20/01/2025
Une réflexion originale sur la dette publique de la France que j'ai trouvée intéressante, et un peu rassurante. un peu car le déficit n'est pas utilisé à bon escient, mais n'est pas catastrophique.
💥Et si on profitait de cette journée pour en apprendre davantage sur la dette publique ?
Au-delà des discours angoissants, moralisateurs, les atterrés ont à cœur de proposer des discours et des analyses alternatives !
publication #2 : Une réponse à la tribune publiée dans Le Canard enchaîné qui enchaîne les poncifs et fausses idées sur la dette publique !
1. La petite musique dramatisante sur la dette publique est assourdissante. Ce n'est pas une surprise, dramatisation et désinformation permettent à certains responsables politiques d'avancer leur agenda sous couvert de nécessité technique. Plus étonnant est de retrouver le Canard enchaîné, d’habitude prompt à l'investigation, se joindre à la meute.
2. Le palmipède réussit l'exploit d'enchaîner à peu près tous les poncifs en l'espace de 3 paragraphes : a) on lèserait les générations futures en leur refourguant notre dette; b) on payerait des intérêts exorbitants, 55 milliards par an, qu'on pourrait avoir en baisse d'impôts si on n’avait pas cette fichue dette; c) cette situation est amenée à empirer car la BCE va bientôt arrêter d'acheter la dette française
3. Le Canard omet d’abord de préciser qu'il y a des contreparties à la dette publique. Un ménage qui s'endette de 200 000€ pour acheter un bien immobilier est-il simplement endetté ? Non, puisqu’il a acquis un bien immobilier. C’est la même chose pour l’Etat, qui investit. En face des 3 540,5 milliards de dette publique, il y a des actifs publics d’une valeur de 4 404,9 milliards (chiffres INSEE 2022). Chaque petit Français dispose donc d’une richesse nette de 12 684,38€. Sans dette, il n'aurait pas d'intérêt à payer c'est certain, mais il n’aurait pas les actifs que la dette a permis de financer.
4. D’après le Canard, sans dette, pas d’intérêt à verser, donc davantage d’argent pour financer d’autres choses. Ce raisonnement oublie de dire qu’en premier lieu on s’endette précisément pour financer des dépenses sans lever d’impôts ! Sans dette, pour investir 10 milliards, il faut lever tout de suite 10 milliards d’impôts. Les entreprises le savent bien, il n’est pas toujours très intéressant de tout autofinancer. Avec la dette, on ne paye que des intérêts chaque année (l’Etat ne rembourse pas vraiment le principal, il le fait rouler). Répétons-le : sans dette, il faudrait payer tout de suite, plus d’impôts ; autofinancer intégralement les investissements n’a pas de sens.
5. Finalement le Canard, nous détourne des vrais enjeux. Premièrement, quelles sont les contreparties à la dette publique ? Si on doit discuter des baisses de la fiscalité, n’oublions pas que la dette permet des investissements dans la transition écologique et de la régulation macro en temps de crise, ce qui est absolument nécessaire ! Une analyse sommaire montre que hors période de crise (1993 ;2009 ; 2020), le solde public hors dépenses d’investissement est globalement positif. De ce point de vue, le déficit a bien une utilité. On note toutefois une tendance baissière depuis 1978. Cette dégradation du solde public s’explique par les baisses massives de la fiscalité (40 à 50 milliards de baisse d’impôt du gouvernement Macron) aux éventuels effets positifs sur l’activité économique qui ne sont pas démontrés…
6. Deuxièmement, le niveau d’endettement actuel est-il soutenable ? 55 milliards d’intérêts ce n’est que 3,3 % des recettes publiques. Le poids des mensualités d’un crédit immobilier dans le budget d’un ménage est autrement plus élevé. Certes les taux d’intérêt ont augmenté depuis le resserrement de la politique monétaire à partir de mai 2022 (le taux d’intérêt à 10 ans est de 3,3% contre 1% en janvier 2018) mais cette valeur ne dit pas grand-chose prise isolément. Il faut considérer le taux moyen que l’on paye (certains emprunts ont été souscrit à des taux plus faibles), mais également l’inflation et la croissance. Ce taux moyen est actuellement de 1,7% soit 0,3 point en deçà de l’inflation. Notre dette continue donc d’être payée à taux réel négatif (-0,3% environ). Ce taux d’intérêt réel reste inférieur à notre croissance économique (1,1%). Par conséquent, la stabilisation de la dette autorise un certain déficit primaire. L’enjeu est bien ce que nous faisons de ce déficit.