28/05/2026
Les associations font tenir le lien social⊠mais qui fait tenir les associations ?
En ce mois de juin, câest souvent le temps des bilans dans la vie associative : on regarde ce qui a Ă©tĂ© fait, ce qui a fonctionnĂ©, ce qui a tenu⊠et ce qui a tenu âcomme çaâ, un peu par miracle. Et une chose saute souvent aux yeux : les associations font Ă©normĂ©ment. Elles crĂ©ent du lien, accueillent, organisent, accompagnent, inventent, rĂ©parent parfois ce que dâautres dispositifs ne couvrent pas.
Mais une question revient rarement dans les bilans : qui fait tourner les associations elles-mĂȘmes ?
Dans la rĂ©alitĂ©, on retrouve souvent les mĂȘmes constantes : les mĂȘmes bĂ©nĂ©voles polyvalents, les mĂȘmes personnes qui âassurent la continuitĂ©â souvent sans le dire, des engagements qui deviennent du temps plein. RĂ©sultat : tout le monde est dans le projet⊠mais la charge de travail rĂ©el repose sur un cercle beaucoup plus restreint : ça fonctionne, mais avec des Ă©quipes rĂ©duites qui font beaucoup avec peu.
Bref, les associations font tenir le lien social ; mais elles tiennent aussi grùce à une énergie discrÚte, souvent invisible ; et comme souvent dans le monde associatif : ce qui est essentiel est aussi ce qui est le moins visible.
Une réalité souvent invisibilisée : le travail politique des femmes
Dans ce paysage, il faut aussi rappeler une rĂ©alitĂ© importante : le monde associatif est largement portĂ© par des femmes, et leur engagement est profondĂ©ment politique, mĂȘme lorsquâil est rarement reconnu comme tel.
Des chercheuses (Tamzali ou Collins) montrent que les femmes engagĂ©es dans les espaces publics -associations, collectifs, partis politiques- voient souvent leur action dĂ©politisĂ©e, rĂ©duite Ă des formes dâinfantilisme (la âjalousieâ, la âsusceptibilitĂ©â, les âproblĂšmes dâĂ©goâ), ce qui contribue Ă les disqualifier.
Il ne sâagit Ă©videmment pas ici de mettre en cause âles hommesâ en bloc, mais de dĂ©crire des mĂ©canismes structurels qui traversent les organisations et dont chacun peut, parfois malgrĂ© lui, ĂȘtre partie prenante. Dâailleurs certaines femmes peuvent mĂȘme leur donner un petit coup de main!
Dans les faits, quand il sâagit dâhommes, on parle de ligne politique, de stratĂ©gie, de dĂ©saccords, de positionnements, mais quand il sâagit de femmes, on parle plus facilement de âtensions personnellesâ, de ârivalitĂ©sâ, ou de ârelations interindividuellesâ, rarement de dĂ©saccords politiques. Bref, elles ne sont jamais lĂ©gitimes. Dâailleurs, ces mĂȘmes hommes sont plus enclins Ă se passer le micro entre eux, parfois mĂȘme pour condamner le sexisme ou pour dĂ©noncer les rapports de domination, Ă condition⊠que ce soit eux qui parlent !
Ce glissement nâest pas anodin : il transforme des enjeux politiques en histoires privĂ©es, et rend invisibles les rapports de pouvoir Ă lâĆuvre dans les organisations. Et puis, il faut aussi le dire : dans de nombreux espaces, dans une mĂȘme organisation - ou entre organisations- les hommes sont capables de construire entre eux des formes dâalliances implicites ou explicites, sociales et/ou institutionnelles qui contribuent Ă minimiser, contourner ou invisibiliser le rĂŽle des femmes et Ă maintenir des formes de hiĂ©rarchie. Ce nâest pas seulement une question individuelle, câest un fonctionnement systĂ©mique, donc profondĂ©ment politique.
Cela rĂ©sonne directement avec la rĂ©alitĂ© des associations : beaucoup de femmes militent, y portent la continuitĂ©, la coordination, lâaccueil et la stabilitĂ© des projets, mais aussi la vision et la stratĂ©gie, tout en Ă©tant moins reconnues comme actrices politiques centrales de la structure, comme sâil y avait âceux qui pensentâ et âcelles qui fontâ alors mĂȘme que les rĂŽles, comme on essaie de le promouvoir Ă Assa Azekka sont en rĂ©alitĂ© beaucoup plus hybrides et partagĂ©s.
Bref, en juin on fait les bilans⊠mais on pourrait aussi faire celui du pouvoir, ça changerait un peu.
Ar tufat! (Ă bientĂŽt)