09/08/2026
82e anniversaire des Combats de Bouillole 🇫🇷🌹
Hier, le CMRE était présent à Bouillole pour rendre hommage aux victimes des combats du 8 août 1944 et aux guérilleros espagnols de la 22ᵉ Brigade, qui combattirent ici avec courage pour la Libération de la France.
Aux côtés des élus, des porte-drapeaux, de ANACR Comité Nord Allier, Musée de la Résistance et de la Déportation à Montluçon, de nos amis de l’ACOMERA, des associations mémorielles et de nombreux habitants, nous avons poursuivi ensemble ce devoir de mémoire.
Dix victimes à Bouillole. Tant d’autres ailleurs. Ne les oublions jamais.
Retrouvez ci-dessous le discours prononcé par le CMRE lors de cette cérémonie.
Commémoration des combats de Bouillole – 8 août
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les porte-drapeaux,
Mesdames et Messieurs les représentants des associations patriotiques et mémorielles,
Chers amis,
Écoutez.
Quelques secondes seulement.
Écoutez ce qui nous entoure.
Le vent dans les arbres.
Le chant des oiseaux.
Le calme de cette campagne bourbonnaise.
Le silence.
Un silence presque ordinaire.
Un silence auquel nous ne faisons même plus attention.
Et pourtant…
Il y a quatre-vingt-deux ans, ce même lieu ne connaissait pas le silence.
Le 8 août 1944, ici, à Bouillole et dans les bois de Civrais, il y avait le bruit des armes.
Le bruit des rafales.
Le bruit des explosions.
Les cris.
La peur.
L’incertitude.
Des hommes couraient pour leur vie.
D’autres allaient la perdre.
Lorsque nous regardons aujourd’hui ce paysage paisible, il est difficile d’imaginer que cette terre a été le théâtre d’un combat dont certains ne reviendront jamais.
Ce jour-là, des résistants français et des guérilleros espagnols affrontèrent un détachement allemand.
Lorsque les armes se turent, dix personnes avaient perdu la vie.
Huit résistants.
Deux civils.
Dix vies fauchées alors que la Libération était déjà en marche.
Mais derrière ces chiffres, il y a des visages.
Des familles.
Des destins.
Parmi eux se trouvait Michel Péguy.
Michel avait quatorze ans.
Quatorze ans.
L’âge où l’on rêve d’avenir.
L’âge où l’on devrait penser aux études, aux amis, aux vacances.
Pas à la guerre.
Pas à la mort.
Son nom nous rappelle que les conflits ne détruisent pas seulement des armées.
Ils brisent des enfances.
Ils détruisent des familles.
Ils volent des vies qui ne demandaient qu’à commencer.
Nous pensons également aujourd’hui à Francisco Pamiès.
Réfugié espagnol.
Exilé.
Comme tant d’autres Républicains espagnols qui, après la défaite de la République en 1939, franchirent les Pyrénées au cours de la Retirada.
Ils avaient connu la guerre.
Les bombardements.
L’exil.
Les camps.
La séparation.
Ils avaient perdu leur pays.
Mais ils n’avaient jamais renoncé à leurs idéaux.
Lorsque la France fut occupée, ils reprirent les armes.
Au sein notamment de la 22ᵉ Brigade de Guérilleros Espagnols, ils poursuivirent ici le combat qu’ils avaient commencé quelques années plus tôt contre le fascisme.
Ils s’appelaient Miguel Moreno.
Antonio Casillas.
José Mata.
Luis Bárcena Luna.
Et tant d’autres.
Leurs noms ne figurent pas toujours dans les livres d’Histoire.
Pourtant, ils ont écrit ici, dans le Bourbonnais, une page essentielle de la Résistance.
Des hommes qui avaient déjà perdu leur propre liberté.
Et qui choisirent pourtant de défendre la nôtre.
En évoquant aujourd’hui Luis Bárcena Luna, nous avons également une pensée toute particulière pour sa fille, Rosa Tornero, qui nous a quittés cette année.
Membre fondatrice du Collectif pour la Mémoire de la Deuxième République Espagnole, Rosa Tornero consacra une grande partie de sa vie à faire vivre la mémoire des Républicains espagnols.
