Mémoires de Rived'Olt

Mémoires de Rived'Olt Page officielle de l'association Mémoires de Rived'Olt. Mémoires de Rived'Olt est ouverte à toute personne intéressée par l’histoire et le patrimoine.

Notre association créée en décembre 2014 par quelques habitants de la commune, s’est donnée pour vocation de conduire des recherches sur l’histoire, le patrimoine matériel et immatériel, les paysages, la culture et la mémoire du pays de Saint-Laurent d’Olt, d’assurer la communication et la valorisation de ses travaux auprès des habitants et du grand public par tous moyens et supports, de favoriser

les travaux des chercheurs ou amateurs sur la région et d’en assurer la diffusion. Nous faisons appel aux volontaires et à toute personne porteuse d’un projet dans ce domaine. Présidente : Elisabeth Dodinet
Secrétaire générale : Annick Cabirou
Trésorier : André Biau

Page créée par Image Yin - Le Web éthique

l'Association amie, Pierres et sigillées nous communique :Aubrac et son musée des cornemuses du mondeSamedi 27 juin 2026...
10/06/2026

l'Association amie, Pierres et sigillées nous communique :

Aubrac et son musée des cornemuses du monde
Samedi 27 juin 2026
Nous vous proposons une journée sur l'Aubrac à la découverte d'un patrimoine singulier : la cornemuse.
En effet l'Aubrac aveyronnais abrite rien moins que le Musée International des Cornemuses du Monde !
A l'origine, ce petit musée créé par des cabrétaïres passionnés était consacré à la cabrette et aux traditions musicales de l'Aubrac . Au fil des ans, ces passionnés de cabrettes se sont ouvert à toutes les formes de cornemuses dans le monde et ont acquis une impressionnante collection de cornemuses dont certaines, décorées, sont de véritables œuvres d'art.
Lors de cette traversée de l'Aubrac nous ferons une halte naturaliste : faune et flore de l'Aubrac.
Déroulement de la journée :
• rendez vous à 9h30 à l'aire de covoiturage de Banassac
• halte naturaliste sur le parking de la cascade du Déroc
• repas tiré du sac au musée qui dispose de tables extérieures ainsi que d'une salle pour se replier en cas de pluie.
• 14 h : intervention d'environ une heure par un spécialiste des cornemuses et du patrimoine musical local.
• 15 h visite libre du musée (environ 1 heure)
• retour à Banassac vers 18 h

Pour plus de précisions, le site internet du musée : https://www.museedescornemuses.com/
Pour ceux qui souhaiteraient nous rejoindre l'après-midi :
Le lieu : Musée des cornemuses du monde : Vines 12 420 Cantoin

Tarif: 6€ sera pris en charge par l'association pour les membres à jour de leur cotisation.
Ne pas oublier la participation au co-voiturage toujours même tarif: 0.20€ du km (148 kms A-R)
Pour une voiture de 4 (3 passagers) : nb de kilomètres ×0,05 euros
Pour une voiture de 3 (2 passagers) : nb de kilomètres ×0,07 euros

Inscriptions et renseignements : Babeth Lenglen : [email protected] Tel 06 08 66 36 71

Le secrétariat.
Association Pierres et Sigillées
[email protected]
En mairie - Place Saint Médard
48500 Banassac-Canilhac
Facebook Pierres et Sigillées
le Petit Médard : le blog de P&S

Situé à Vines, sur la commune de Cantoin, venez découvrir notre collection d'instruments remarquables à travers un parcours en 5 étapes.

23/05/2026

Jeudi 21 mai à l'Eveil cinéma de St-Geniez d’Olt et d’Aubrac, à la veille des fêtes de la transhumance, projection d'un film sur le pastoralisme dans la Massif Central suivi d'un échange avec André Valadier.
Depuis le 6 décembre 2023, la "Transhumance déplacement saisonnier de troupeaux" figure sur la liste représentative du Patrimoine Culturel immatériel de l'Humanité de l'UNESCO.

23/05/2026

Plusieurs stratégies sont mises en place dans le département pour lutter contre la désertification médicale. Une consultation en cardiologie est désormais disponible à Marvejols tous les lundis.

20/05/2026
12/05/2026

NOUVELLE PUBLICATION de Juliette DUMAZY
Le mas, une problématique pour la France
méridionale du second Moyen Âge
(xie-xve siècle)
Juliette Dumasy

Les termes de mansus en latin ou de mas en occitan se rencontrent dans de nombreuses régions de l’Europe méridionale à la in du Moyen Âge (avec quelques variantes locales comme le maxus savoyard ou la mansiata catalane).

