31/05/2026
LRecharge électrique : l’UFC-Que Choisir dénonce une « jungle tarifaire »
L’’équation économique de la voiture électrique est aussi confrontée aux variations considérables des tarifs selon le type de borne et le prestataire.
Les nouveaux venus à la voiture électrique, poussés par la crise du détroit d’Ormuz, vont découvrir l’agrément d’un mode de conduite radicalement différent mais pas le soulagement du passage à la pompe qu’ils pouvaient espérer. Ils vont vérifier que les contraintes liées à l’usage sont un boulet considérable. L’une d’elles, et non la moindre, est le coût de la charge et le temps passé à la borne sachant que, durablement, la recharge à domicile est la seule valable aux tarifs actuels de l’énergie.
Faire le plein pendant que l’on dort est indolore tant que le prix du kWh est aligné sur celui du domicile, voire des panneaux solaires qui l’alimentent. Un jour, le compteur Linky pourra distinguer ces deux prestations et… les taxer différemment. Mais aujourd’hui déjà, dès qu’un voyage s’annonce, l’affaire se complique avec les recharges de trajet. Selon l’endroit et la rapidité de la prestation, le tarif peut être multiplié par 10 et l’attente de même.
Alors que la voiture électrique tend à se banaliser dans les usages, son développement reste conditionné à un accès à la recharge simple, fiable et lisible. Dans une étude publiée le 22 mai, l’association Que Choisir Ensemble alerte sur les nombreux obstacles qui entravent encore l’expérience des usagers, malgré l’essor rapide des infrastructures.
Les urbains sans prise directe
Sur le papier, la dynamique est pourtant bien engagée. Fin 2025, la France comptait près de 2,9 millions de points de recharge, dont environ 185 500 ouverts au public, soit une progression de plus de 130 % en trois ans. Porté par le déploiement de bornes rapides et ultrarapides, le réseau semble en mesure d’atteindre l’objectif de 400 000 bornes publiques d’ici 2030.
Mais cette croissance masque des disparités persistantes. Certaines zones, notamment en dehors des grands axes, restent insuffisamment couvertes et performantes. Surtout, l’habitat collectif demeure le principal point noir : alors que près d’un Français sur deux vit en appartement, seuls 6% des immeubles équipés de parkings disposant de solutions de recharge. Une lacune structurelle qui freine l’adoption du véhicule électrique.
Au-delà du maillage territorial, la fiabilité du réseau pose également problème. En 2025, seules 68,5 % des bornes étaient disponibles en permanence, tandis que 6 % sont signalées hors service pendant plus d’une semaine. Des pannes qui compliquent les trajets, en particulier sur longue distance, et alimentent la défiance des automobilistes.
Écarts de tarifs jusqu’à 126 %
Mais c’est surtout sur le terrain des prix que le constat se révèle le plus sévère. L’étude met en lumière une opacité tarifaire généralisée, liée à la multiplicité des opérateurs et des modalités de facturation. En analysant 121 points de recharge entre le 1er et le 21 avril 2026, Que Choisir Ensemble observe des écarts spectaculaires pour un même service.
En zone urbaine, la différence moyenne entre le tarif le plus bas et le plus élevé atteint 126 %, contre 99 % à proximité des routes nationales et encore 72 % sur autoroute. Dans certains cas, l’écart frôle l’absurde : à Langres, sur une borne de 22 kW, le prix varie de 0,30 à 1,78 euro par kWh selon l’opérateur, soit près de 500 % de différence.
Cette variabilité a un impact direct sur le budget des automobilistes. Pour une recharge de 20 kWh, correspondant à environ 100 kilomètres d’autonomie, le coût moyen s’élève à 10,80 euros sur une borne standard, mais peut grimper à 35,60 euros dans les cas les plus défavorables. Sur une borne rapide de 150 kW, la moyenne atteint 11,60 euros, avec des pointes à 18,70 euros. À titre de comparaison, la même recharge à domicile revient à environ 3,80 euros au tarif réglementé.