31/08/2025
Cerné par les éoliennes, j’ai perdu 270 chèvres.
…et les survivantes boivent du sirop de menthe
Mon nom est Jean-Philippe Bourgois, j’ai 53 ans, je suis éleveur de chèvres et fromager depuis 1996. En 2008, après avoir travaillé pour différentes fermes, j’ai décidé de m’installer à mon compte dans la région de Valenciennes. J’ai commencé avec une centaine de bêtes en lactation. En 2017, nous avons atteint notre vitesse de croisière avec environ 200 animaux. Je produis mon lait, je vends mes fromages à Rungis, on les retrouve dans nombre de bonnes fromageries parisiennes !
Malheureusement, les problèmes ont commencé sur la ferme début 2024. Brusquement, sans raison, mes animaux ont commencé à moins boire, et la lactation a chuté drastiquement. Quand elle vient de mettre bas, une chèvre produit environ 4 à 5 litres de lait par jour, puis la moyenne est de 3 litres par la suite. En février 2024, après la mise bas les chèvres n’ont pas eu de pic de production, c’est à peine si je parvenais à traire trois litres chacune. Et le pire était à venir. Certaines de mes bêtes ont commencé à avoir des diarrhées, d’autres boitaient sans raison. Elles avaient des rhumes à répétition, avec les narines dégoulinantes. En juin, j’ai dû en vendre 40 qui ne produisaient plus de lait. En août elles tombaient comme des mouches. En quelques jours j’en ai perdu une quinzaine.
Bien entendu, le vétérinaire est passé plusieurs fois, il a réalisé plusieurs autopsies, sans pouvoir expliquer cette hécatombe. Nous avons changé le foin, vérifié s’il ne s’agissait pas d’une infection. Rien. En décembre, j’avais 70 décès.
C’est à la fin de cette année catastrophique que j’ai commencé à suspecter un problème électrique. Notre ferme est cernée par les parcs éoliens : Au Sud, il y en a deux, un à l’Est, un à l’ouest, au nord, il y a encore deux installations, également à l’Est et à l’ouest, tout autour de mon élevage, ce qui fait pour l’instant un total de 20 aérogénérateurs. Ces parcs ont été mis en fonctionnement exactement au moment où les problèmes ont commencé sur mes chèvres : fin 2023, début 2024.
Par ailleurs, deux antennes 5G ont été installées au Nord de notre stabulation.
Après avoir consulté plusieurs géobiologues, sans succès, j’ai décidé de tester moi-même quelques astuces pour tenter de sauver mes chèvres. Je me suis attaqué au problème le plus grave : la déshydratation. Dans mes abreuvoirs, j’ai mesuré 0,5 volts en électricité. Cela semble peu, mais force est de constater que mes chèvres refusaient de boire. J’ai donc isolé les abreuvoirs, et j’ai coupé l’arrivée d’eau automatique, qui, bien entendu, passait dans le sous-sol. Avec un tuyau, plusieurs fois par jour, je dois donc rempli mes bassines pour ma centaine de chèvres. Comme mes animaux étaient traumatisés par l’eau chargée en électricité, il fallait que je trouve une astuce pour leur redonner l’envie de boire. Un géobiologue m’a conseillé de modifier le goût de l’eau.
Grâce à un ami, j’ai reçu une palette de sirop de menthe, et ça a marché. Elles se sont remises à boire dans les abreuvoirs isolés des courants vagabonds. Pour moi, il n’y a aucun doute, c’était un problème de courant dans le sol, ou de champ magnétique. Afin d’en avoir la preuve, j’ai demandé à un ami agriculteur qui habite à 17 km, de prendre chez lui 4 de mes chèvres. Et il m’a confié 2 boucs. Le verdict a été sans appel : les 4 chèvres confiées ont retrouvé la santé, et les deux boucs installés sur mon terrain sont morts.
J’ai aussi fait construire une sorte de cage de Faraday tout autour de la stabulation pour isoler, ça a un peu amélioré la situation, mais toutes ces solutions restent fragiles. Au Nord, on parle de changer les éoliennes, pour augmenter les puissances…il faudra encore s’adapter. Avec l’extension des parcs, l’augmentation du nombre d’éoliennes, le sol finit par être saturé.
Et c’est à nous de tenter de nous adapter : imaginez le travail quotidien à accomplir pour sauver mes animaux : remplir manuellement, cinq fois par jour les abreuvoirs, surveiller en permanence.
Et puis, il y avait toujours les problèmes de boiteries et de diarrhées, les décès, les chèvres que l’on doit vendre car elles ne produisent plus de lait. En un an, j’ai donc perdu 270 bêtes au total.
On m’a demandé pourquoi je rachetais des animaux. La réponse est simple : je dois faire tourner ma ferme, et vendre mes fromages, c’est une fuite en avant, mais que faire quand on se retrouve dans une situation pareille et que le problème n’est pas reconnu ?
A ce jour, tout ce que je sais, c’est que mon eau est chargée en électricité, tout ce que je vois c’est que mes animaux se poussent brusquement dans un coin de la stabulation, sans raison, comme si quelque chose les dérangeait dans le sol.
Je suis convaincu qu’il existe un « effet cocktail » : plus on accumule d’installations électriques à proximité des fermes, plus les animaux vont mal. Lignes enterrées, éoliennes, antennes 5G, il est temps de lancer une réelle étude.
Les journalistes qui se sont intéressés à notre cas m’ont demandé : êtes-vous le seul ?
J’ai répondu : non…et ceux qui sont touchés perdent tout.
Et quand il n’y a plus de fermes, il n’y a plus de témoins.
Témoignage recueilli par Sioux Berger, Août 2025
En savoir plus : Le Prix du Vent, éditions du Rocher. Les Pentes, éditions De Borée