Avec son compagnon, Noël Magron, avec les membres du CMRE et les bénévoles du Musée de la Résistance de Montluçon, elle s’est engagée sans relâche pour transmettre cette histoire, faire connaître le combat des guérilleros espagnols et rappeler le sacrifice de celles et ceux qui choisirent la liberté.
Rosa était une femme forte.
Une femme profondément engagée.
Une femme de convictions, fidèle à ses valeurs et à l’héritage de son père.
Elle croyait profondément en la transmission, en la justice, en la liberté et en la nécessité de ne jamais laisser l’oubli effacer le sacrifice de celles et ceux qui avaient combattu pour ces idéaux.
Tous ceux qui ont eu le privilège de la connaître garderont le souvenir d’une belle personne.
Une femme généreuse.
Sincère.
Toujours à l’écoute.
Toujours prête à défendre ce en quoi elle croyait.
Son engagement ne relevait pas des discours, mais des actes.
Disparue cette année, elle laisse un grand vide parmi celles et ceux qui œuvrent pour le devoir de mémoire.
Qu’elle soit aujourd’hui chaleureusement associée à notre hommage, ainsi que Noël, sa famille et tous ses proches.
Mesdames et Messieurs,
Si nous sommes réunis aujourd’hui, ce n’est pas seulement pour honorer les morts.
C’est pour mériter leur héritage.
Car le devoir de mémoire n’est pas une cérémonie.
C’est une exigence.
Nous nous plaisons à croire que les dictatures naissent loin de nous.
Que les extrémismes ne concernent que les autres.
Que notre démocratie est assez solide pour résister à tout.
L’Histoire nous enseigne exactement l’inverse.
Aucune dictature ne s’est imposée en annonçant qu’elle allait détruire la liberté.
Aucune.
Elles ont toutes commencé par des mots.
Par des discours qui opposaient les citoyens les uns aux autres.
Par des responsables qui promettaient des solutions simples à des problèmes complexes.
Par des vérités transformées en mensonges.
Par des mensonges répétés jusqu’à devenir des vérités.
Elles ont commencé lorsque l’on a convaincu un peuple qu’il fallait se méfier de son voisin.
Lorsque l’on a désigné des boucs émissaires.
Lorsque l’on a fait croire que la force valait mieux que le droit.
Que la peur valait mieux que la liberté.
Que l’obéissance valait mieux que l’esprit critique.
Et puis, un jour, les opposants se sont tus.
Les journalistes se sont tus.
Les intellectuels se sont tus.
Les citoyens se sont tus.
Non pas toujours par conviction.
Souvent par lassitude.
Par peur.
Ou parce qu’ils pensaient que cela n’irait pas plus loin.
C’est ainsi que les démocraties s’effacent.
Non dans un fracas.
Mais dans le silence.
Ce silence que nous entendions au début de cette cérémonie.
Les résistants de Bouillole connaissaient ce mécanisme.
Les Républicains espagnols l’avaient déjà vécu.
Ils avaient vu une démocratie mourir.
Ils avaient vu des femmes et des hommes perdre leurs droits, puis leur liberté, puis parfois leur vie.
Ils savaient que l’extrémisme, quel qu’il soit, ne construit jamais une nation.
Il la divise.
Il l’affaiblit.
Et, un jour, il la détruit.
Alors l’Histoire nous pose toujours la même question.
Non pas :
Qui avions-nous raison de soutenir ?
Mais :
Qu’avons-nous fait lorsque la liberté reculait ?
Qu’avons-nous dit lorsque la haine progressait ?
Qu’avons-nous défendu lorsque la démocratie vacillait ?
Le 8 août 1944, les résistants de Bouillole ont répondu.
Ils ont choisi la liberté.
Ils ont choisi la République.
Ils ont choisi de résister.
À nous, aujourd’hui, de montrer que leur combat n’appartient pas seulement au passé.
Qu’il demeure une vigilance.
Une responsabilité.
Et une promesse.
Vive la République !
Vive la France !
¡Viva la República!