Pourtant l’étude de ce phénomène n’a pas dépassé les frontières régionales
des monographies locales, et cela peut-être à cause de plusieurs dificultés.
L’aire de diffusion est vaste mais elle est discontinue et recouvre, en outre, des
réalités assez différentes selon que l’on se situe ici ou là : en Provence, seul
pays où le terme s’est maintenu jusqu’à aujourd’hui pour désigner une mai-
son de campagne typique, le mas était, au bas Moyen Âge, une grosse ferme ;
mais ailleurs, il pouvait désigner un écart, un hameau, un terroir ou encore
une tenure. Il serait cependant regrettable, sous prétexte de cette variété, de ne
pas envisager le mas de façon conjointe dans ces diverses régions, pour tenter
de mieux cerner ce phénomène si caractéristique et dont l’étymologie le rat-
tache au manse carolingien. La terminologie elle-même pose problème : dans
un article sur ce thème, Jean-Claude Hélas refusait, pour le Gévaudan, de tra-
duire manse par « mas » parce qu’il considérait que c’était un anachronisme
(il datait la traduction de mansus par « mas » de l’époque moderne) et que cela
prêtait à confusion avec le mas provençal1. Pourtant les sources attestent tout
à fait, au moins depuis le xiie siècle (soit à partir de l’époque pour laquelle
on dispose de documents écrits en langue vernaculaire), l’emploi de « mas »
en langue occitane, en Gévaudan, Auvergne, Rouergue, Quercy2 ; on voit mal
pourquoi on se refuserait alors à employer le terme, au nom du fait que seul
le mas provençal a survécu dans notre langage contemporain 3. Il semble au
1. J.-C. Hélas, Une commanderie des hospitaliers en Gévaudan. Gap-Francès au milieu du xve siècle, thèse
de l’université de Montpellier, 1974, dactyl., p. 187.
2. Les plus anciennes chartes en langue provençale (avant 1200), C. Brunel (éd.), Paris, Picard, 1926.
3. L’hésitation sur l’emploi du terme de mas se retrouve dans plusieurs écrits : ainsi, en Dau-
phiné, Henri Falque-Vert utilise toujours le terme de « manse » : Les hommes et la m***agne en
07_Dumasy.indd 101 21/09/2010 22:15:14
102 Juliette Dumasy
contraire judicieux d’utiliser le vocable de mas à partir de cette époque, à l’ins-
tar des sources occitanes, car il présente l’avantage de distinguer le manse
à résonance carolingienne du mas des derniers siècles du Moyen Âge, qui
désigne un terroir doublé, le plus souvent, d’un habitat.
Après avoir dressé un panorama des divers visages que présente le mas
à travers la France méridionale (sans m’interdire d’observer des situations
transfrontalières), j’essaierai de montrer qu’en réalité, au-delà des diver-
gences, les points communs l’emportent et font du mas un phénomène dont
l’ampleur n’a peut-être pas été suffisamment mesurée dans l’histoire des
campagnes de l’Europe méridionale.
L’arc méditerranéen : le mas, une exploitation familiale isolée
Commençons par la Provence, région où le terme s’est maintenu jusqu’à
aujourd’hui pour désigner un type d’habitat spéciique : le « mas provençal ».
En réalité, il faudrait plutôt parler du mas de la Provence occidentale, puisque
le terme est tout à fait ignoré dans le comtat Venaissin et en Provence centrale
et orientale 4, tandis qu’il se rencontre en basse vallée du Rhône, en Camar-
gue, dans l’Uzège et le pays de Nîmes. Ici, à l’époque moderne et contempo-
raine, le mas renvoie à une exploitation agricole isolée, habitée par une seule
famille, composée de bâtiments d’habitation et de travail, et entourée d’un
bloc de terres cultes et incultes. C’est la déinition qu’a retenue Frédéric Mis-
tral pour plusieurs régions du Midi de la France dans son Tresor dou Felibrige :
« Maison de campagne, habitation rurale, ténement, ferme, métairie, d’Arles,
en Languedoc, en Dauphiné, Forez et Cerdagne5. »
Mais que signifiait le terme avant le xvie siècle ? En pays d’Arles, Louis
Stouff a montré combien l’histoire de ces mas au Moyen Âge est riche et
complexe 6. Le terme carolingien de mansus y disparaît entre la in du xie et
Dauphiné au xiiie siècle, Grenoble, Presses universitaires, 1997. Pourtant, en Savoie, c’est bien la
même réalité qui est décrite comme mas : F. Mouthon, « Entre familles et communautés d’habi-
tants : les pareries des Alpes savoyardes », Les hommes en Europe. Actes du 125e congrès du CTHS (Lille,
avril 2000), Paris, 2002, p. 97-120 ; N. Carrier, La vie m***agnarde en Faucigny à la fin du Moyen Âge.
Économie et société ( fin xiiie-début xvie siècle), Paris, L’Harmattan, 2001, p. 177-180.
4. É. Pélaquier, « Du lieu aux masages : les mutations de l’espace bâti à Saint-Victor-de-la-Coste
en Languedoc rhodanien du xvie au xixe siècle », dans L’habitat dispersé dans l’Europe médiévale et
moderne, Actes des 28e journées d’histoire de Flaran (15-17 septembre 1996), Benoît Cursente
(éd.), Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1999, p. 257-277.
5. F. Mistral, Lou tresor dou Felibrige ou dictionnaire provençal-français, Aix-en-Provence-Avignon-
Paris, 1879-1886.
6. L. Stouff, « Le mas arlésien aux xive et xve siècles : à propos de l’habitat dispersé dans la Pro-
vence du bas Moyen Âge », Cadres de vie et société dans le Midi médiéval. Hommage à Charles Higounet,
Annales du Midi, t. 102, no 189-190 (1990), p. 161 et suiv.
07_Dumasy.indd 102 21/09/2010 22:15:14
Le mas, une problématique pour la France méridionale du second Moyen Âge 103
le début du xiie siècle. Après une éclipse, il réapparaît au xive siècle avec un
sens nouveau, celui de bâtiment isolé au cœur d’un vaste ensemble de terres.
Ce type d’habitat dispersé n’est pourtant pas nouveau : aux siècles précé-
dents, il existait déjà, perceptible à travers les termes de turris et grangia. Le
mot de turris trahit la dimension militaire de ces habitats, tandis que celui
de grangia, davantage employé dans les documents ecclésiastiques, marque
la fonction agricole, en désignant à la fois le bâtiment isolé et les terres qui
l’entourent et constituent l’exploitation. À partir du milieu du xive siècle, ces
deux vocables sont progressivement remplacés par celui de mansus, après une
période de coexistence (l’expression turris seu mansus est fréquente au milieu
du xive siècle). Le mas arlésien de la in du Moyen Âge est donc un habitat
isolé ancien, auparavant dénommé turris ou grangia, ou bien un habitat neuf de
défrichement. Souvent, au xive siècle, il réunit en lui les fonctions militaires
de la turris et agricoles de la grangia. Toutefois, il a un sens plus restreint que
la grangia car il ne désigne que le bâti, et non les terres alentour ; c’est désor-
mais un autre mot qui dénomme celles-ci : l’affar. L’affar (ou son synonyme
