12/01/2026
Il y a plusieurs mois, je vous ai parlé des lutrins, ces pupitres en forme d’aigle qu’on trouve encore dans certaines églises. Or, ce que je vous en ai dit était peut-être faux.
La forme des lutrins est bien connue : deux ailes déployées sur lesquelles on posait un livre liturgique, ouvert pour faciliter la lecture. Mais ce qui intrigue, c’est la forme choisie pour ces supports : celle d’un aigle.
Comme beaucoup d’autres auteurs, j’ai écrit que la sculpture de cet oiseau est « vraisemblablement » une référence à l’évangéliste Jean. En effet, l’aigle est son symbole, et comme on lisait l’Évangile sur ce reposoir, l’explication était cohérente.
Aujourd’hui je la trouve bancale. Déjà parce que les lutrins servaient principalement à supporter les grands livres de chant, et non les Évangiles. Ensuite parce qu’un détail m’a échappé : l’aigle du lutrin est systématiquement posé sur une sphère. Et cette sphère, parfois, laisse apparaître un serpent ou un dragon. Cette observation change l’interprétation.
Selon l’historien Jean Fournée, on retrouve cette scène dans l’Antiquité : l’aigle, roi des oiseaux, emblème de Jupiter, et par extension de l’Empire romain, domine le monde (un globe) et ses ennemis (le serpent) en les écrasant et en les maîtrisant de ses serres. Le christianisme a recyclé cette représentation terrible pour en donner un sens spirituel : Dieu, à travers l’aigle, étouffe la voix de l’enfer.
Qui aurait cru qu’un objet d’église transporterait un peu de la symbolique impériale ?