10/06/2026
Sans fleurs, ni fleur, ni couronne
Il y a parfois des enterrements qui en disent long sur une époque.
Et parfois, l’absence de quelques fleurs devient un symbole beaucoup plus lourd qu’un bouquet.
Mercredi, dans l’ancien cimetière de Roissy-en-Brie, Madeleine Chanau, épouse Thibout, a été conduite à sa dernière demeure.
Née le 30 mai 1937, décédée le 27 mai 2026, elle repose désormais aux côtés de son fils Thierry, disparu brutalement le 1er octobre 1982, percuté par un train.
Un drame dont elle ne se remettra jamais vraiment.
Madeleine Chanau était une figure connue et reconnue de Roissy-en-Brie.
Pendant trente années, elle a travaillé à l’état civil de la ville, après avoir exercé le même métier au Plessis-Trévise.
Elle a consacré une grande partie de sa vie au service des habitants.
Avant cela, elle avait interrompu son activité pendant treize ans pour élever ses enfants.
Une vie faite de travail, de famille, de dévouement et de présence auprès des autres.
À l’état civil, elle n’était pas simplement une employée municipale.
Elle était une mémoire vivante de la commune.
Elle accueillait les nouveau-nés, accompagnait les familles dans les moments heureux comme dans les moments douloureux, connaissait les histoires, les visages, les générations.
À une époque où l’administration était encore profondément humaine, elle représentait cette mairie de proximité où l’on pouvait trouver une écoute, un conseil, parfois même un réconfort.
Pourtant, le jour de ses obsèques, le silence a été assourdissant.
Peu de monde autour de sa tombe.
Pas de présence officielle.
Et surtout, aucun signe visible de la ville qu’elle avait pourtant servie pendant trente ans.
Ni fleurs.
Ni fleur.
Ni couronne.
La famille et les amis, bien sûr, ont inondé le cercueil des fleurs.
Le maire avait promis l’envoi d’une g***e.
Mais le jour de l’enterrement, aucune g***e n’était là.
Aucun représentant de la municipalité n’était présent.
Et Monsieur le Maire a bafouillé une excuse, un problème technique, bref !
Et plusieurs jours après, malgré cette promesse, toujours rien.
Pour Jean-Marc Thibout, son fils, cette absence est vécue comme une profonde blessure.
Au chagrin de perdre une mère s’ajoute l’amertume d’une parole donnée mais non respectée.
Car au-delà d’un simple geste protocolaire, une g***e représente une reconnaissance.
Un symbole.
La marque qu’une commune n’oublie pas celles et ceux qui ont contribué à son histoire.
Bien sûr, les fleurs fanent.
Les couronnes disparaissent.
Les cérémonies passent.
Mais le souvenir demeure.
Et celui de Madeleine Chanau mérite d’être raconté.
Elle fut pendant des décennies une présence familière dans la vie de Roissy-en-Brie.
Une femme discrète, mais essentielle.
Une de ces personnes qui construisent une ville sans forcément apparaître dans les discours.
Aujourd’hui, sa famille ne demande pas seulement des fleurs.
Elle demande que l’on reconnaisse une vie consacrée aux autres.
Sans fleurs, ni fleur, ni couronne.
Mais pas sans mémoire.