lavor) désigne les terres (champs, prés, pâturages, bois, paluns) dont le mas
(maison d’habitation et bâtiments d’exploitation) est le centre. Dans le livre
terrier d’Arles de 1450, équivalent des estimes toulousaines, les exploitations
isolées dans la campagne sont déclarées comme « un mas et un affar » ou « un
mas et un lavor ». Elles sont la propriété de l’Église, des nobles, des bourgeois
d’Arles qui les donnent à ferme ou à facherie à des laboureurs. L’affar et le mas
deviennent ainsi, dans les deux derniers siècles du Moyen Âge, l’unité de base
du terroir arlésien. Une cellule aux dimensions variables, mais tout de même
assez vaste : la supericie moyenne est de 60 hectares (avec un maximum de
200 hectares), ce qui est beaucoup à cette époque. Le mas arlésien est donc
souvent une grosse ferme prospère. Dans la seconde moitié du xve siècle, le
mot prend son acception moderne, le mas désignant à la fois l’habitation et
l’affar, soit la partie et le tout.
À quelques pas de géant de là, dans le Lauragais des xve et xvie siècles, où
l’habitat groupé domine, il existe aussi un habitat intercalaire qui, sous un
vocable un peu différent, s’apparente au mas arlésien 7 : le campmas (ou cap-
mas), aussi appelé borie 8. Ces termes, synonymes, sont équivalents du mas
arlésien de la in du xve siècle : ils désignent à la fois la maison d’habitation,
7. M.-C. Marandet, « Le campmas du Lauragais au bas Moyen Âge : les biens et les hommes »,
dans Le paysage rural et ses acteurs, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 1998, p. 119-
162 ; id., « L’habitat intercalaire en Lauragais oriental du xive au xvie siècle », dans L’habitat
dispersé…, op. cit., p. 235-256.
8. Il existe aussi, dans ces campagnes, des bordes, qui, au xve siècle, sont des granges et non
pas des habitats.
07_Dumasy.indd 103 21/09/2010 22:15:14
104 Juliette Dumasy
les bâtiments à usage agricole et les terres d’un seul tenant qui les entourent,
champs, prés, pâturages, vignes, bois et broussailles, souvent séparées des
exploitations voisines par des routes ou des fossés. En moyenne, au xve siècle,
un capmas comprend 30 à 40 sétérées de terres labourables, soit 10,5 à 14 hec-
tares ; les plus grands ont plus de 60 sétérées, soit 21 hectares. Ces bories
sont la propriété de marchands et bourgeois de Castelnaudary, de l’Église, de
nobles qui les donnent en fermage ou en métayage ; les plus petites sont par-
fois possédées et exploitées par la famille résidante. Le campmas correspond
donc bien au proil du mas arlésien, en moins vaste toutefois. En revanche,
il connaît, à l’époque moderne, une évolution un peu différente. À partir du
xvie siècle, il est souvent fractionné entre héritiers et donne alors naissance à
des masatges, c’est-à-dire des hameaux de quelques feux.
En Roussillon, région qui a vu la naissance, au tournant des xe et xie siècles,
d’un habitat groupé sous la forme des celleres, le mas correspond à une réa-
lité proche des précédentes, mais qui a sa spéciicité 9. Dans son sens large,
le terme (synonyme de mansata) désigne une unité d’exploitation agricole qui
regroupe : 1) plusieurs terres situées sur des terroirs aux aptitudes complé-
mentaires, 2) l’habitation principale, située dans la campagne et appelée elle-
même mas (ici dans son sens étroit) ou capmas, 3) des bâtiments annexes grou-
pés autour de la maison ou plus loin sur ses terres, et 4) une ou des annexes
dans le village voisin, qui sont également appelées mas. Dans le village ou
plus souvent ses faubourgs (barris), certaines maisons sont donc désignées
par le terme de mas. Ce dernier aspect est une spéciicité roussillonnaise 10,
liée peut-être à la volonté des ruraux d’avoir droit à la protection de la cellera, et
au fait que l’habitat groupé est dominant dans la région.
En deçà des Pyrénées, dans la Catalogne médiévale, on pénètre pour la
première fois dans une région d’habitat majoritairement dispersé. Ici, le mas
correspond à une petite exploitation agricole, composée de bâtiments et de
9. A. Catafau, « La maison rurale en Roussillon du ixe au xive siècle. Une approche par les
textes », dans Le paysage rural et ses acteurs, op. cit.
10. À l’époque moderne, Élie Pélaquier a également observé dans le Languedoc rhodanien
un lien étroit entre bourg et masatges ou hameaux, qui prend la forme suivante : aux xvie et
xviie siècles, certains des bourgeois de Saint-Victor-de-la-Coste (à une vingtaine de kilomètres
à l’est d’Uzès) possèdent des maisons secondaires dans les masatges, qu’ils appellent mas ; alors
que les autres demeures du hameau, habitées en permanence, sont bien appelées « maisons ».
Ainsi, les maisons, du bourg ou des masatges, sont des résidences principales, tandis que les
mas sont des résidences secondaires ou des annexes. Les propriétaires de mas disposent des
avantages de l’habitat en bourg (protection, statut social…) tout en ayant une exploitation agri-
cole. Au xviiie siècle, la situation s’inverse, les bourgeois désertent le bourg pour s’installer
dans les hameaux, où les « mas » deviennent alors des « maisons ». E. Pélaquier, « Du lieu au
masage… », loc. cit.
07_Dumasy.indd 104 21/09/2010 22:15:14
Le mas, une problématique pour la France méridionale du second Moyen Âge 105
terres de nature diverse (vergers, potagers, terres, vignes, prés, etc.), d’un
seul tenant, qui constituent l’« honneur » (honor) du mas, également appelé
mansiata ou masada 11. Le mas est la forme dominante de l’habitat, très dis-
persé dans cette région où les agglomérations sont rares, et ceci depuis au
moins le xie et le xiie siècle, quand les mentions de mas se multiplient dans
la documentation, au détriment des villae, de moins en moins nombreuses.
Mais il n’exclut pas d’autres formes de peuplement rural : il existe aussi des
mansiunculi, mansioli, qui semblent être des mas d’une taille inférieure ; des
bordes, également de taille réduite et dont certaines sont dépendantes d’un
mas ; et enin des cabanes, construites près d’un mas et habitées par d’autres
familles que celle qui réside dans celui-ci. Les mas sont de dimensions un peu
supérieures à celles du campmas lauragais : dans le comté de Gérone vers 1300,
la seigneurie de Cruïlles compte jusqu’à 81 mas sur 20 kilomètres carrés ; la
supericie moyenne du mas est donc d’environ 25 hectares 12. Exceptionnel-
lement, le mas peut être une résidence noble, mais dans l’immense majo-
rité des cas c’est une tenure exploitée par une famille paysanne d’un statut
supérieur à celui des familles qui habitent des mansiunculi, des bordes ou de
