13/03/2024
« Je ne peux pas continuer, je vais continuer »
Samuel Beckett
À toutes celles et ceux qui ont connu, fréquenté, de près ou de loin le CIRA, à toutes celles et ceux qui ont soutenu le CIRA, à tous nos partenaires, à mes ami.e.s chorégraphes, artistes, à mes collaboratrices, à mes ami.e.s fidèles qui le sont resté.e.s durant ces derniers mois.
C’est en en tant qu’ex directrice que je m’adresse aujourd’hui à vous, en toute liberté.
Pour vous exprimer mon émotion, qui a été forte face à la situation du CIRA au cours de ses derniers mois et mon désarroi face aux difficultés de gestion que nous avons connu.
Mais aussi et surtout exprimer enfin ma gratitude à tous les adhérents, à tous les partenaires artistes, théâtres, institutions que j’ai rencontré tout au long de ces années. 11 ans ensemble, ce n’est pas rien !
En 2023, le CIRA a vécu ses derniers mois après 42 ans d’existence.
Le bilan financier 2022 a révélé une situation délicate questionnant l’existence même de l’association. Si en tant que directrice, j’ai ma part de responsabilité, elle est d’abord collective. Une association est un collectif et c’est collectivement que nous devions faire face aux difficultés.
La démission de l’ensemble des membres du conseil d’administration et la gouvernance qui s’est installée au 15 septembre 2023 n’a pas permis de construire un avenir viable.
Sans propositions en vue d’un redressement, la liquidation a été prononcée par le Tribunal.
Je ne peux que regretter que les adhérents du CIRA et les partenaires n’aient pas été davantage associés pour réfléchir collectivement.
Pour rappel, l’unique Assemblée Générale Extraordinaire, qui s’est déroulée le 21 aout 2023, a entériné par vote de l’assemblée réunie, la mise en cessation de paiement, avec l’objectif d’un redressement. Au tribunal, le 6 novembre, devant l’absence de propositions concrètes permettant un redressement, la juge a acté la liquidation de l’association et donc sa fin.
De fait et cela, dès juin en tant que directrice, je n’ai pu prendre part sereinement à la gestion de la crise du CIRA. Malgré mes tentatives, je n’ai pas eu d’autres choix que de prendre de la distance. Je ne peux être, dans ces circonstances, solidaire des décisions qui ont été prises.
Pour cet évènement si conséquent, nous n’avons vu passé aucune communication officielle, vis-à-vis de l’équipe pédagogique, des adhérents et des partenaires du CIRA pour annoncer la fin des activités du CIRA et sa mise en liquidation judiciaire.
Alors, même tardivement, je me devais de vous écrire. J’en ressentais le besoin pour clarifier les choses, faire entendre ma voix et parce que durant les 11 ans où j’ai dirigé le CIRA, je l’ai fait avec enthousiasme. Le CIRA méritait qu’on lui rende un hommage aussi humble que peut-être le mien.
1981 – 2023 : Bien avant que la danse connaisse l’essor de ces dernières années, et dès ses débuts, le CIRA a souhaité offrir au public alsacien l’accès aux pratiques corporelles nouvelles et à la danse. Il était à sa façon l’héritier du mouvement du théâtre populaire, et c’est dans cet esprit que les fondateurs, fondatrices du CIRA ont accueilli en Alsace des artistes, des pédagogue de talent venus de tout l’hexagone et au-delà. Le CIRA a invité des noms talentueux de la danse connus, moins connus et toujours dans un soucis de qualité. Il s’est ouvert aux artistes du territoire pour peu à peu offrir des cours hebdomadaires en prolongement des stages de weekend.
Le public venait de toute l’Alsace. Et il a continué à venir, s’est renouvelé alors même que d’autre belles propositions se sont multipliées sur notre territoire au fil des ans.
