31/05/2026
Aujourd'hui 31 mai 2026, La Libre Pensée 17 en partenariat avec la section LDH du pays rochefortais rendait hommage aux Communardes et Communards déportés à partir de 1871 depuis la Charente-Maritime. Une quarantaine de personnes se sont réunies devant le Fort de l'île Madame après avoir franchi la Passe aux Bœufs et les différentes associations représentées ont pris la parole.
Ci-dessous, le discours prononcé au nom de notre section :
« Le 18 mars 1871, les Parisiens refusaient de rendre les canons qui leur avaient été remis par l'exécutif pour la défense de Paris. Ils manifestaient ainsi un double refus : refus de plier devant l'ennemi prussien, refus de se plier aux décisions d’un gouvernement et d'une assemblée qui ne les représentaient pas. Le 18 mars 1871, ceux qui s'appelleront les Communards ont agi sans concertation préalable, mis en mouvement par les circonstances, aiguillonnés par la nécessité. Mais leur action ne fut pas que défense et refus. Elle était portée par un idéal : pour la liberté du pays, pour la liberté du peuple. Une liberté conquise et exercée collectivement, avec pour boussole le bien commun. La Commune, c'est plus que la Commune de Paris en 1871. Il y eut des communes avant la Commune, et la Commune est aujourd'hui encore un modèle d'action.
De nos jours en effet de multiples expériences, en France et dans le monde, se déploient localement, dans des collectifs qui inventent eux-mêmes leurs modes d'action et d'organisation pour défendre ce qui est essentiel à tous et que nous appelons “les biens communs”
Ces biens communs, ou, plus simplement, “les communs”, nous n'avons pas attendu aujourd'hui, ni pour les définir, ni pour les défendre. Mais, comme Paris assiégé par les Prussiens, comme la République nouvellement rétablie de 1871 et déjà menacée, nous sentons tous les jours un peu plus la nécessité de nous battre pour eux, avant qu'ils ne disparaissent ou ne soient dénaturés. Je dis « nous », qui avons encore la chance d'en j***r. D'autres, les plus nombreux, sur cette planète, les ont perdus ou n'en n'ont jamais bénéficié. Quels sont ces « communs » que nous devons défendre, et quels sont les aiguillons qui nous réunissent et nous pressent d'agir, comme jadis les Parisiens montant sur la butte Montmartre ?
Les communs, ce sont d'évidence ces ressources qui ne devraient ni s'acheter, ni se vendre, mais se partager. Ce sont l'eau, la terre, les ressources du vivant. Ces communs sont menacés par les appétits sans borne de quelques-uns. Ils le sont aussi par nos propres inconséquences, quand nous nous rendons dépendants de besoins que nous nous sommes créés et qui, loin de nous satisfaire, sont sources de frustration constante,
Les communs, c'est l'ensemble des lois qui sont censées nous protéger de l'arbitraire. C'est ce qu'on appelle l’État de droit et que la LDH, dans la résolution de son dernier congrès à Rennes, appelle à défendre contre la montée des idées de l'extrême-droite. La liberté d’expression, la liberté de la presse, la liberté de s’associer, la protection contre toute forme de discrimination : autant de droits qu’on aurait tort de croire définitivement et constitutionnellement acquis, et comme allant de soi.
Le bien commun, ce sont les conquêtes sociales : le droit du travail, l’accès aux soins, le droit à une éducation émancipatrice, le droit au temps libre, ce temps où l’on ne produit pas mais que l’on donne aux autres, le temps où l’on se cultive, où l’on s'informe.
L'idéal du bien commun nous impose le devoir de solidarité avec nos frères et sœurs partout ailleurs. Nous ne détaillerons pas les zones du monde, sur tous les continents, où les droits humains les plus élémentaires ne sont pas respectés, ou, en ce moment même, des hommes et des femmes sont humiliés, massacrés, meurent dans l’indifférence. Pour ne parler que de la France, parce ce que nous ne pouvons pas dire que nous ne savons pas, nous pensons aux migrants qui se noient en Méditerranée ou dans la Manche, nous pensons à ces hommes, ces femmes, et ces enfants, que l'on enferme dans des centres dits de « rétention administrative », manière pudique de parler de lieux où la loi commune ne s'applique pas.
Les trois biens communs que nous venons d'énumérer : les ressources naturelles essentielles à la vie, les garanties de l'Etat de droit, les acquis des luttes sociales, la solidarité, nous ne les avons séparés que par souci de clarté. Ils ne sauraient aller les uns sans les autres. Nous ne garantirons une vie décente à l'Humanité que si les droits de chacun sont reconnus et respectés, et que si le principe de solidarité au sein de l'Humanité est à l'œuvre. Les Communards résumaient tout cela en une formule : « la République sociale, démocratique et universelle". En ce jour où nous leur rendons hommage, pesons chacun de ces mots.»