simples cabanes. Certains membres de cette élite rurale peuvent même tenir
plusieurs mas qu’ils sous-acensent à d’autres. Le revers de cette situation
avantageuse est la condition servile qui touche nombre de tenanciers de mas,
appelés homini proprii et solidi : paiement d’une taxe de rachat en cas de départ
(remença), astreinte à divers mals usos, contrôle des successions par le seigneur
en faveur de l’indivisibilité du mas et du maintien d’une force de travail sufi-
sante 13. À cela s’ajoutent les redevances banales, très alourdies à partir de la
seconde moitié du xie siècle, et qui sont prélevées au niveau du mas, et non
plus de la paroisse – ce qui permet d’ailleurs de simpliier et d’uniformiser un
système de redevances auparavant très complexe. Servant de cadre au prélève-
ment et à l’exercice du pouvoir seigneurial, le mas peut être considéré comme
la cellule de base de la seigneurie catalane. Si l’on ajoute à cela l’hypothèse de
Lluis To Figueras selon laquelle la diffusion de ces mas au xiie siècle serait
moins liée au mouvement des défrichements qu’à la création volontaire de
nouvelles tenures, le mas apparaît comme un instrument eficace aux mains
11. L. To Figueras, « Habitat dispersé et structures féodales dans l’Espagne du Nord au
Moyen Âge central », dans L’habitat dispersé…, op. cit., p. 121-144.
12. E. Mallorqui, « El mas com a unitat d’explotacio agraria. Repas dels seus origens », El mas
medieval a Catalunya, Quaderns del Centre d’estudis comarcals de Banyoles, no 19 (1998), p. 45-64, cité
par L. To Figueras, « Habitat dispersé… », loc. cit.
13. L. To Figueras, « Le mas catalan du xiie siècle : genèse d’une structure d’encadrement et
d’asservissement de la paysannerie », Cahiers de civilisation médiévale, 36e année, no 2 (avril-juin
1993), p. 151-177.
07_Dumasy.indd 105 21/09/2010 22:15:14
106 Juliette Dumasy
des seigneurs, destiné à contrôler la paysannerie et son travail, à empêcher les
désertions et à s’assurer des revenus élevés, constants, prélevés sur une unité
territoriale cohérente. Cette politique seigneuriale expliquerait le succès et la
pérennité de ce mode de peuplement dispersé.
Il semble donc que, le long d’un arc méditerranéen et littoral qui va de la
Provence occidentale à la Catalogne en passant par le Roussillon et le Laura-
gais (avec sa variante en capmas), et qui regroupe des pays d’habitat dispersé
comme d’autres d’habitat groupé, le mas – dans les régions où il existe –
désigne une exploitation agricole isolée (composée de bâtiments d’habi-
tation, d’exploitation, et de terres cultes et incultes), habitée par une seule
famille. Le terme désigne le tout et la partie, c’est-à-dire à la fois le terroir
exploité et le centre bâti. Dans le paysage rural, le mas est un écart, une ferme
isolée entourée de ses terres, qui offrent une belle complémentarité des sols et
des usages agraires. Au-delà de cette coniguration commune, on observe des
variantes dans le vocabulaire (capmas, boria), la taille de l’exploitation (vaste
en Provence, moindre en Catalogne et en Lauragais), son rôle dans l’organi-
sation sociale (propriété noble et bourgeoise baillée à ferme ou à métayage en
Provence et Lauragais ; tenure servile en Catalogne). Cet arc connaît quelques
discontinuités, des angles morts où le mas n’existe pas. Dans le Biterrois, pays
du castrum roi, les mansi de l’époque carolingienne et féodale disparaissent en
même temps que monte en puissance le castrum ; les populations se concen-
trent dans les villages perchés, situés au centre du inage, et les manses, déser-
tés, sont fractionnés en parcelles14. Ici le manse ne deviendra jamais mas.
Alpes et contreforts alpins : mas et pareries
Le terme de mas (et ses variantes maxus et meix) revêt un autre sens en Savoie
et dans le Dauphiné, deux régions où l’habitat est majoritairement dispersé.
Ici, les sources sont presque exclusivement d’origine seigneuriale ; aussi le
mas semble-t-il être une tenure avant d’être un habitat. En Savoie, les recon-
naissances seigneuriales et les extentes, sortes de terriers, dépeignent les mansi
comme un ensemble de tenures – pas toujours d’un seul tenant – dont les
détenteurs sont solidaires pour le paiement des droits seigneuriaux, qui com-
prennent à la fois des droits fonciers et des droits banaux (taille, garde, che-
vauchée…)15. Les tenanciers solidaires forment une société qu’on appelle une
14. M. Bourin, Villages médiévaux en Bas-Languedoc : genèse d’une sociabilité (xe-xive siècle), Paris,
L’Harmattan, 1987.
15. F. Mouthon, « Entre familles et communautés d’habitants… », loc. cit. Voir aussi M. Gel-
ting, « Les hommes, le pouvoir et les archives : autour des reconnaissances du mas Diderens à
Hermillon (1356-1529) », Études savoisiennes, no 3 (1994), p. 5-45 ; N. Carrier, La vie m***agnarde
en Faucigny…, op. cit., p. 177-180 ; N. Carrier, F. Mouthon, « Extentes et reconnaissances de la
07_Dumasy.indd 106 21/09/2010 22:15:14
Le mas, une problématique pour la France méridionale du second Moyen Âge 107
parerie ou une consorterie. Les pariers peuvent être jusqu’à vingt et avoir des
tenures dans plusieurs mas différents. Les vastes étendues incultes que com-
portent les mas pourraient constituer une de leurs raisons d’être : la parerie
permet la gestion commune de vastes espaces incultes. Le problème de cette
documentation seigneuriale, c’est qu’elle ne permet pas de savoir clairement
si les mas comprennent des villages ou bien si les tenanciers habitent tous le
bourg. Les mas éclatés ne semblent pas porter d’habitat spéciique, les pariers
résidant au village et étant possessionnés dans plusieurs mas qui se partagent
le inage villageois. En revanche, il est certain que d’autres mas comprennent
plusieurs feux, qui peuvent prendre la forme de fermes dispersées ou bien
d’un hameau, voire d’un village. À leur propos, Fabrice Mouthon parle de vil-
lage-mas : il s’agit d’un mas d’un seul tenant, qui correspond au inage d’un
village et porte le même nom.
Les mas du Dauphiné au xiiie siècle présentent la même ambivalence : le
mansus peut être une tenure non habitée, parfois éclatée, tenue par des pariers
qui doivent un cens commun au seigneur ; il peut aussi désigner un hameau
et son inage, tenu par des pariers dont certains n’habitent pas forcément le
hameau en question 16. On retrouve une situation analogue dans les Préalpes
lombardes, où les mas ou sortes présentent le paradoxe de servir d’unités de
base de la perception seigneuriale, alors qu’elles sont pulvérisées en une mul-
titude de parcelles dispersées et tenues par des cultivateurs différents17.
