05/08/2026
Aujourd’hui, je suis allée rendre visite à l’une de nos aînées, une habitante de notre quartier,aujourd’hui en fin de vie.
Je lui ai demandé si elle savait comment je m’appelais. Avec un magnifique sourire, elle m’a répondu :
« Oui, c’est Zakia. »
Puis elle m’a demandé :
« Qui t’a dit que j’étais ici ? »
Je lui ai répondu en souriant :
« Je l’ai deviné. »
Pour raviver quelques souvenirs, je lui ai raconté une anecdote qu’elle m’avait confiée il y a quelque temps. À l’époque, les femmes des militaires français avaient l’interdiction de se rendre au souk. Mais un jour, elle et une amie avaient bravé cette interdiction pour aller acheter des rognons.
Une bouteille de gaz avait explosé. Sur le moment, tout le monde avait cru à un attentat. Les militaires avaient alors encerclé le souk et fouillé chaque échoppe, jusque dans les arrière-boutiques. Malgré la cachette que leur avait offerte un commerçant, elles avaient été retrouvées. À leur retour, elles avaient été sanctionnées et leurs maris punis pour ne pas avoir « su garder leurs femmes à la maison ».
En lui racontant cette histoire, elle m’a regardée avec un immense sourire et m’a demandé :
« Mais comment vous savez ça ? »
Je lui ai répondu :
« C’est vous qui me l’avez racontée. »
Elle a souri et m’a dit :
« Ah… je ne savais pas que je vous avais raconté cette histoire. »
Ce qui m’a le plus bouleversée, c’est qu’elle avait oublié que le jour de son hospitalisation, c’est moi qui l’avais préparée pour qu’elle puisse partir dans la dignité. Je lui avais mis une jolie robe pleine de couleurs. Aujourd’hui, j’ai retrouvé cette robe soigneusement posée sur le dossier de son fauteuil.
Il y a, dans beaucoup de quartiers populaires, une réalité dont on parle trop peu : nos aînés. Ceux qui nous ont donné la vie, nous ont élevés, éduqués et fait grandir. Ceux qui ont tout donné pour leurs enfants et leur famille. Et pourtant, certains terminent leur vie dans une immense solitude.
Où avons-nous laissé notre humanité ?
Notre rôle d’association de soutien et de proximité, c’est aussi d’être là pour des moments comme ceux-là. Être présents quand la vie devient plus difficile, apporter une présence, une écoute, un sourire, ou simplement tenir une main.
Après tout ce qu’ils ont fait pour nous, leur offrir un peu de notre temps, de notre attention et de notre affection, c’est le minimum que nous puissions faire pour eux. Prenez soin de vos aînés tant qu’ils sont encore là. ❤️