En ce mois de mai 1968, loin du tumulte parisien, Bryell 2 touche l’eau du port de Breskens .
Pour la petite histoire, le nom de ce plan Britton Chance Jr. était à l’époque Breyell 2.
Toutefois, il semble qu’un E ait été égaré en cours de gravure sur le clinomètre* de Breyell...
Rebaptisé plus t**d She puis Voodoo, un propriétaire soucieux de lui rendre son nom de baptème le baptise donc... Bryell 2, nom qu’il conserve depuis.
* Indicateur d’angle de gîte
Enquête
Aussi nos recherches auprès de son architecte (Britton Chance Jr.), de son constructeur (Frans Maas) et de son premier skipper (André Nélis) s’avèrent infructueuses : Bryell 2 ne leur dit rien !
Ce n’est qu’en avril 2012, chez Frans Maas à Breskens, que les photos de Bryell 2 et de son fameux clinomètre vont nous permettre d’accéder aux archives de Breyell 2.
Comme quoi rebaptiser un bateau n’est pas vraiment une bonne idée, Chance et Nélis ayant entre-temps emporté au cimetière tous leurs petits secrets.
Disparitions
Disparu depuis longtemps sans laisser d’indices, Edward De Beukelaer, l’inventeur du Choco Prince, ne restait sur mer que Frans Maas pour enfin pouvoir apprécier les performances de Bryell 2.
Hélas, pendant la “Light Vessel Race 2017” le sort en décida autrement en désolidarisant la quille de son bateau, le Capella, qui en se retournant entraîna sa fin tragique ainsi que celle de deux autres membres de son équipage au large d’Ostende...
Le duo Chance-Maas
Dépeint de façon désastreuse par Frans Maas, Britton Chance Jr. passait effectivement à ses yeux pour un hurluberlu aux idées loufoques...
Exemple : persuadé que la graisse devait être excellente pour la glisse, Chance demanda au constructeur d’en enduire les œuvres vives d’un bateau. Ça n’apporta évidement aucune amélioration à la vitesse du yacht en question. Par contre, côté manutentions...
En ce qui concerne Bryell dont les plans arrivaient au compte-gouttes des Etats-Unis tantôt en unités américaines, tantôt en unités anglaises, les idées de trimmer lesté, d’hélice escamotable, de moteur centré, de transmission hydraulique ou encore d’appendices (quille et safran) très inclinés ont certainement eut la peau des projets du bateau : tous les autres acteurs allaient être convaincus que les problèmes qui allaient apparaître par la suite étaient dus à l’inclinaison de la quille et du safran ; autant refaire un autre bateau...
Il n’en était rien : le problème de la barre était évident et aurait pu être facilement réglé en installant un secteur sur la mèche et une commande par drosses et barre à roue.
Celui du trimmer était plus complexe car le transfert des 300 kilos de plomb du trimmer (réalisé par Maas en CP) vers le haut de la quille rehaussait en l’avançant de façon très significative son centre de gravité modifiant aussi son assiette longitudinale.
Or, le centre de gravité de la carène était déjà mal balancé à cause d’un moteur avancé du centre du carré vers le côté bâbord de l’épontille entraînant un déséquilibre longitudinal et un autre latéral ; ce dernier fut compensé par l’adjonction de 180 kilos de lingots de plomb (même poids que le moteur et autres accessoires hydrauliques).
Avec un centre de gravité avancé et trop haut, Bryell devait bien fonctionner jusqu’à 4 ou 5 nœuds ; au delà de cette vitesse, avec une barre dépourvue de bras de levier, il devenait incontrôlable...
À suivre...