Ce système des pareries et cens solidaires, qui n’existe pas dans les pays
méditerranéens, est remarquable. Il n’est pas la trace d’une époque antérieure
où le manse était une tenure unique, mais le résultat d’une politique seigneu-
riale délibérée, selon Henri Falque-Vert : en Dauphiné, il aurait été mis en place
tout à fait volontairement par les seigneurs dauphinois dans la seconde moitié
du xiie siècle et se serait superposé aux exploitations et parcelles existantes. Il
permettait une gestion rationalisée du cens et surtout garantissait au seigneur
le maintien de la redevance à son niveau, en cas de départ ou de défaut de paie-
ment d’un tenancier – les autres pariers étant tenus de payer le déicit 18.
principauté savoyarde. Une source sur les structures agraires des Alpes du Nord (fin xiiie-fin
xve siècle) », dans Terriers et plans-terriers. Actes du colloque de l’Association d’histoire des sociétés rurales et
de l’École nationale des chartes (Paris, 23-25 septembre 1998), G. Brunel, O. Guyotjeannin, J.-M. Mori-
ceau (éd.), Rennes-Paris, AHSR-École nationale des Chartes, 2002, p. 217-241.
16. H. Falque-Vert, Les hommes et la m***agne…, op. cit., p. 176-201.
17. F. Menant, Campagnes lombardes au Moyen Âge, Rome, École française de Rome, 1993,
p. 312-314.
18. « Les manses […] constituaient ainsi une grille fiscale qui se surimposait aux exploitations
et aux parcelles, et donc évitaient les aléas de leurs mutations et évolutions », H. Falque-Vert,
Les hommes et la m***agne…, op. cit., p. 199.
07_Dumasy.indd 107 21/09/2010 22:15:14
108 Juliette Dumasy
Ainsi, dans une vaste région alpine, le mas des sources seigneuriales appa-
raît comme une tenure collective, mise en valeur par une communauté de
tenanciers plus ou moins nombreux, solidaires du paiement des redevances et
de l’exploitation de terres communes. Cette tenure peut éventuellement porter
un habitat, mais il n’y a pas de lien systématique entre les deux. Le manse est
avant tout comme une structure agraire, alors que, dans l’arc méditerranéen,
il est, au moins autant, une structure de peuplement. Mais cela est peut-être
dû à un effet d’optique des sources, les documents savoyards provenant uni-
quement de fonds seigneuriaux qui ne renseignent pas toujours clairement
sur l’habitat – on reviendra sur ce problème ultérieurement.
Le Massif central :
le mas, forme dominante de l’habitat et structure sociale de base
Il existe enin une troisième aire où le mas prend un aspect encore différent
des deux précédents : le Massif central et ses abords, région de l’habitat dis-
persé par excellence. Le mas est ici la forme dominante de l’habitat ; il corres-
pond à un phénomène bien plus massif que dans les deux aires précédentes
– Catalogne exceptée. Grâce à des sources plus nombreuses et plus variées
que dans les deux zones précédentes, il apparaît aussi comme une structure
socio-économique fondamentale.
En basse-Auvergne, au xiiie siècle, le mas a une double signiication : dans
la partie orientale, c’est un tènement situé dans une villa, alors qu’à l’ouest il
désigne un petit habitat de type hameau situé dans une paroisse, et qui corres-
pond à l’échelon inférieur à la villa. Mais dès le début du xive siècle, cette der-
nière signiication l’emporte aussi à l’est, l’unité d’exploitation étant désor-
mais désignée par les termes de tenementum ou de pagesia 19. Le mas désigne
alors un petit habitat, un hameau, et les terres environnantes. Celles-ci, cultes
et incultes, sont exploitées par les habitants du hameau : elles forment le
inage du mas. Les réserves seigneuriales mises à part, le terroir est presque
entièrement couvert par ces mas : chaque mas a pour limite un autre mas. Les
droits seigneuriaux (fonciers et banaux) sont organisés à l’échelle du mas. Au
xvie siècle, le système de la pagésie solidaire, selon laquelle les tenanciers du
mas – appelés pagès – sont considérés comme solidaires du paiement d’un
cens commun du mas au seigneur, est généralisé. Il permet au seigneur, en
cas de défaut de paiement d’un tenancier, de réclamer le cens manquant à ses
voisins. Ce dispositif est assez similaire au système de la parerie alpine ou du
manse dauphinois, mais il intervient avec trois siècles de re**rd.
19. P. Charbonnier, Une autre France. La seigneurie rurale en Basse-Auvergne du xive au xvie siècle, Cler-
mont-Ferrand, Institut d’études du Massif central, 1980.
07_Dumasy.indd 108 21/09/2010 22:15:15
Le mas, une problématique pour la France méridionale du second Moyen Âge 109
En Limousin, la situation est très proche de celle observée en Auvergne.
Le mas renvoie à un habitat du même type : un groupement de maisons en
ordre lâche, isolé, qui est la forme la plus courante du peuplement rural, le
chef-lieu de paroisse étant appelé bourg20. Au xve siècle, le mas abrite, la plu-
part du temps, un groupe familial large : frérèches, associations de cousins,
oncles, ou encore comparsonneries, qui réunissent des tenanciers solidaires
du paiement de la redevance au seigneur21. Généralement, les associés sont
au nombre de trois ou quatre, mais peuvent être jusqu’à une vingtaine ; sou-
vent on ignore leur nombre exact car ils sont cachés derrière un ou plusieurs
chefs, seuls nommément cités dans les textes. Dans le cas d’association de
deux à cinq personnes, les tenanciers habitent tous le mas en question ; pour
les comparsonneries plus larges, la question n’est pas résolue, mais il semble
qu’une partie des parsonniers habitent le hameau au centre des terres du
mas, tandis que l’autre partie habite des mas voisins. Au xvie siècle, sous la
pression démographique, le mas limousin a tendance à être fractionné et les
larges comparsonneries à disparaître, mais la frérèche et l’indivision restent
très vivaces22. Le système rappelle les pareries des Alpes ou du Dauphiné, sauf
qu’il n’existe apparemment pas de mas éclaté sans habitat en Limousin, et
qu’on ignore si ce sont les seigneurs qui l’ont imposé. Il paraît aussi proche
de la pagésie auvergnate, mais, selon Jean Tricard, il s’en distingue en ce qu’il
instaure une association familiale, iscale et de travail, alors que la pagésie
auvergnate du xvie siècle est une association exclusivement iscale, unique-
ment déterminée par l’assiette de la redevance.
Ce type d’association familiale dans un mas est également observable dans
le Bourbonnais de la in du Moyen Âge et de l’époque moderne, où le système
s’est bien maintenu, contrairement au Limousin 23. Ici le mas, synonyme de
20. J. Tricard, « L’habitat dispersé en Limousin aux xive et xve siècles : le témoignage des
