12/12/2025
⛵️ RENDEZ-VOUS D'ECRITURE
Samedi 6 décembre, de 10h à 12h30, cinq participantes étaient au rendez-vous donné par Françoise Ferhati pour l’atelier d'écriture "Être en chemin".
Parties du proverbe tibétain "Le métier de vivre n’est autre que le métier de voyager", elles ont tracé, en mer puis sur terre, des chemins d’écriture, à l’aide des poèmes bâtons de Serge Pey, jusqu’au lieu du dernier voyage du poète espagnol, Antonio Machado.
Voici les textes produits durant la séance :
🚩 À Antonio
Tu partais te réfugier, avais-tu le choix ? Certains t’ont accusé de les abandonner, de leur laisser vie sans bâton pour combattre les bombes vaines de l’Histoire.
Tes mots nous font chavirer encore et encore, notre chemin n’est jamais silencieux, tu ne nous a pas quittés. Comme remède insuffisant, tes poèmes nous transmettent la beauté des montagnes dorées, cannes d’espérance. Tes accents sont des cris. Tu balises notre voie, guide nos lèvres vers le bonheur en mouvement, vers l’engagement. Tu remplaces le bonnet et les gants de notre hiver vieillissant.
Ton bâton
balise
du chemin
guide ta voie
Ton bâton
remplace
gants et bonnet
de l’hiver
vieillissant
Sans bâton
comment
combattre
les bombes vaines
de l’Histoire
Sans bâton
canne d’espérance
les accents
sont
des cris
A.P.
🚩 Avec son bâton
Il se sent plus rassuré
L'angoisse qui l'étreint
Se libère peu à peu
Il traverse la rue sans voir
Sans être vu
Mais comment garder l'équilibre
Sur les axes surpeuplés ?
Avec son bâton
Il se fraie un chemin
Repoussant les feuilles dorées
Du luxe empoisonné
Il se sauve
Sourd aux aveux usés
Le tragique peut-il être beau ?
Avec son bâton
En équilibre éphémère
Il oublie l'usure du temps
La fabrique du désespoir
Il finira par arriver
Par savourer sa victoire
Éphémère et fragile
Il ne pourra oublier
Ceux qui sont restés.
C.K.
🚩 Antonio,
Voyageur sans bagages
quand tu es parti
ta chemise était truffée de poches silencieuses
comme autant de
trappes
pour t'agripper
glisser
disparaître
Des morceaux de sucre pour les griffes des rapaces
des passeports pour les promesses ennuyeuses
un briquet pour allumer le feu à ton bâton de marche
Accroche-toi Antonio au parapet éphémère de l'inconcevable !
I.F.
🚩 Antonio, j’ai raté ta tombe
embarquée que j’étais dans un vallon de chênes lièges
en direction d’une chapelle abolie
toute pavoisée de fanions catalans.
Au-delà du folklore
Le poète
Qu’as-tu pensé de ce pays
de ses chemises presque déjà marron,
de ses anchois trop salés ?
En passant les Pyrénées
est-ce que tu t’es penché
Par dessus le parapet
pour entendre gronder
la terre qui savait déjà ?
R.B.
🚩 Lettre à Antonio,
Le bâton se ride dans la découverte constante, dans la promesse de chaque jour, tandis que la marche devient raide. A trop vivre on se raidit. Comment continuer encore, alors ? Comprendre que plus le corps est lourd de la marche, plus l’esprit s’allège. Le chant du bâton est plus clair et ton œil est plus vif des mille terres foulées. Tu passes par des chemins dont tu sais te délester, tu fais silence à chaque tournant pour mieux accueillir et vibrer la résonance de ce qui vient. Tu n’oublies pas. Mais tu marches au présent. Tu t’es dédié au monde.
M.F.
🚩 Pour Antonio
Nos chemins se croisent et nous levons nos bâtons pour nous saluer, nous reconnaître au passage.
Les bâtons valsent en dessinant des roues, des soleils où tournent tous les accents de toutes nos langues, les accents de toutes les langues de la terre.
Le bal est ouvert.
Que tombe dans le lac le bâton qui voudrait se lever pour le fermer !
F.F.