, demandons-nous ce que nous voulons remettre à sa place.
Une histoire racontée avant de dormir.
Un repas pendant lequel les téléphones restent loin de la table.
Une conversation sans notification.
Un enfant qui s’ennuie assez longtemps pour inventer quelque chose.
L’intelligence ne se construit pas uniquement avec des informations. Elle se construit avec des mots échangés, de l’attention, du mouvement, de l’imagination et du temps réellement partagé.
Chez vous, quel moment devrait être protégé en premier des écrans : les repas, les devoirs ou le coucher ?
Sources : Michel Desmurget, entretien pour Millénaire 3, Métropole de Lyon, 16 avril 2024 ; Brushe et al., JAMA Pediatrics, 2024 ; Li et al., JAMA Network Open, 2025 ; rapport « Enfants et écrans. À la recherche du temps perdu », commission d’experts, 2024.