textes », dans L’habitat dispersé…, op. cit., p. 223-234 ; Les campagnes limousines du xive au xvie siècle :
originalité et limites d’une reconstruction rurale, Paris, 1996.
21. J. Tricard, « Comparsonniers et reconstruction rurale dans le Sud du Limousin au
xve siècle », Actes du 104e congrès national des Sociétés savantes (Bordeaux, 1979), Paris, 1981, t. 1,
p. 51-62 ; id., « Frérèches et comparsonneries à la fin du xve siècle, un exemple limousin », R***e
d’Auvergne, no 2 (1986), p. 119-127.
22. À travers la vie d’une famille de notaires de campagne du plateau de Millevaches aux xvie
et xviie siècles, Nicole Lemaître a admirablement montré le fonctionnement de ces mas à base
familiale, qui sont parfois le théâtre de luttes féroces pour le pouvoir et la richesse, où l’on
n’hésite pas à manipuler son cousin-voisin pour le dépouiller. N. Lemaître, Le scribe et le mage :
notaires et société rurale en Bas-Limousin aux xvie et xviie siècles, Paris, de Boccard, 2000.
23. B. Derouet, « Territoire et parenté. Pour une mise en perspective de la communauté rurale
et des formes de reproduction familiale », Annales ESC, mai-juin 1995, p. 645-686 ; id., « Groupe
domestique ou reproduction familiale ? Deux approches de la famille paysanne sous l’Ancien
07_Dumasy.indd 109 21/09/2010 22:15:15
110 Juliette Dumasy
domaine ou tènement, désigne une exploitation de 30 à 50 hectares tenue
par une communauté familiale plus ou moins large, qui comprend généra-
lement un père et ses ils, voire ses gendres. Parfois ces communautés sont
bien plus larges, regroupant jusqu’à huit à douze couples qui assemblent
leurs domaines en un seul terroir qui peut aller jusqu’à 200 hectares ; le mas
prend alors la forme d’un agrégat de maisons proche du hameau. Mais cha-
cun reste propriétaire de son propre domaine. La transmission des biens se
fait généralement aux ils mariés, mais de façon indivise. La priorité de ces
communautés est en effet de préserver l’intégrité du domaine à travers les
générations. Comme dans le Limousin, le mas paraît ici indissolublement lié
à la communauté plus ou moins large qui l’occupe et l’exploite. Il est le siège
d’une communauté familiale et de travail.
En Quercy, en Rouergue ou en Gévaudan, le système de la pagésie ou de
la parerie existe mais il est beaucoup moins fréquent 24. Dans la baronnie
de Sévérac-le-Château, aux conins du Rouergue et du Gévaudan, les petits
seigneurs ont bien essayé, au début du xive siècle, d’imposer la solidarité
du cens dans les mas, mais leur tentative, peut-être compromise par la crise
qui démarre au même moment, a fait long feu 25. En Quercy et en Rouergue,
après les désertions massives dues à la crise des xive-xve siècles26, le mas sert
de cadre au repeuplement et à la reconstruction du xve siècle. Les seigneurs
baillent à nouveau cens de vastes terres incultes à des groupes de tenanciers
souvent unis par des liens familiaux, avec l’obligation de (re)construire de
nouvelles habitations qui (re)donneront naissance au hameau appelé mas27.
Dans ces régions, le mas du xve siècle est une maison isolée ou, plus sou-
vent, un regroupement de maisons entourées de leurs dépendances (bâtiments
Régime », Enquêtes rurales, no 3 (1997) [Cahiers de la Maison de la recherche en sciences humaines de Caen,
XII] p. 65-80.
24. La pagésie existe bien en Gévaudan ou en Rouergue, mais sa signification est différente :
elle désigne la tenure que détient un tenancier. J.-C. Hélas, Une commanderie…, p. 187-190 ; id.,
« Le manse en Gévaudan », Cadres de vie…, op. cit., p. 173-178. Sur le Larzac, quelques organisa-
tions en pareries existent, mais restent marginales : M. Berthe, « L’habitat médiéval du Rouer-
gue : l’exemple du Larzac », R***e du Rouergue, no 23 (automne 1990), p. 395-403.
25. J. Dumasy, Le feu et le lieu. La baronnie de Sévérac-le-Château à la fin du Moyen Âge, thèse de docto-
rat soutenue à l’université Paris 1, 2008, p. 461-474.
26. Le Rouergue aurait perdu autour de 20 % de ses mas entre le milieu du xive et la fin du
xve siècle. Ibid., p. 549-551.
27. J. Lartigaut, Les campagnes du Quercy après la guerre de Cent Ans (vers 1440-vers 1500), Toulouse,
Publications universitaires du Mirail, 1978 ; J.-L. Dega, « L’évolution des habitats ruraux et le
repeuplement du Bas Rouergue méridional (xive-xve siècles), dans Habitats et territoires du Sud,
Actes du 126e congrès national des Sociétés historiques et scientifiques (Toulouse, 9-14 avril 2001), B. Cur-
sente (dir.), Paris, CTHS, 2004, p. 215-233.
07_Dumasy.indd 110 21/09/2010 22:15:15
Le mas, une problématique pour la France méridionale du second Moyen Âge 111
annexes, jardins, aire, cour, petit patus 28), juxtaposées, de manière lâche et
informe, et entre lesquelles se trouvent des espaces ou bâtiments communs :
patus (parcelle de taille moyenne qui sert au regroupement des animaux et
de pacage temporaire), fontaine, abreuvoir, four commun (et non banal) 29.
Certains mas comprennent des bâtiments remarquables : maison forte de
hobereau ou bien église paroissiale. Située à l’écart des maisons, celle-ci n’a
manifestement joué aucun rôle structurant dans la morphologie du mas, au
contraire de ce que l’on observe dans les villages. Nombre de ces hameaux ont
gardé la même apparence aujourd’hui30.
Là où les pareries, comparsonneries ou pagésies n’existent pas, ou en tout
cas pas avec une telle ampleur, comme en Rouergue, la prégnance des struc-
tures familiales se manifeste néanmoins par la solidité des feux habitant les
mas. Au xve siècle, dans la baronnie de Sévérac-le-Château, les chefs de feu
mettent en place des stratégies successorales très élaborées, qui visent à assu-
rer la prospérité du feu sur le long terme en privilégiant la transmission de
l’intégrité des biens à un héritier unique ; mais ils cherchent aussi à étendre
le réseau familial en installant certains de leurs cadets déshérités à la tête de
feux des mas voisins. Ces jeux successoraux permettent aux feux de constituer
des lignées à la belle longévité et de couvrir le pays de réseaux de solidarités31.
En Rouergue, les solidarités familiales se doublent d’une bonne intégration
au sein de la communauté d’habitants. Dans la baronnie de Sévérac-le-Châ-
teau, les mas qui appartiennent à la juridiction (mandement ou baylie) d’un
bourg ou d’un village (et qui peuvent être jusqu’à une quarantaine) font partie
de ce que les sources appellent la communitas castri et mandamenti, expression
que j’ai traduite par « communauté de mandement 32 ». Ils bénéicient d’une
