04/05/2026
Les fosses communes en France : une suppression progressive
https://www.youtube.com/watch?v=s7QxKl5lbWs
Le premier tournant :
Le 14 septembre 1850, le président Louis-Napoléon rappelle le principe des sépultures individuelles. Haussmann lui avait signalé que l'on empilait jusqu'à sept strates de cercueils dans les fosses communes du Père-Lachaise. On ferme alors les fosses communes dans les grands cimetières parisiens mais elles persistent ailleurs. Ce n'est donc pas une abolition nationale, mais une première limitation importante dans les grandes métropoles.
La Première Guerre mondiale :
Avant 1914, la règle dans l'armée française était encore l'inhumation en fosse commune, par fosses de cent hommes. La Première Guerre mondiale marque un tournant décisif : la conscription et la "démocratisation de la guerre" conduisent au souci d'identifier les défunts pour faciliter le travail de deuil des familles. C'est une prise de conscience collective sur la dignité du soldat et, par extension, celle du citoyen.
1991 : la réforme juridique et terminologique
À l'origine, cet espace était appelé « fosse commune ». Son nom a changé en 1991. Depuis, les défunts ne sont plus enterrés dans la même fosse, mais individuellement.
En 1991, le terme utilisé pour désigner cet espace devient officiellement « division à caveaux de terrain commun », d'où l'abréviation « terrain commun » ou « terre commune ».
C'est cette réforme de 1991 qui marque la suppression juridique effective de la fosse commune au sens strict : désormais, même les personnes sans ressources ont droit à une sépulture individuelle, prise en charge par la commune.
Le choc des images :
New York en avril 2020, au pire de la première vague de l'épidémie de Covid 19, des images de cercueils enterrés dans une fosse commune à New York ont fait le tour du monde, révélant l'ampleur de la crise dans la métropole américaine. Radio-Canada. Pour faire face à cet afflux de défunts, la ville de New York a enterré ses morts dans de vastes fosses communes sur l'île de Hart Island, surnommée "l'île aux morts", située à côté du Bronx. Les opérations y sont passées d'un jour par semaine à cinq jours par semaine, avec environ 24 enterrements quotidiens, réalisés par des détenus en tenue de protection.
Cette île sert en réalité de cimetière municipal depuis la fin de la guerre de Sécession, il y a plus de 150 ans, la pratique n'était donc pas nouvelle, mais la pandémie en avait dramatiquement accéléré le rythme.
Et la France dans tout ça ?
La France a tenu. Elle n'a pas eu recours aux fosses communes, mais la pression sur le système funéraire a été réelle.
Depuis mars 2020, une surmortalité de l'ordre de 7 % a saturé les cimetières. De nombreuses communes se sont retrouvées en manque de place et de concessions funéraires, certaines familles devant accepter d'inhumer leur défunt dans une commune voisine.
Des cimetières de communes comme Bobigny et Villetaneuse ont affiché complet, indiquant "plus aucune inhumation". La situation a été particulièrement complexe pour les familles musulmanes dont les proches ne pouvaient être rapatriés au Maghreb, les pays concernés ayant suspendu les rapatriements de corps.
Un rapport parlementaire a relevé que la France avait mieux résisté que certains pays : contrairement aux États-Unis, où des défunts étaient stockés dans des camions non réfrigérés et enterrés en fosses communes, le dispositif funéraire français a globalement tenu, même s'il a été éprouvé.
Ce que la Covid a révélé :
La pandémie a mis à nu une tension universelle et intemporelle : comment une société traite-t-elle ses morts quand elle est submergée ? Les fosses communes, que l'on croyait appartenir au passé, sont réapparues là où les systèmes de santé et funéraires ont craqué. En France, les protections juridiques acquises depuis 1991 (sépulture individuelle garantie à tous) ont protégé la dignité des défunts, même sous pression. Ailleurs dans le monde, cette dignité a parfois cédé face à l'urgence.
Ce qui subsiste aujourd'hui :
La loi française impose aux communes de prendre en charge l'inhumation des personnes sans moyens financiers ou dont les corps ne sont pas réclamés.