03/12/2025
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Les Échos, par Amélie Laurin, publié le 3 déc. 2025 à 06:55, mis à jour le 3 déc. 2025 à 07:34
« IL FAUT CREVER L'ABCÈS » : LE GOUVERNEMENT VA AUDITER LE COÛT DES ÉNERGIES RENOUVELABLES
En plein débat sur l'avenir énergétique de la France, l'exécutif s'apprête, selon nos informations, à missionner deux personnalités sur les énergies vertes. Elles devront évaluer
leur impact sur les finances publiques et le système électrique.
Dans le viseur du Premier ministre qui a sonné la fin des « rentes » sur les énergies renouvelables, les filières solaires et éoliennes vont être bientôt passées au scanner. Le gouvernement s'apprête à confier à deux personnalités de haut niveau une mission d'évaluation sur le financement et l'intégration de ces énergies « vertes » dans le système électrique français, a appris « Les Echos » de sources concordantes.
La mission du gouvernement sera confiée à Jean-Bernard Lévy, ancien PDG d'EDF (2014-2022), et au haut fonctionnaire Thierry Tuot, président de la section de l'intérieur du Conseil d'Etat, affirment plusieurs sources. Matignon et Bercy ne font pas de commentaires.
DEMANDE ÉLECTRIQUE EN BERNE
« Il faut crever l'abcès sur le coût des énergies renouvelables », estime un bon connaisseur du dossier. Une allusion
aux débats enflammés des derniers mois entre parlementaires pro-énergies renouvelables et pro-nucléaire. Un
moratoire sur les nouvelles installations « vertes » avait même été voté à l'Assemblée nationale cet été, à l'initiative
des Républicains, lors des débats sur la feuille de route énergétique de la France - avant d'être abandonné.
Jean-Bernard Lévy apportera son expertise d'industriel, lui qui a piloté le géant français du nucléaire, certes, mais
aussi sa diversification dans les énergies vertes. Jusqu'à son départ sur fond de tension avec l'Etat, en pleine
flambée des prix de l'énergie causée par la guerre en Ukraine et la mise à l'arrêt de la moitié des réacteurs français
après la découverte de microfissures (corrosion sous contrainte).
Quant à Thierry Tuot, il fut le premier directeur général de la Commission de régulation de l'Energie (CRE),
de 2000 à 2003. Il a aussi présidé le comité des sanctions de la CRE, le CoRDiS, de 2018 à début 2025. Les deux
rapporteurs seront épaulés dans leurs travaux par le Conseil général de l'économie, rattaché à Bercy.
La lettre de mission doit encore être affinée et envoyée, indiquent plusieurs sources. Seule certitude, Jean-Bernard
Lévy et Thierry Tuot vont devoir passer au crible les modes de financement des centrales solaires et éoliennes. La
majorité d'entre elles bénéficient de contrats signés avec l'Etat leur garantissant un prix fixe pour chaque
mégawattheure produit, quel que soit le niveau entre l'offre et la demande électrique sur le territoire.
Problème : la consommation électrique reste inférieure de 6 % à son niveau d'avant-Covid dans l'Hexagone, alors
que les installations d'énergies renouvelables ont continué à augmenter sur le territoire, à un rythme
particulièrement soutenu pour le solaire.
Leur production étant par nature intermittente, car dépendante de la météo, leur poids croissant augmente la
volatilité des cours et le nombre d'heures à prix nul ou négatif sur la Bourse de l'électricité. En parallèle,
l'exportation des surplus d'électrons est limitée par la capacité d'absorption des autoroutes de l'électricité qui relient
la France à ses voisins.
8 MILLIARDS D'EUROS
Ces dernières semaines, les prix de gros (pour une livraison dans un an) ont crevé le plancher de 50 euros par mégawattheure (MWh). C'est plus de dix fois moins que le tarif alloué aux vieilles centrales solaires des années 2000, qui atteint en moyenne 570 euros en métropole, selon la CRE.
Ces écarts pèsent sur le budget de l'Etat, qui doit payer ces tarifs ou, pour les installations plus récentes, la différence entre les prix de marché et les prix garantis aux producteurs. Le projet de loi de finances 2026 prévoit 8,2 milliards d'euros de dépenses pour les aides à la production d'énergie renouvelable, 3 milliards de plus que l'enveloppe budgétisée l'an dernier.
De tels niveaux de subventions ne se justifient plus aujourd'hui car les filières ont atteint un bon degré de maturité
et bénéficient de coûts d'approvisionnement compétitifs, estiment plusieurs sources. Le photovoltaïque, en
particulier, a vu fondre le prix des panneaux solaires chinois.
Sur le terrain, les déséquilibres entre offre et demande ont des répercussions. Ils entraînent un « écrêtement » (effacement) croissant de la production photovoltaïque, qui a quasiment doublé en un an pour atteindre 2 TWh au premier semestre selon RTE, et des variations de puissance de plus en plus fréquentes dans les centrales nucléaires d'EDF. Les conséquences potentielles de cette modulation du parc nucléaire sur l'usure des réacteurs inquiètent au sein de l'électricien public, qui doit publier prochainement un rapport sur le sujet.
La mission Lévy-Tuot devra donc s'atteler à proposer des pistes pour améliorer l'équation économique et la flexibilité du système électrique. Cela peut passer par un recours accru au stockage de l'énergie intermittente, par exemple.
DES ANNONCES "AVANT NOËL"
Si le calendrier des travaux est incertain, il ne devrait pas freiner les initiatives récentes du gouvernement. L'exécutif travaille à des mesures pour relancer la demande, grâce à une baisse de la fiscalité sur l'électricité et à un nouveau coup de pouce à l'électrification des usages (voiture électrique, pompes à chaleur, procédés industriels…), en parallèle de la concertation en cours avec les parlementaires sur la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE3). Sur ce dernier volet, Sébastien Lecornu a promis la semaine dernière « une décision avant Noël ».
Avec deux ans de re**rd, le décret de la PPE pourrait donc être enfin publié. Avec une ambition toujours forte pour les énergies décarbonées et souveraines, à savoir le nucléaire et les renouvelables (par opposition aux gaz et au pétrole importés), mais des objectifs de capacités nouvelles revus à la baisse pour le solaire et pour l'éolien en mer, anticipent plusieurs sources.
Pour relancer la consommation, l'exécutif avance aussi sur une ligne de crête. Le Sénat a voté ce week-end une baisse de la taxe sur l'électricité… avec pour corollaire une hausse de celle sur le gaz. Le ministre de l'Economie Roland Lescure a exprimé un avis de « sagesse », sans soutenir explicitement la mesure qui pénalisera les ménages se chauffant au gaz.
Sur le volet électrification, le verdissement du parc automobile fait par exemple partie des chantiers finançables par la hausse des certificats d'économie d'énergie (CEE), qui impose de nouvelles obligations pécuniaires aux fournisseurs d'énergie. Une réforme assimilée à une hausse des « taxes » sur l'énergie par Jordan Bardella, leprésident du Front national. Mensonge, a répliqué Roland Lescure. Preuve que les débats sur l'énergie restent hautement électriques.
Amélie Laurin
En plein débat sur l'avenir énergétique de la France, l'exécutif s'apprête, selon nos informations, à missionner deux personnalités sur les énergies vertes. Elles devront évaluer leur impact sur les finances publiques et le système électrique.