15/06/2026
Comme on sait, Rouffach se situe sur une ancienne voie romaine. Les Romains, qui avaient l’habitude de tout organiser et de tout classer, divisaient leurs routes en trois catégories :
- les voies publiques : elles constituent les routes importantes et étaient construites aux frais de l’État. Placées sous la surveillance constante des autorités, elles reliaient les points majeurs ;
- les voies vicinales : elles représentaient des voies secondaires construites par décision locale pour relier les voies publiques ;
- les chemins privés : ils étaient aménagés par des propriétaires locaux soucieux de faciliter l’accès à leurs terrains et leurs champs.
Le long des voies publiques, on trouvait des relais où l’on pouvait se rafraîchir ou changer de monture, ainsi que des hôtelleries où l’on pouvait s’arrêter pour la nuit afin de se reposer et se restaurer.
Certaines auberges « officielles » étaient réservées aux fonctionnaires de l’État ainsi qu’à certains privilégiés munis d’un laisser-passer. Quant au commun des mortels, il n’avait droit qu’à des établissements privés qui avaient souvent mauvaise réputation : la pitance y était quelconque et il fallait dormir dans des salles communes, sur les lits garnis de grosse bourre de roseau... et de vermine ! Les voyageurs qui avaient des relations avaient donc tout avantage de passer la nuit chez un ami habitant une « villa ».
Le long des voies, en effet, se succédaient des « villae », riches exploitations agricoles dont les nombreux bâtiments se groupaient autour de la maison du propriétaire. Là, on trouvait tout le confort souhaité : chambres, cuisines, salle de séjour, chauffage, thermes...
Ces domaines formaient chacun un ensemble indépendant vivant en autarcie avec ses agriculteurs, ses éleveurs, ses boulangers, ses menuisiers, ses maçons, ses forgerons, ses notaires... Peut-être le stylet découvert dans la villa romaine de Rouffach appartenait-il à un de ces notaires ?
A la tête de ces « villages privés » se constitue progressivement une puissante aristocratie foncière typiquement gallo-romaine. Au cours des siècles suivants, elle s’opposera au pouvoir romain et affirmera son autonomie. Plus t**d, elle sera à l’origine des seigneuries locales composées de barons locaux se conduisant - jusqu’au début du Moyen Âge - en maîtres absolus sur leurs terres, lesquelles deviendront ensuite des duchés et des comtés.