12/10/2026
Face à l'entrée de la poudrerie d'Eurenco, quinze portraits d'anciens Travailleurs indochinois se tiennent enfin debout.
Pendant quatre ans, de 1940 à 1944, ces hommes ont été internés à l’intérieur de la poudrerie de Bergerac. Sans aucun choix possible pour eux, sans salaire, sans chauffage, avec un seul point d'eau pour boire, se laver, ou faire la vaisselle.
Certains sont morts à cause du froid, parce que la direction de l'époque refusait de chauffer les hangars où ils étaient parqués.
À cause de la faim aussi, parce que l’encadrement français volaient une part de la nourriture qui leur était destinée.
À cause du racisme, enfin, parce qu’aux yeux de leurs dirigeants français, pétris de racisme colonial, ces hommes n’étaient que des « indigènes ».
Aujourd'hui, ces quinze visages regardent enfin droit vers ce site. Ils ne demandent pas d’excuses. Ils ne demandent pas de pitié. Ils sont juste là, à poser leur regard d’êtres humains sur le lieu de leur ancien internement. Un lieu qui avait tenté de les priver de leur humanité.
La CGT Eurenco n'a jamais baissé les yeux devant cette histoire. Nous n'avons jamais accepté l'effacement.
Nous n'avons jamais laissé la direction actuelle enterrer ce que la direction d'hier a commis.
Ce mémorial, c'est la victoire de la vérité sur le silence. C'est la victoire de la dignité sur le mépris.
Nous tenons à remercier l'historien Pierre Daum. C'est son travail qui a fait resurgir cette mémoire.
Nous remercions aussi Michel Lecat, petit-fils de l'auteur de ces photographies, qui a retrouvé ces portraits dans les archives familiales et leur a redonné vie.
Nous remercions également le maire de Bergerac, pour sa décision d'installer ce mémorial éphémère face à la poudrerie, et pour sa volonté annoncée de construire un mémorial définitif dans un futur proche.
Ces travailleurs ne sont pas des chiffres, ni une étiquette floue.
Ce sont des hommes, avec des visages, des noms, des vies volées.
Aujourd'hui, ils se tiennent là, face au mur derrière lequel ils étaient enfermés.
La CGT Eurenco se tiendra toujours à leurs côtés, debout, déterminée, comme nos camarades de l'époque et plus que jamais porteuse de leur mémoire.