16/04/2026
Le loup en Suisse : une protection affaiblie, un droit contourné
Le loup est encore officiellement une espèce protégée en Suisse. Mais cette protection a été progressivement affaiblie, au point d’en perdre sa cohérence.
Son déclassement récent, accompagné d’un élargissement des tirs dits préventifs, marque un tournant : celui d’une gestion de plus en plus politique, et de moins en moins fondée sur le droit et la science.
Car la Loi fédérale sur la chasse reste claire : toute régulation doit intervenir en dernier recours, et seulement après la mise en place de mesures de protection efficaces.
Or, dans les faits, cette exigence est contournée.
Un exemple emblématique réside dans la notion de zones dites “non protégeables”, définies par la Confédération.
Dans ces secteurs, les exigences de protection sont allégées, voire inexistantes, ouvrant la voie à des tirs sans que les mesures habituelles comme les clôtures électrifiées soient réellement mises en place.
Cette approche pose un problème fondamental :
elle revient à adapter le niveau de protection… non pas aux besoins de l’espèce, mais aux contraintes humaines.
Autrement dit, on renonce à protéger, puis on justifie les tirs par cette absence de protection.
Ce mécanisme crée une inversion des responsabilités.
À cela s’ajoute une réalité de terrain préoccupante : même dans des zones protégeables, des dispositifs restent insuffisants ou absents.
Parcs non électrifiés, surveillance limitée autant de situations qui devraient, en toute rigueur juridique, exclure toute autorisation de tir.
Sur le plan scientifique, cette politique est tout aussi contestable.
Le loup est une espèce sociale dont l’organisation en meute stabilise les comportements. La désorganiser par des tirs fragmente les groupes et favorise la dispersion, avec des effets potentiellement contre-productifs.
La question n’est donc plus simplement celle de la coexistence.
Elle est celle du respect de nos propres règles.
Car une évidence s’impose : en affaiblissant la protection du loup et en multipliant les exceptions, nous ne résolvons pas un problème nous le déplaçons.
Et surtout, nous prenons le risque de vider le droit de sa substance.