place reconnue au sein de celle-ci, en particulier grâce à leur représentation
spéciique au sein du personnel communautaire : ainsi, sur les quatre consuls
de Sévérac, la coutume veut que deux d’entre eux soient issus des mas, les deux
autres du bourg. Ces dispositions empêchent tout pouvoir absolu du chef-lieu
et permettent aux habitants des mas de faire entendre leurs exigences, alors
même que, les mas étant le royaume des paysans et le bourg celui des arti-
sans, marchands et juristes, les risques de mésentente et d’éclatement de la
communauté sont forts. Elles sont en quelque sorte la transposition, en pays
28. Le patus près de la maison est une petite parcelle en herbe qui sert de pacage temporaire aux
bestiaux de la maison. Il est appelé couderc en Auvergne.
29. J. Dumasy, Le feu et le lieu, op. cit., p. 247-268.
30. A. Fel, Les hautes terres du Massif central, Paris, PUF, 1962.
31. J. Dumasy, Le feu et le lieu, op. cit., p. 369-419.
32. Ibid., p. 509-542.
07_Dumasy.indd 111 21/09/2010 22:15:15
112 Juliette Dumasy
d’habitat dispersé, de la « démocratie au village » chère à Monique Bourin et
Robert Durand33. Les mas sont également bien intégrés aux structures de pou-
voir autres que communautaires : dans la seigneurie, ils servent de cellule de
base pour la distribution de iefs et l’organisation des droits seigneuriaux ; ils
sont aussi partie intégrante du réseau paroissial puisque nombre de chefs-
lieux de paroisse se trouvent dans des mas34.
Cet habitat en mas, tel qu’il existe dans le Massif central de la fin du
Moyen Âge, a une longue histoire derrière lui. Plusieurs travaux ont mis
en valeur le rôle majeur du mas dans la dynamique de peuplement des xie-
xiiie siècles. Dans l’arrière-pays languedocien, les mas, qui sont la forme de
peuplement dominante, ont été les moteurs de la conquête des terroirs et ont
accompagné l’avancement du front des défrichements à partir de l’an Mil 35.
Mais cet habitat en mas n’a pas surgi de nulle part. En Rouergue, Charles
Higounet insistait sur la pérennité des manses carolingiens, qui forment la
trame de l’habitat rural encore au xiiie siècle et dont l’on peut aujourd’hui
repérer les limites sur le terrain. De fait, il existe une certaine continuité entre
les manses carolingiens et les mas du Moyen Âge central. Alors que, dans
l’économie domaniale carolingienne, les manses étaient subordonnés à la cur-
tis et à la villa dans le schéma productif, ils sont devenus, à partir du xie siècle
au plus t**d, le pôle d’organisation du travail agricole36. Dans le contexte de
l’essor démographique et de la colonisation des nouvelles terres défrichées,
leurs exploitants ont tendance à s’agglutiner, à la suite de divisions successo-
rales et d’installations conjointes dans les terres nouvellement conquises 37.
Les petits regroupements de manses et, partant, de maisons – qui existaient
sans doute déjà mais s’inscrivaient dans le cadre de la villa – sont dès lors
de plus en plus nombreux. Or il n’y a pas de terme spéciique pour désigner
ces agglomérats : la villa désigne désormais un habitat groupé de dimension
signiicative et doté d’au moins une fonction administrative, judiciaire, reli-
gieuse, marchande, etc., ce qui n’est pas le cas de ces agglomérats de mai-
sons-exploitations. C’est donc la partie – le manse – qui va servir à désigner
le tout – le hameau. On ignore les étapes précises de cette évolution lexicale ;
33. M. Bourin, R. Durand, Vivre au village au Moyen Âge. Les solidarités paysannes du xie au xiiie siècle,
Rennes, PUR, 1984, rééd. 2000.
34. J. Dumasy, Le feu et le lieu, op. cit., p. 474-481 et p. 493.
35. A. Durand, Les paysages médiévaux du Languedoc (xe-xiie siècles), Toulouse, Presses universitaires
du Mirail, 1998, p. 117 et suiv., p. 302 et suiv.
36. J. Morsel, L’aristocratie médiévale, ve-xve siècle, Paris, Armand Colin, 2005, p. 190.
37. C’est ce qu’a démontré Aline Durand pour l’arrière-pays languedocien et il en est sans doute
de même en Rouergue. A. Durand, Les paysages médiévaux du Languedoc, op. cit., p. 117 et suiv.
07_Dumasy.indd 112 21/09/2010 22:15:15
Le mas, une problématique pour la France méridionale du second Moyen Âge 113
en Rouergue, elle semble prendre forme à la in du xiie siècle et se manifester
surtout au début du xiiie siècle38.
Ainsi, dans le Massif central, le mas est, de façon indissociable, une unité
de peuplement et d’exploitation agricole, qui prend plus souvent la forme
d’un hameau que celle d’une ferme isolée ; c’est aussi un élément essentiel de
l’organisation sociale et institutionnelle de ces pays m***agnards.
Problématiques globales et pistes de recherche
Au terme de ce panorama sur les différentes réalités auxquelles renvoie le
terme de mas dans la France méridionale et la Catalogne, ce sont peut-être
moins les différences que les similitudes ou les convergences qui sont les plus
frappantes.
Partout, le mas est une structure foncière. C’est un ensemble de terres
cultes et incultes, généralement d’un seul tenant, bien délimité, et de dimen-
sion très variable, mais rarement inférieure à 10 hectares. Ce peut être une
exploitation familiale, comme dans l’arc méditerranéen – tenure en Cata-
logne, ferme ou métairie en Provence ou en Lauragais ; ou bien une tenure
collective, tenue de manière solidaire par des pariers qui en exploitent chacun
une partie – comme dans les régions alpines à travers pareries et consorteries,
et en Auvergne et Limousin à travers pagésies et comparsonneries ; ou bien
encore un ensemble de tenures individuelles – comme dans l’ensemble du
Massif central. Ces différentes formes ne sont pas exclusives l’une de l’autre :
en témoigne la coexistence, en Rouergue, de mas soumis à un cens solidaire
analogue à la pagésie auvergnate, d’autres composés de plusieurs exploita-
tions distinctes et d’autres encore formant une seule tenure familiale.
Dans la plupart des régions, le mas désigne aussi, et tout autant qu’une
structure foncière, un habitat de petite taille, pouvant comprendre de une à
une vingtaine d’habitations. Selon les cas, il prend donc l’aspect d’une ferme
– c’est généralement le cas dans l’arc méditerranéen – ou d’un hameau – dans
le Massif central. Dans ce dernier cas, les terres environnantes peuvent être
considérées comme le inage du mas. Dans certaines régions cependant, le
mas n’est pas – ou plus – un habitat. Dans le Massif central, les terroirs des
hameaux désertés aux xive et xve siècles sont, pendant quelques décennies
après leur abandon, encore appelés mas, avant que, répartis entre les terroirs
38. F. de Gournay, Le Rouergue au tournant de l’an mil. De l’ordre carolingien à l’ordre féodal (ixe-
