25/10/2026
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Elle s'appelait Séraphine Louis.⠀
Née le 3 septembre 1864 à Arsy, dans l'Oise. Sa mère meurt le jour de son premier anniversaire. Son père disparaît avant qu'elle ait sept ans. Elle est recueillie par sa sœur aînée. Elle a sept ans et déjà plus personne.⠀
Elle grandit domestique. Elle fait des ménages, elle récure, elle sert. La nuit, dans sa chambre de la rue du Puits-Tiphaine à Senlis, elle peint. Elle fabrique elle-même ses couleurs — une recette qu'elle n'a jamais révélée à personne. Elle signe parfois ses toiles « Séraphine Louis Maillard, sans rivale » — les noms de son père et de sa mère accolés. Elle grave parfois sa signature au couteau dans la peinture, comme pour s'assurer qu'on ne pourra pas l'effacer.⠀
En 1912, Wilhelm Uhde, collectionneur et marchand d'art, l'embauche comme femme de ménage et découvre qu'elle peint. Il devient son mécène. En 1928, un musée acquiert l'une de ses toiles pour la première fois — le musée de Cassel, en Allemagne. En 1929, ses œuvres s'exposent à Paris et lui ouvrent une notoriété internationale.⠀
Puis la crise de 1929 ruine Uhde. Il cesse de la financer. Elle continue de peindre seule.⠀
Le 31 janvier 1932, sur décision médicale et administrative, elle est internée à l'hôpital psychiatrique de Clermont-de-l'Oise. Elle a 67 ans. Elle ne peindra plus jamais.⠀
Depuis sa chambre d'asile, elle écrit des lettres. Une vingtaine de petits mots qu'elle ne pourra jamais envoyer. Elle rédige aussi ses dernières volontés : faire graver sur sa tombe « Ici repose le corps de Séraphine Louis Maillard sans rivale en attendant la résurrection bienheureuse ».⠀
Pendant ce temps, ses toiles continuent de voyager. Paris en 1932. Paris, Zurich, New York entre 1937 et 1938. Paris en 1942. Elle est internée. Elle ne sait pas.⠀
Sous l'Occupation, les asiles psychiatriques français sont délibérément placés en bas des priorités alimentaires. L'historien Max Lafont a nommé ce phénomène l'extermination douce. Son dossier médical porte la mention : elle cueille de l'herbe pour manger la nuit, mange des détritus.⠀
Elle meurt le 11 décembre 1942 à Villers-sous-Erquery, annexe de l'hôpital, à 78 ans. Elle est inhumée dans la fosse anonyme du carré des indigents au cimetière de Clermont. Ses dernières volontés ne seront pas respectées. Sa tombe ne porte aucun nom.⠀
Sa première biographie paraît en 1986. Ses lettres d'internement ne sont transcrites et publiées qu'en 2021 — quatre-vingt-neuf ans après qu'elle les a écrites.⠀
La mémoire ne se transmet pas toute seule.⠀
Elle s'appelait Séraphine Louis.⠀