29/06/2026
Coup de lassitude
Assistantes maternelles : une solitude qui arrange
Cette canicule nous a rappelé une autre période : celle du Covid. Une fois encore, nous avons été seules.
Les réseaux sociaux s’agitent. Les professionnels cherchent des réponses… qu’ils ne trouvent pas. Chacun y va de son conseil, de son protocole, de ses recommandations. Mais, sur le terrain, qui est réellement aux côtés des assistantes maternelles ?
Nous sommes l’accueil individuel. Une professionnelle, un enfant, une famille. Une relation de confiance dans laquelle beaucoup s’invitent lorsqu’il s’agit de conseiller, de contrôler ou de juger, mais bien moins lorsqu’il faut accompagner.
Cette solitude est notre quotidien.
Seules face aux enfants qui présentent des troubles du développement, des maladies chroniques ou des besoins particuliers.
Seules face aux familles qui traversent des difficultés : séparation, isolement, précarité ou simplement la pression permanente d’être des « parents parfaits ».
Et puis il y a nous.
Des formations insuffisantes tout au long de la carrière. Des informations parfois difficiles à obtenir. Un accompagnement qui manque. Des services de PMI souvent davantage perçus comme des instances de contrôle que comme des soutiens. Une réglementation administrative de plus en plus complexe : salaires, congés, heures supplémentaires… Tout devient un parcours du combattant.
Puis arrive la canicule.
Nos lieux d’accueil sont des appartements ou des maisons, plus ou moins bien isolés. Nous faisons ce que nous pouvons. Nous achetons un ou deux ventilateurs avec nos propres moyens. On nous rappelle qu’il faut les placer en hauteur, ne pas les orienter directement vers les enfants… Des conseils de bon sens que la plupart d’entre nous appliquent déjà depuis longtemps.
Mais cela ne fait pas baisser la température.
26 °C… puis 27… puis 30… puis 32 °C à l’intérieur.
On déshabille les enfants. On retire les tee-shirts, les shorts, les bodies. Ils finissent parfois simplement en couche. On les fait boire régulièrement. On utilise des brumisateurs.
Les chambres affichent 32 °C. Impossible d’y faire dormir les bébés. Alors on improvise des couchages au rez-de-chaussée, où il fait parfois « seulement » 30 °C. Mais les jeunes enfants ont besoin de leurs repères. Beaucoup ne dorment plus. Ils sont épuisés, irritables. Les plus petits deviennent amorphes ou pleurent sans parvenir à trouver le sommeil. Les plus grands, eux, sont surexcités par la fatigue et la chaleur.
Pendant ce temps, les volets restent fermés. La maison est plongée dans la pénombre. Les sorties sont impossibles.
Les parents, eux, ne peuvent pas toujours venir plus tôt. Ils travaillent.
Et nous aussi.
Nous souffrons également de cette chaleur. Pourtant, nous continuons. Parce que les enfants ont besoin de nous. Parce que les familles comptent sur nous. Parce que nous savons que sans nous, beaucoup de parents ne pourraient pas travailler.
Alors une question demeure.
Que font les pouvoirs publics ?
Que font les PMI, les départements, les préfectures, le ministère ?
Ils diffusent des protocoles qui reprennent, pour beaucoup, des pratiques que nous avons déjà mises en place depuis longtemps. Mais les recommandations ne suffisent plus lorsque les températures deviennent dangereuses.
Car si un enfant fait une hyperthermie ? Une convulsion ?
La responsabilité retombera sur qui ?
Sur l’assistante maternelle.
Et derrière cette responsabilité, il y a la peur de perdre son agrément. Perdre son agrément, c’est perdre son métier. Son revenu. Son avenir.
Alors certaines prennent une décision difficile : limiter exceptionnellement l’accueil jusqu’à 13 heures.
Les parents sont mécontents. Les heures doivent être déduites. Les tensions apparaissent. Mais les parents savent ils qu’ils sont responsables des conditions de travail de leurs salariés ? Si ils nous arrivent un problème de santé ne prennent ils pas des risques ?
Pourtant, cette décision n’est prise ni par confort ni par facilité.
Elle est prise pour protéger les enfants. Et pour protéger celles qui les accueillent.
À la fin de cette canicule, une impression persiste.
Notre isolement arrange tout le monde.
Des professionnelles isolées sont des professionnelles qui s’organisent moins, qui se défendent moins et que l’on entend moins.
Et demain ?
Que ferons-nous lors de la prochaine canicule ?
Comme toujours, nous nous débrouillerons seules. Nous investirons peut-être dans une climatisation, sur nos propres deniers, comme si chacune en avait les moyens.
Nous continuerons d’accueillir les enfants parce qu’à ces moments-là, nous devenons indispensables.
Mais une fois la crise passée, nous redevenons invisibles.
Voilà deux ans que l’accueil individuel attend des mesures concrètes.
En attendant, les assistantes maternelles sont de moins en moins nombreuses.
Nous disparaissons, lentement, dans le silence.
Et avec nous, c’est tout un mode d’accueil essentiel aux familles qui risque de disparaître.
Marie-Ange Marchand
Seine-Maritime, le Département
L'assmat