01/11/2025
Voilà tout est dit, bravo 💞
Pour terminer le mois d'octobre rose, je publie le dernier de mes trois textes sur le cancer.
Textes en soutien à toutes les femmes qui passent par cette terrible épreuve, mais aussi à toutes les personnes atteintes d'un cancer. Après l'annonce du cancer et la rémission, voici la récidive.
LA RÉCIDIVE - JOUR DE L’ANNONCE !
Je pense que les mots me manquent maintenant, mais j’écris quand même. Parce que, sinon, je vais hurler, ou disparaître. Aujourd’hui, on m’a annoncé qu’il était revenu. Je n’ai pas immédiatement versé des larmes. J’ai simplement fixé le médecin, ses traits flous derrière ses verres, sa voix enfouie sous la couverture de ma peur. Il a parlé longtemps, je crois. Seuls quelques mots me sont restés en tête : rechute, cancer, protocole, traitement, courage, espoir.
Espérer quoi, exactement ?
Je me suis dirigée vers la porte de sortie, comme un robot. J’ai avancé dans le corridor, je ne sentais plus mes jambes. J’ai poussé la porte des toilettes et, là, j’ai vomi.
Non pas à cause d’un traitement, mais simplement par la force du mot, rechute. Ce mot sent mauvais. Il fait mal. Il fait couler le sang.
Je suis rentrée, je ne sais même pas par quel moyen. J’ai jeté mon sac au sol. J’ai fermé les volets. Je ne supportais plus la lumière. Elle me faisait honte. Je n’ai pas l’énergie ni le désir de repartir à zéro. Je ne veux pas revivre tout ça.
Pas d’hôpitaux, pas de regards en biais, pas d’appels empathiques, pas de conseils stupides. Pas les insomnies, où l’on se questionne sans arrêt si l’on va survivre. Je ne veux plus ressentir les décharges électriques dans mes nerfs, ni la bouche métallique, ni les nausées, ni les pertes de mémoire, ni les trous dans les bras. Je ne veux plus prendre de do**he où je pleure accroupie. Je ne veux plus sentir ces odeurs.
Je ne veux plus vivre avec la peur au ventre, la peur qui me guette, même dans mon sommeil.
Je me sens épuisée. Cependant, c’est plus que de la fatigue. Je suis lessivée, brûlée, déchiquetée, attaquée dans ma chair. Je ressens que quelque chose en moi vient de mourir. Cette partie, c’était croyance , paix , avenir.
Je suis en colère contre tout le monde. Envers Dieu, s’il existe. Contre mon propre corps, qui m’a trahi. Contre ceux qui me disent : « Tu es fort ! » Alors que je suis en morceaux. Envers ceux qui n’ont jamais été malades et qui me prêchent la « pensée positive ». Qu’ils meurent.
Je suis en colère, mais c’est une colère glaciale, lourde et empoisonnante. Cette colère s’est transformée en une tristesse profonde qui m’envahit. Elle me serre la gorge et m’enfonce dans un coin sombre. Elle me susurre que tout cela n’a aucun sens. Pour quoi ? J’ai déjà connu la guerre une fois. Je n’en peux plus.
Sais-tu à quoi j’ai pensé tout à l’heure ?
Que mourir maintenant ne serait pas si mal ! Je n’ai qu’à fermer les yeux et à ne plus me réveiller. Évitons à nous-mêmes et aux autres cette farce de la survie. On me dit que « la vie est belle ». Ce n’est pas vrai. Pas aujourd’hui. Pas dans ce corps. Pas avec cette sentence.
Évaluer la gravité d’une rechute s’avère impossible. La première fois, on tombe, brutalement. On se bat, parce qu’on ne connaît pas encore l’adversaire. Mais la deuxième fois… C’est comme si l’on vous trainait de force sur un champ de bataille que vous avez déjà arrosé de votre sang, que vous avez déjà remporté, et qu’on vous dit : recommence.
Mais cette fois, avec la peur au ventre. Car tu sais à quoi t’attendre.
Je ne désire pas devenir un héros. Je ne souhaite pas servir d’exemple. Je veux juste qu’on me laisse tranquille. Laissez-moi sombrer, sans que vous attendiez de moi un sourire.
Je me suis étendue par terre, il y a peu. Le carrelage contre ma joue. Ma fatigue était telle que je n’ai pas pu me hisser dans mon lit. Et je me suis dit que c’était peut-être ça, la fin. Ce n’est pas la mort. Non. Mais avant cela, ce moment où l’on renonce, où l’on dépose les armes, non pas par faiblesse, mais par épuisement total.
Je n’ai pas envie de parler de demain. Je ne veux pas qu’on me prenne dans les bras. Je ne veux pas entendre un seul mot. Je veux simplement dormir, sans me réveiller avec cette épée qui plane au-dessus de ma tête.
Je me pose la question de savoir si je vais continuer. Je ne connais pas encore la réponse. Ce soir, j’ai atteint le fond. Ce n’est pas le fond d’une piscine sur laquelle on peut s’appuyer pour remonter. Non. C’est un fond sec, craquelé, sans rebond.
Je suis vivante, cependant, je ne sais plus pourquoi ni combien de temps.
Merci de m'avoir lu avec le cœur. Un jour ou l'autre, nous pouvons tous être atteints du cancer. D'ici là, profitons de la vie, prenons soin de nous.
Aimez, avant que tout s’efface..
AArmand Henderyckx
Ce dernier extrait de mon dernier roman " Le jour où je suis revenue " ouvre la porte à un nouveau combat. Si vous aussi, vous avez reçu cette mauvaise nouvelle, battez-vous. N'abandonnez jamais.
Prenez soin de vous.