24/07/2026
Merci beaucoup de cette réflexion si intéressante
Madame la Ministre de l’Agriculture, Annie Genevard,
Vous êtes de droite. Être de droite, c'est revendiquer des valeurs fortes : le travail, l’effort, le mérite, la responsabilité.
Avec la loi d'urgence agricole que vous avez portée et défendue, vous avez trahi vos valeurs.
Voici votre contradiction profonde : nous avons besoin de résoudre des problématiques complexes qui impliquent du travail, des efforts et de prendre ses responsabilités et vous, qu'avez-vous fait ?
Vous avez tout cédé à la facilité. A l'immédiateté. Aux lobbies.
Chère Madame, mes convictions politiques sont bien différentes des vôtres. Elles sont à gauche. Mais le travail, l’effort, le mérite et la responsabilité ne me sont pas étrangers.
Je suis chercheur dans le privé. Cela fera bientôt dix ans que je travaille sur le même projet de recherche. Un projet ambitieux : développer un système d’imagerie médicale capable de se passer des rayons X afin de fournir une imagerie dynamique et en trois dimensions des implants dans le corps humain.
Tant d'années à chercher, douter, échouer.
Et parfois réussir.
Tant de jours à rentrer chez moi avec la boule au ventre et l'envie d'appeler mon patron pour lui dire : « C’est trop compliqué. J’abandonne. »
Mais je ne l'ai jamais fait. Parce que le principe même de la recherche, c'est de foncer tête baissée dans la difficulté, avec au bout du chemin un risque immense d'échec.
Cela s'appelle relever des défis : quand on s’attaque à quelque chose de nouveau, il n’existe pas de manuel indiquant la marche à suivre. On avance dans l’inconnu. On teste. On se trompe. On recommence.
Si les chercheurs abandonnaient dès qu’un problème devient difficile, il n’y aurait plus de progrès.
Et voilà que vous nous montrez qu'en politique, on abandonne parce que c'est "trop difficile".
Prenons l'exemple de l'eau.
Ce que vous auriez dû décider, chère madame, ce n'est pas de construire des mégabassines qui ne serviront qu'à maintenir un modèle à bout de souffle.
Non, vous auriez dû proposer une réflexion pour adapter nos usages à une ressource qui se raréfie et crée déjà des tensions, alors que nous ne sommes qu'au tout début des catastrophes multiples qui s'annoncent.
Vous auriez dû poser cette question : comment améliorer nos pratiques agricoles, préserver les sols, restaurer les écosystèmes qui retiennent naturellement l'eau ?
Mais vous avez fait le contraire : vous avez porté un texte qui facilite la destruction des zones de stockage naturelles de l'eau.
Celles qui absorbent les crues, filtrent l’eau, rechargent les nappes phréatiques, stockent du carbone, rafraîchissent les territoires et abritent une biodiversité exceptionnelle.
Les fragiliser aujourd’hui, c’est détruire des solutions que la nature a mis parfois des siècles à construire.
Prenons l'exemple des pesticides. Toutes les sociétés savantes qui ont légitimité à le dire l'affirment, sur la base de sources scientifiques sérieuses : les pesticides sont nocifs pour l'environnement et la santé humaine.
Au lieu de chercher des alternatives, d'investir massivement dans la recherche, que proposez-vous ? Réintroduire des molécules dont la nocivité a été largement démontrée.
Alors oui, je le reconnais : c'est beaucoup plus difficile et moins populiste de proposer des solutions efficaces et à long terme que de proposer des solutions à très court terme qui n'arrangeront rien, ou si peu.
Mais pourtant, ce sont vos valeurs, Madame la Ministre.
Le travail, l'effort, le mérite, la responsabilité.
Travailler à trouver des solutions de long terme. Faire l'effort de convaincre et d'embarquer avec soi les plus réticents. Avoir le mérite de s'être battu. Avoir pris ses responsabilités d'élu d'un peuple qui aujourd'hui demande massivement un changement de modèle.
Et nous aurions eu tellement de temps pour le faire, si seulement les "responsables" politiques avaient pris au sérieux les scientifiques dès le début, au lieu de les mépriser comme vous l'avez toujours fait.
Alors bien sûr qu’il faut soutenir les agriculteurs.
Ils sont parmi les premières victimes du changement climatique. Ils subissent déjà ses conséquences.
Mais les aider ne signifie pas essayer en vain de faire en sorte qu'ils travaillent comme avant dans un monde qui change.
C’est leur donner les moyens d’affronter ce changement.
Ce qui me frappe le plus, c’est ce contraste entre vos valeurs et vos décisions.
Dans mon métier, lorsqu’un obstacle apparaît, nous ne supprimons pas l’objectif parce qu’il est difficile.
Nous ne repartons pas en arrière en disant "Non, mais faisons comme avant, là c'est trop compliqué."
Face au plus grand défi scientifique, écologique et humain du siècle, pourquoi appliquerions-nous une logique politique différente ?
Imaginez un instant où nous en serions si tous les chercheurs avaient choisi la facilité.
Le progrès n’est jamais né du renoncement.
Il est né parce que des femmes et des hommes ont accepté de s’attaquer à des problèmes qui semblaient impossibles à résoudre.
La transition écologique est exactement de cette nature.
Elle est difficile.
Elle demande des efforts.
Elle demande de l’innovation.
Elle demande que vous, les Ministres, preniez de vraies responsabilités pour l'avenir.
La difficulté n’est jamais une raison pour reculer.
C’est précisément une raison pour être plus ambitieux.
Reculer devant la difficulté, cela porte un nom : c'est être un perdant.
Alors, chers membres, lors de la prochaine élection, lorsque les responsables politiques viendront expliquer qu’ils prennent la crise climatique au sérieux :
N’oubliez jamais qui a voté pour cette loi… et qui a voté contre.
Sylvain, administrateur de La gazette de la faune sauvage.