xiie siècle), Toulouse-Rodez, Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron-CNRS, université
Toulouse 2-Le Mirail, 2004. F. Hautefeuille, Structures de l’habitat rural et territoires paroissiaux en
Bas-Quercy et Haut-Toulousain du viie au xive siècle, thèse de doctorat soutenue à l’université Tou-
louse 2-Le Mirail, 1998.
07_Dumasy.indd 113 21/09/2010 22:15:15
114 Juliette Dumasy
des mas voisins, ils ne soient totalement oubliés ou ne subsistent qu’à tra-
vers la toponymie ; pendant ce laps de temps, ce sont donc bien des mas sans
habitat – mais c’est une anomalie et on peut considérer que, dans le Massif
central, le mas est, autant qu’une structure foncière, un habitat39. En Savoie
ou en Dauphiné, comme on l’a vu, les mas sont parfois un ensemble de par-
celles éclatées, non habitées, et qui forment le inage du village où habitent les
tenanciers des mas ; en s’inspirant de l’exemple du Massif central, et en pre-
nant garde au fait que les sources seigneuriales passent peut-être sous silence
certaines caractéristiques du mas, on pourrait se demander si ces mas sans
habitat ne seraient pas le vestige d’un ancien habitat disparu.
Par ailleurs, en tant qu’unité foncière et d’habitat, le mas joue un rôle
majeur dans l’organisation des pouvoirs institutionnels. Loin d’être un frein
au pouvoir seigneurial, il sert au contraire de cellule de base de la seigneurie,
que ce soit en tant qu’unité de prélèvement (dans le cas des pagésies, pareries,
consorteries et autres comparsonneries), unité de conquête ou de reconquête
des terroirs (en Haut-Languedoc aux xie-xiie siècles, ou en Quercy et Rouer-
gue au xve siècle), unité de répartition des droits seigneuriaux, notamment
judiciaires (en Rouergue), ou encore unité d’asservissement de la paysannerie
(en Catalogne). Il est intégré en tant que tel dans le réseau paroissial, l’Église
ayant visiblement cherché à encadrer au plus près les populations, même
les plus dispersées, mais la politique ecclésiastique envers ces hameaux est
encore assez mal connue et mériterait des recherches approfondies. Il occupe
aussi une place reconnue au sein des communautés d’habitants (par exemple
à Sévérac-le-Château).
Le mas remplit aussi une fonction structurante dans l’architecture des rela-
tions sociales : tenu et/ou habité par des groupes familiaux ou des groupes de
tenanciers, il est le siège d’importantes solidarités familiales et sociales, qui
déterminent les formes du lien social et le développement économique local.
Le mas fait donc igure de pièce maîtresse dans le contrôle des populations et
l’organisation sociale de ces régions peuplées de hameaux.
Le mas est en effet un phénomène typique des régions d’habitat dispersé
de la France méridionale. Dans les quelques pays d’habitat groupé où il
existe (Lauragais, Roussillon), il correspond à un établissement intercalaire ;
ailleurs, il regroupe près de la majorité de la population, voire plus. À cet
égard, il peut être considéré comme une alternative au phénomène villageois ;
39. Jean-Claude Hélas, citant le cas de quelques mas sans habitat dans la seigneurie de Gap-
Francès, considérait que le mas gaballitain était d’abord un ensemble foncier, puis éventuelle-
ment un habitat. Mais ces mas étaient probablement des mas désertés. J.-C. Hélas, « Le manse
en Gévaudan », loc. cit.
07_Dumasy.indd 114 21/09/2010 22:15:15
Le mas, une problématique pour la France méridionale du second Moyen Âge 115
s’interroger sur le mas revient ainsi à s’interroger sur le phénomène de dis-
persion de l’habitat. En outre, les régions de prédilection du mas sont aussi
des régions de m***agne. Il y a là un trait spéciique aux « sociétés m***a-
gnardes », à l’exception notable des Pyrénées, où règnent les « maisons 40 » :
pourquoi cette fréquence des mas dans les m***agnes ? Pourquoi des mai-
sons dans les Pyrénées et des mas ailleurs ?
Ces remarques nous mettent sur la voie d’une question encore assez mal
résolue, celle de ses liens avec son « ancêtre », le manse carolingien. Comme
Charles Higounet l’a souligné, il est manifeste qu’une continuité existe entre
les deux – même si nombre de mas ont été créés après la période carolin-
gienne, lors des grands défrichements. Cette évolution rappelle la transfor-
mation sémantique du terme villa ; et elle paraît tout aussi déterminante et
problématique que cette dernière. Si l’on peut en brosser grossièrement les
traits, comme je l’ai fait plus haut pour le Sud du Massif central, ses modalités
sont encore mal connues et restent à préciser : quelle est sa chronologie ? Dans
quelle mesure la transformation des manses a-t-elle accompagné la transfor-
mation sémantique ? À quoi ressemblait le manse/mas des xie-xiie siècles ?
Pourquoi s’est-il mieux maintenu dans les zones m***agnardes ? Comment
est-il devenu cette tenure solidaire que l’on observe dans les régions alpines
et dans certaines parties du Massif central ? Comment est-il devenu ailleurs
un hameau ?
Le mas constitue donc un phénomène vaste, complexe, multiforme, mais
il n’a guère été étudié en dehors de monographies locales et régionales.
Or, à mon sens, il ouvre des perspectives fondamentales pour l’histoire des
campagnes du Midi. Il permet de reposer la question de l’encellulement des
populations dans les pays de m***agne et d’habitat dispersé, mais aussi
de reconsidérer l’encadrement seigneurial, dans la mesure où il déinit des
régimes de tenure particuliers et, enin, d’appréhender un type de lien social
bien particulier, celui qui se construit autour de ces microstructures que sont
les mas. J’espère avoir montré dans cet article tout l’intérêt de cette probléma-
tique encore insufisamment explorée.
Juliette Dumasy
Université d’Orléans
40. B. Cursente, Des maisons et des hommes. La Gascogne médiévale (xie-xve siècle), Toulouse, Presses
universitaires du Mirail, 1998 ; R. Viader, « Maisons et communautés dans les sociétés m***a-
gnardes. Le temps juridique (xiiie-xve siècles) », dans Montagnes médiévales, Actes du congrès de la
SHMESP, Paris, Publications de la Sorbonne, 2004, p. 263-291.
07_Dumasy.indd 115 21/09/2010 22:15:15
07_Dumasy.indd 116 21/09/2010 22:15:15

Adresse

Saint-Laurent-d'Olt
12560

Notifications

Soyez le premier à savoir et laissez-nous vous envoyer un courriel lorsque Mémoires de Rived'Olt publie des nouvelles et des promotions. Votre adresse e-mail ne sera pas utilisée à d'autres fins, et vous pouvez vous désabonner à tout moment.

Contacter L’organisation

Envoyer un message à Mémoires de Rived'Olt:

Partager