19/12/2025
— SYNTHÈSE de la 7ème Rencontre Culture ; Arts/Travail
Quand le travail entre en scène, Festival d’Avignon
🔷 Cette année, nous étions à Avignon pour interroger l’engagement du corps au travail, et les utopies nécessaires à l’œuvre.
➡ À l’issue de sa conférence dansée « L’encyclopédie du geste ouvrier », Sylvie Balestra, danseuse et chorégraphe (Cie Silex), rappelle que la danse peut réactiver la mémoire des gestes ouvriers que l’on tend à oublier, en invisibilisant les personnes et leurs tâches. Pour elle, « la mémoire se dérobe, parce qu’un geste, c’est une relation et un ensemble de sensations ».
Le philosophe Alihan Gök, dans son introduction, souligne la perte de mémoire des travailleurs dans un monde où ce qu’ils créent ne leur appartient plus et où tout se marchande.
Ludovic Rioux, syndicaliste à la CGT des transports, fait le lien avec le travail du livreur à vélo : un travail répétitif, rémunéré à la course, où l’engagement du corps a de nombreux effets sur la santé mentale et physique.
Les livreurs, bien que visibles par tous, souffrent de non-reconnaissance, due à une « incapacité de percevoir ce travail dans ses aspects humains ». La question de l’invisibilité sociale s’impose donc comme un thème central.
« En l’absence de patron », l’interface algorithmique des applications de livraisons délègue la gestion du rythme de travail au travailleur lui-même, à la différence d’un travailleur en usine. Cela induit une « dévalorisation du travail et une déqualification du travail de livreur ».
Cette discussion a révélé une contradiction entre le corps-outil et le corps sensible dans un tendance d’« individualisation ». Ces constats ont suscité des réactions dans le public : « En tant qu’ancien travailleur social, j’ai été confronté à la perte du sens du travail sous l’effet de la pression des chiffres et du manque de personnel. »
➡ La seconde table ronde a mis en lumière l’importance des utopies dans la mobilisation syndicale, essentielle selon le philosophe Enrico Donaggio.
Philippe Durand, auteur et comédien, a lu un extrait de son texte « 1336, Paroles de Fralibs », symbole d’une lutte ouvrière où les salariés ont décidé de se réapproprier l’outil de travail, leur usine.
Frédéric Laurent, responsable du Théâtre de la Bourse, indique que le rôle du syndicat est désormais « d’amener les salariés à s’interroger sur la façon de sortir de l’individualisme et de faire collectif » et que « le théâtre rend visibles les luttes et rappelle qu’un monde meilleur est possible, au-delà de la souffrance liée au travail. »
✅ Dans le public, un syndicaliste ajoute « à la CGT, il nous manque une réflexion philosophique et politique à même d’imaginer des utopies pour l’avenir. » Une autre personne conclut « nous sommes des humains qui travaillons ensemble et nous sommes en capacité de nous réapproprier notre travail par cette réflexion sensible ».
🖇Retrouvez ici la synthèse vidéo, écrite et enregistrements audio de cette Rencontre : https://travailetculture.org/SYNTHESE-Rencontre-Culture-Arts-Travail-2025-314.html