01/04/2026
Le carême
Voix d'Assise n°19 – mars 2002
Chers amis,
Nous allons bientôt vivre le printemps, vivre la Pâque. Et s'annonce pour nous un rude passage à faire, de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière. Pour les uns, il peut être source d'espérance ; pour d'autres, un peu dépressifs, il devient source d'angoisse. Nous sortons de l'hiver, ce temps où nous avions tendance à nous calfeutrer pour nous protéger du froid et à vivre loin du soleil, à la lumière artificielle qui nous confine dans une certaine obscurité. L'hiver est aussi un temps de sommeil où normalement l'activité est plus réduite, au moins dans nos campagnes. Certes, loin de la nature, dans nos villes, nous ignorons cet état. Mais le corps, lui, fait partie de cette nature et malheureusement nous le malmenons. Il n'est pas étonnant qu'il réagisse quelquefois de manière brutale.
La nature est d'ailleurs une très bonne pédagogue. Quelle merveille de voir sortir de terre les jonquilles ! Qu'elle est étonnante, cette force vitale qui permet à ces plantes, malgré leur faiblesse et leur légèreté, de percer la croûte de terre ! Or, cette force est à l'œuvre dans tous les êtres vivants et donc aussi dans l'homme. Mais, à la différence des végétaux qui obéissent à leur loi propre, nous en sommes responsables. Elle ne peut agir sans notre participation active. Et précisément nous ne croyons pas assez à la puissance de cette vie capable de bousculer toutes nos pulsions de mort et nos angoisses.
Je crois que dans le carême chrétien l'Église, au siècle dernier, a trop insisté sur les sacrifices, les privations, alors que ce temps est essentiellement un temps de reconversion – ce que traduit le mot "pénitence". Trop habitués au cours de l'hiver à une vie un peu repliée sur elle-même, nous essayons de nous ouvrir à cette vie nouvelle qui jaillit du fond, de la source, capable de restaurer ce qui a pu être abîmé et même détruit dans le passé.
La prière qui nous est particulièrement demandée a surtout pour but de nous relier à cet Esprit de vie, de lumière, et de rétablir la confiance en Celui qu'aucun obstacle ne peut arrêter pour nous transmettre cette force vitale.
S'il est question de jeûne pendant le carême, il serait grave de ne voir en ce jeûne qu'une ascèse alimentaire. Il nous rappelle qu'il est un moyen de reconversion. Nous n'avons que trop tendance à entretenir une vie assez superficielle où nous donnons la première place à la satisfaction de nos sens et même de nos facultés. Loin de puiser la vie à la source vitale, nous la recherchons uniquement à l'extérieur dans les "nourritures terrestres".
De la même manière, l'aumône qui est recommandée en ce temps ne consiste pas seulement à donner de l'argent. C'est toute une ouverture du cœur qui nous est demandée pour nous sortir de l'enfermement de l'hiver, ouvrir nos portes et nos fenêtres à la lumière pour accueillir ce qui vient de l'autre et lui répondre d'une manière juste.
La Vie doit couler en nous, entraînant tout notre être dans une créativité, un service, une disponibilité toujours en mouvement, portés par un amour que rien n'arrête.
Joyeux printemps, joyeuses Pâques. Que votre vie, malgré ces temps un peu maussades, puisse se renouveler dans la paix et la lumière.
En toute amitié,
Jacques BRETON
https://www.voiesdassise.eu/archives/2018/02/02/36107214.html