14/10/2026
Sos racisme se joint au communiqué de Ligue des Droits de l'Homme Saint-Etienne 42 et demande des explications sur cette campagne pour un livre politique contraire a toute les regles de neutralité et comdamne la banalisation des idées d extrême droite dans notre ville
Communique de section stéphanoise de la LDH.
La section stéphanoise de la Ligue des Droits Humains (LDH) exprime sa préoccupation face à la présence, sur des bus du réseau STAS, d’une publicité grand format pour le livre Résurrection, Le retour de la France éternelle de Philippe de Villiers. Par son ampleur et le message qu’elle met en avant, cette campagne publicitaire soulève une question essentielle : les transports en commun doivent-ils devenir des supports de promotion pour des personnalités politiques et des discours porteurs d’une certaine conception de l’identité nationale ?
Les bus sont des espaces du quotidien, fréquentés par toutes et tous, quelles que soient leurs origines, leurs convictions ou leurs opinions. Ils constituent un service public qui doit garantir à chacun le respect de ses droits et de sa liberté de conscience. À ce titre, leur utilisation comme support de communication doit répondre à des règles claires, transparentes et respectueuses des principes qui fondent notre vie démocratique. Les biens affectés à un service public sont soumis à un principe constitutionnel de neutralité, conforté par la loi du 24 août 2021. L’espace intérieur comme extérieur d’un bus ne saurait donc être considéré comme un support ordinaire de diffusion de messages politiques, religieux ou philosophiques sans que soient examinées les exigences de neutralité applicables au service public et les règles encadrant la publicité sur les véhicules. Il importe notamment de garantir le respect de la liberté de conscience des usagers, qui ne doivent pas être exposés, dans le cadre de leurs déplacements quotidiens, à des messages dont la diffusion pourrait compromettre ces principes. La LDH s’interroge ainsi sur la compatibilité de cette campagne avec les obligations et les objectifs de neutralité qui doivent guider la gestion d’un réseau de transport public.
Au-delà de la question juridique, cette publicité interpelle par le discours identitaire qu’elle contribue à rendre visible dans l’espace commun. Sous couvert de célébrer une « France éternelle », une certaine conception de la nation peut véhiculer une représentation exclusive de l’identité française. Dans une société traversée par les discriminations et les tensions autour de l’immigration, de la religion et de l’appartenance nationale, le choix des messages diffusés dans l’espace public n’est jamais anodin. La visibilité accordée à certaines idées participe à leur banalisation et peut contribuer à leur légitimation.
La LDH défend la liberté d’expression, y compris celle des opinions qu’elle combat. Mais cette liberté ne dispense pas les gestionnaires de services publics de respecter les principes qui encadrent leurs missions. Elle ne saurait davantage justifier l’absence de règles claires, transparentes et équitables dans l’attribution des espaces publicitaires.
L’article L. 52-1 du Code électoral encadre la publicité commerciale à des fins de propagande électorale pendant les périodes qu’il définit. Il ne permet toutefois pas, à lui seul, de conclure à l’illégalité de toute publicité pour un ouvrage politique. Il appartient donc aux responsables du réseau STAS et aux autorités compétentes de préciser le cadre juridique applicable, les conditions dans lesquelles cette campagne a été autorisée et les critères retenus pour l’attribution de ces espaces publicitaires.
Notre démarche ne vise ni à interdire un livre ni à censurer son auteur. Elle vise à rappeler que les transports en commun, parce qu’ils relèvent d’un service public et sont fréquentés par l’ensemble de la population, ne doivent pas devenir des vecteurs privilégiés de promotion politique, religieuse ou philosophique au mépris des exigences de neutralité et de liberté de conscience.
La France n’appartient à aucun courant identitaire. Elle se construit dans l’égalité des droits, la liberté, la fraternité et le respect de toutes celles et de tous ceux qui la font vivre.
La section stéphanoise de la Ligue des Droits Humains demande que toute la lumière soit faite sur les conditions de diffusion de cette publicité et restera vigilante face à toute situation dans laquelle l’utilisation de l’espace public risquerait de fragiliser les principes de neutralité, d’égalité et de liberté de conscience qui fondent notre démocratie.