Le CIRA s’est ouvert à de nouveaux partenaires tout en restant fidèle à ses partenaires historiques. Il a tenu durant la pandémie de 2020-21 pour revenir en 2022-23 avec plus de 600 adhérents. Oui, tout cela n’était pas rien.
J’ai pris la direction du CIRA fin 2012, un an après le décès de son président, un de ses membres fondateurs Robert GADBLED. L’enjeu pour le CIRA était de lui redonner un nouveau souffle .
Il avait retrouvé ce souffle, et cette visibilité, en étant fédérateur, et accessible tout en faisant lien avec une dimension artistique. En 2015, il s’est ouvert aux enfants, un grand stage d’été qui n’existait plus depuis de nombreuses années a été remis en place. Nous étions parfois imités mais cela est le propre de la circulation des énergies.
J’ai beaucoup aimé créer des liens pour/entre les artistes sur le territoire, pour la transmission, et pour développer notre regard au-delà de la simple consommation. Le CIRA a eu son propre festival nomade « Les Rencontres à tisser ». Spectacles de petites formes artistiques réunissant deux à trois spectacles sur deux soirs, réunissant des artistes professionnels et donnant l’occasion à de jeunes artistes, ou de jeunes compagnies en devenir, de se produire.
Oui, ces 11 années ont été enrichissantes, faites de rencontres avec différents publics, avec des artistes, des pédagogues de la danse, des partenaires. Ça n’a pas toujours été simple mais les choix qui ont été faits l’ont été au service du public, au service des artistes et au service des partenaires dans un profond respect des valeurs de partage, de ce qui nous étaient commun : ouvrir la danse au plus grand nombre, donner les clés au public, jeune et moins jeune, pour comprendre la danse.
Si le CIRA a pu être ce qu’il était, c’est surtout grâce aux personnes qui se sont impliquées tout au long de ces années. Je pense aux bénévoles, aux membres du Bureau, ceux et celles avec qui l’aventure, les débats étaient denses, passionnants et bienveillants, à Marie-Paule MARBACH qui a été présente depuis mes débuts et soutenante jusqu’au bout, à mes collaboratrices Anaëlle BOCCI, Corinne FERRAND et Mégane GERARD, le quatuor que nous formions était si complémentaire, aux artistes, chorégraphes pour leur incroyable générosité et leur talent, ils sont si nombreux que je ne peux les nommer dans cette lettre mais ils se reconnaitront, aux partenaires institutionnels et financiers qui nous ont soutenu, la Ville de Strasbourg, la CEA et la DRAC, aux adhérents pour leur plaisir de danser qu’ils ont partagé, leurs émotions, leur encouragement et leur fidélité qui nous ont donné et nous donnent encore la force de poursuivre.
A tous, un immense MERCI.
Le CIRA était une référence, il a enrichi la vie culturelle de la danse sur notre territoire avec une résonnance bien au-delà. Nous ne l’oublierons pas.
Et enfin une pensée particulière à Cécile EBSTEIN et Robert GADBLED qui ont œuvré plus de 20 ans pour cette association, à qui je n’ai jamais pu dire que grâce à eux, je suis venue au CIRA et renouée de façon exceptionnelle avec la danse, que j’étais honorée de poursuivre dans leur trace. Merci.
Aujourd’hui, une autre page se tourne. Cet héritage, cet état d’esprit va continuer désormais sous la forme d’une nouvelle association, REPETITA, créé par un collectif d’artistes et de passionné.e.s dont je fais partie. Nous assumons cet héritage, en étant soucieux de mettre en œuvre ce qui avait été préconisé : « L’activité ne peut exister qu’avec le soutien de bénévoles passionné.e.s. » Et apporter encore une nouvelle fois, un nouveau souffle.
Chaque expérience bonne ou mauvaise est une source d’apprentissage. Le CIRA s’arrête, le monde tourne encore et notre passion reste intacte.
Une nouvelle fois Merci du fond du cœur à tous. Et à bientôt !
Yoko Nguyen