Pour eux, c’est le projet d’une vie : ce sont les jeunes et les moins jeunes musulmans, essentiellement nord africain, qui ont forgé un jour l’idée f***e de construire une mosquée à Strasbourg. Aujourd’hui, ils sont quadragénaires ou quinquagénaires et plus d’un sera très ému ce jeudi d’inaugurer l’édifice de Mario Portoghesi, avec ses huit piliers ailés et sa coupole dorée. Au début des années 80
, ils ont prié, avec la génération précédente, dans des chambres de foyers de travailleurs, puis dans des églises prêtées par des communautés chrétiennes, avant d’acheter un jour l’ancienne usine de foie gras de l’impasse du Mai. Mais ils rêvent de mieux, de plus grand, de neuf, à l’échelle d’un islam qui croît et s’implante durablement à Strasbourg. Un projet s’échafaude, que porte Abdellah Boussouf, qui réussit à coordonner en 1992 une dizaine d’associations cultuelles. L’équipe trouve des oreilles à la mairie dans l’équipe de Catherine Trautmann (PS), l’appui confraternel des cultes « statutaires » dans un appel cosigné par les autorités catholiques, protestantes et juives en 1998 – mais un obstacle de taille chez ses coreligionnaires : un contre-projet s’élabore, porté par les « Français-musulmans », baptisé Institut musulman d’Europe et présidé par l’universitaire Ali Bouamama. Commence une compétition un peu pénible entre les deux équipes que le nouveau maire PS, Roland Ries, malgré ses efforts, n’arrive pas à fédérer. Ce sera l’équipe Boussouf, dont le projet est « mûr ». Choix ratifié par le conseil municipal, et qu’un jury transforme en plans : ceux du beau lieu de culte imaginé par l’architecte italien Paolo Portoghesi, superbe et coûteux (18,3 millions d’ € alors). Entre les terrains possibles, le choix est fait : ce sera au Heyritz, au bord de l’eau. L’alternance politique à la mairie de Strasbourg, en mars 2001, change la donne. L’équipe de Fabienne Keller (à l’époque UDF) et Robert Grossmann (à l’époque RPR) n’est pas hostile à la mosquée. Mais elle veut réétudier le dossier, à ses yeux mal engagé. Dix-huit mois plus t**d, elle décide d’aider… la même équipe Boussouf. Mais elle veut un édifice plus modeste (6 millions d’ €, sans espace culturel ni minaret) et sans financement étranger. Le choix de l’équipe Boussouf outre le P r Bouamama, qui y voit une nouvelle victoire des « fondamentalistes ». La première pierre, sur le terrain défriché du quai Mayno, est posée fin octobre 2004. La Ville, la Région, le Département, apportent leur écot – ainsi que, pièce à pièce, la générosité des croyants musulmans, ramadan après ramadan. Le chantier, qui ne commence vraiment qu’en 2006, dure, troublé par des problèmes techniques, d’argent, et un contentieux avec une entreprise que la Ville aide à dénouer. L’équipe évolue : à Abdellah Boussouf, devenu en 2007 secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, succède Mohamed Latahy, Driss Ayachour, puis, en 2009, Saïd Aalla. Huit ans après la première pierre, le ramadan 1 433 (selon le calendrier de l’Hégire) a pu être vécu dans la Grande mosquée. Jeudi aura lieu l’inauguration officielle en présence du ministre de l’Intérieur (et des cultes) Manuel Valls. Il y a quatorze ans, lors de l’ordination de M gr Joseph Doré comme archevêque de Strasbourg, c’est un autre ministre de l’Intérieur, Jean-Pierre Chevènement, qui avait, à Strasbourg, invité l’islam « à la table de la République »
La Grande Mosquée de Strasbourg, en Alsace, est officiellement inaugurée jeudi 27 septembre en la présence du ministre de l’Intérieur, en charge des Cultes, Manuel Valls, et le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui. Grâce au régime concordataire de l’Alsace-Moselle qui reconnaît et organise les cultes, la ville, le conseil régional et le conseil général ont contribué à 26 % au financement de la construction de la mosquée. Le reste provient du gouvernement marocain (37 %), de l’Arabie Saoudite et du Koweit (14 %) et des dons des fidèles (33 %) pour un total de 10,5 millions d’euros. Une importante délégation marocaine, conduite par le ministre des Affaires religieuses et des Habous, Ahmed Taoufiq, est attendue ainsi que plusieurs représentants d’autres pays musulmans pour admirer la mosquée, qui peut accueillir jusqu’à 1 500 fidèles entre des murs où sont posées 500 000 pièces de mosaïque colorées posées à la main par des artisans marocains.
« Strasbourg est une ville de brassage. C’est le lieu du Parlement européen et de la Cour européenne des droits de l’homme. Aujourd’hui, la Grande mosquée, dont l’idée a germé dans les années 1990, fait pleinement partie du patrimoine architectural », fait remarquer Olivier Bitz, adjoint au maire chargé des cultes. Pour marquer le coup, Mustapha Ceric, le grand m***i de Bosnie-Herzégovine, dirigera, vendredi 28 septembre la grande prière hebdomadaire à la Grande Mosquée de Strasbourg.