17/06/2026
🚨 Dans les ACM, on parle de la défaillance du système judiciaire. On parle de la peur des animateur·rices de "toucher un enfant". On parle de tout, sauf du vrai sujet.
En tant que directeur des Francas de l'Aube, je veux vous partager une reflexion.
Le vrai sujet, c'est la précarisation d'un métier éducatif.
L'animation jeunesse est l'un des secteurs les plus précaires du champ éducatif. Contrats courts, temps partiels subis, salaires au plancher, turnover permanent. Et comme illustration de cette précarisation, le recrutement : le critère réel, celui qu'on ne dit pas, c'est disponible, et pas encore condamné.
Ce n'est pas une accusation contre des individus, ni contre des structures prises en étau. C'est un constat sur un système sous contraintes : des aides publiques insuffisantes pour une politique éducative ambitieuse, des collectivités locales qui font des économies sur le périscolaire dans un contexte budgétaire tendu, et une logique de rentabilité appliquée à des secteurs où elle n'a rien à faire. L'éducation n'est pas un service à optimiser. Elle ne se pilote pas à la marge.
Dans un secteur précaire, la formation professionnelle recule. Le BPJEPS, les titres pro, l'apprentissage deviennent des horizons inaccessibles pour des structures qui ne peuvent pas financer des parcours longs sur des postes qu'elles ne savent pas pérenniser. Le manque de qualification n'est pas une cause. C'est une conséquence.
Et quand les professionnel·les ne restent pas, quand les équipes se renouvellent chaque été, quand personne n'a le temps de construire une culture de métier partagée, les protocoles de protection ne tiennent plus. Les signaux faibles ne sont plus identifiés. La vigilance collective s'effondre.
La protection des enfants n'est pas qu'une question de casier judiciaire ou de caméra. Elle se construit dans la durée, avec des professionnel·les qui restent, qui se forment, qui connaissent leur terrain et les enfants qui le traversent.
On déplore la violence. On ne finance pas ce qui permettrait de la prévenir structurellement.
Ce n'est pas une contradiction. C'est un choix politique.
Les Francas de l'Aube portent l'exigence que l'animation jeunesse soit un vrai métier, reconnu, formé, rémunéré à hauteur de ce qu'il représente réellement : un acte éducatif engagé auprès des enfants.
La protection de l'enfance mérite mieux qu'un secteur qu'on a décidé de ne pas vraiment financer.
Et vous, vous en pensez quoi ?