30/01/2026
La création de l'innovatoire à rayonnement régional est née d'une idée ancienne, à partir du constat que dans la région Bretagne existent de nombreux artistes insolites et éclectiques qui proposent des arts enchevêtrés, difficiles d'accès, exigeants, et donc qui ne peuvent bénéficier que d'une réception et d'une diffusion qui restent rares et confidentielles.
Plusieurs de ces artistes ont eu l'idée de se rassembler au sein de l'IRRB, association ayant pour objet de développer les échanges et promouvoir les oeuvres au sein d'un collectif cohérent d'artistes du grand-ouest ayant des esthétiques opiniâtres et sans compromis, et proposant des événements qu'ils appellent "bricolistes".
Dans les bureaucraties, l’innovateur bricoleur fait un peu peur. On craint davantage sa création destructrice que sa destruction créatrice. Dans les séminaires et sur les plaquettes, on vante la recherche ou la promotion de déviants réformateurs et innovants, mais dans la réalité on s’en méfie, il faut d’abord qu’ils restent dans la norme et l’obéissance. Le milieu des musiques dites « actuelles », pris dans son ensemble, n’échappe pas au drame bureaucratique. On y proclame la recherche de bouleversement, de révolution, de bris de code, mais pas trop quand même. Il faut vendre le produit, qu’il fasse de nombreuses vues sur les réseaux.
L’innovatoire à rayonnement régional de Bretagne entend promouvoir, en acte et sans crainte, les esprits tournés vers l’exploration, les optimistes à la recherche de nouveauté de manière continuelle voire obsessionnelle, au risque d’éprouver un fort sentiment de grande solitude, parfois excessif. Sont bienvenus celles et ceux qui prennent des risques qui ne relèvent pas toujours d’un calcul rationnel et qui, bénéficiant d’une faible aversion à l’échec, valorisent le principe d’apprentissage par l’essai et l’erreur.
Le 17 janvier 2026 à la MJC de Pacé fut la soirée inaugurale de l'IRRB et le premier acte de proclamation du manifeste bricoliste. Elle a réuni les quatre formations premières signataires : La Société Des Timides A La Parade Des Oiseaux (la STPO), Régïs Boulard, Nikolaï Ada, Mekanik Mozz ' Art et leurs invités (Boris Guffer, Ert, Patrick Chevalier, Philippe Guillôme). Alors que tous les instruments restaient sur scène, ils se sont mélangés et ont communié, le bassiste des uns ou le clavier des autres improvisant sur la batterie d'un troisième ; le chanteur de l'un mettant en musique un poème pour accompagner l'instrumental de l'autre, etc, pendant 3 heures.
La soirée a commencé par la diffusion, alors que le public était plongé dans le noir, d'un générique de film imaginaire présenté en audiodescription, projet en développement de Mekanik Mozz ' Art. Quand le rideau s'est ouvert et que le public a retrouvé la vue, Mekanik Mozz ' Art a enchaîné un titre sur lequel son ami fidèle, Philippe Guillôme, est venu posé sa voix et son texte. Puis ce fut au tour de Nikolaï Ada, accompagné de ses amis de toujours, les artistes Ert et Boris Guffer (Complot Bronswick devenu Complot), de mettre en chanson un poème de Sapphô sur un instrumental de Mekanik Mozz ' Art. Nikolaï Ada / Complot est alors resté sur scène pour présenter un set accompagné de ses vidéos qui s'est achevé par deux reprises chantés par Patrick Chevalier ("We don't die" de Tricky, "Rythmique" de Marquis de Sade).
Le rideau s'est refermé, la lumière s'est réteinte, et Mekanik Mozz ' Art a diffusé une scène de film imaginaire en audiodescription, un dialogue accompagné d'un instrumental en 19 temps.
Quand le rideau s'est rouvert, il n'y avait qu'un seul musicien sur scène, un batteur uniquement. Régïs Boulard, celui qui ose tout, qui ose proposer (à la suite d'un album entier publié sur le bien nommé label breton L'église de la petite folie) un set entier seul à la batterie. Sur un morceau il a invité Mekanik Mozz ' Art à plaquer et faire évoluer un drone en Ré avec le synthétiseur MPE Osmose. Sur un autre, c'est le bassiste Sébastien Desloges de la STPO, qui a improvisé sur le langage percussif de Régïs.
Après un entracte de 20 minutes, la STPO a conclu la soirée par un set toujours aussi étonnant, toujours aussi intriguant, mélange d'industrielle, d'experimental, de rock progressif, de punk, de pop tordue, de dadaïsme, de minimalisme, de Rock in Opposition.
Assurément, le bricolisme pourra toucher beaucoup d'artistes et d'amateurs de bizarreries sonores et visuelles.
Longue vie à l’IRRB et aux étudiants du M2 MAE de l’IAE de Rennes qui ont choisi ce projet et fait naître l’innovatoire (Elea, Elina, Chloé, Lola, Titouan et Morgan)