21/08/2026
Podcast avec Olivier Razemon, journaliste, notamment pour le Monde et auteur de On n’a que du beau, Le marché, ingrédient d’une société heureuse (Ecosociété, 2025)
"L'un des derniers endroits où l'on cause" : un tour dans les allées des marchés alimentaires
Le marché, carrefour de l’alimentation depuis des centaines d’années, tient bon, voire confirme son essor. Depuis la crise du Covid, le nombre de marchés en France a augmenté !Les Français y tiennent, et c’est souvent une des premières questions posées quand on arrive sur son lieu de vacances : « Y a-t-il un marché ? Quand est-il prévu ? »
Pourquoi sommes-nous si attachés au marché alimentaire ? Comment expliquer leur longévité et leur inscription dans notre quotidien dans tous les territoires de France ?
Dans une société percutée par la solitude et l'isolement social, le marché semble être l’un des derniers endroits où l'on cause. En France, contre toute attente, ces rendez-vous hebdomadaires continuent de faire de la résistance. Il en existe des milliers partout sur le territoire. Olivier Razemon, journaliste, explique ce qui fait qu'il y a beaucoup de marchés en France : "D'abord parce que la France reste un pays où la gastronomie est une passion nationale, les gens aiment cuisiner. Il y a beaucoup de bons produits un peu dans toutes les régions."
Les marchés sont aussi le miroir d'une identité sociale, spatiale, culturelle. On pense souvent que c'est sur les marchés que le peuple de France s'incarne, ce qui en fait un rendez-vous incontournable de toute campagne électorale. Pourtant, face à la grande distribution et à nos changements de mode de vie, ils doivent aussi se réinventer.
Le marché, bien plus qu'un lieu de transactions
Le marché de plein air demeure un pilier de la sociabilité française, résistant aux évolutions des modes de vie et à la pression de la grande distribution. Loin d'être un simple espace commercial, il s'impose comme un véritable miroir de l'identité sociale et culturelle, où les échanges dépassent la simple acquisition de produits pour devenir des moments de convivialité et de construction d'un sentiment d'appartenance. Ce succès durable s'explique par sa nature éphémère, qui en fait un point de rendez-vous incontournable au sein de l'espace public, renforçant le tissu local par des interactions humaines riches et spontanées.
Certains marchés sont emblématiques. Sala, habitant de Saint-Denis : "Alors cette ville, c’est comme les plats épicés, de temps en temps les épices c'est un peu trop fort, et puis de temps en temps elle m'énerve, et puis de temps en temps je l'aime, et de temps en temps elle m'agace [...] Quand vous demandez à quelqu’un : "Saint-Denis, c’est quoi pour vous ? On dit le marché de Saint-Denis ou la basilique." Certains viennent de loin au marché de Saint-Denis. Nora Hamadi rencontre une dame qui vient de Bagneux pour le marché une fois par mois : "Il est quand même bien achalandé, ce marché, et il y a beaucoup de choses aussi bien au niveau des fruits et légumes, viandes et vêtements." Dans cet immense marché populaire aux portes de la capitale, les tarifs sont imbattables, bien moins chers que ses concurrents franciliens.
L'art du lien : une théâtralité sociale
Au cœur du marché, la relation entre commerçants et habitués constitue un bien symbolique précieux, fondé sur une confiance bâtie sur le long terme. Les camelots, véritables artisans de ce lien social, cultivent une théâtralité héritée d'une tradition ancienne, où chaque échange devient une scène de vie. Cette dimension humaine, absente des circuits aseptisés de la grande distribution, transforme le marché en une véritable "fabrique de la ville" à ciel ouvert, capable de maintenir un dialogue intergénérationnel malgré les mutations sociétales. Un commerçant au marché de Saint-Denis le confirme : "Il y a des gens, ils sont seuls dans la vie, ils viennent juste vous voir pour discuter... Même s'ils n'ont besoin de rien, ils vous disent : 'j'ai besoin de rien, mais je viens vous dire bonjour'."
Pour Olivier Razemon, journaliste : "Ça devient un lieu de rendez-vous. On a des chances, dans une petite ville en tout cas, ou dans une ville moyenne, de croiser des gens qu'on connaît déjà. Ensuite on est sur le domaine public, on est dehors, on est dans un lieu qui appartient à personne. On n'est pas dans un commerce et donc il y a une liberté finalement de ton et de parole à la fois pour le commerçant, pour les vendeurs et aussi pour les clients. On fait parfois la queue parce qu'on s'est levé un peu t**d et donc on écoute, on parle éventuellement un peu avec ses voisins."Le podcast :
Le marché, carrefour de l’alimentation depuis des centaines d’années, tient bon, voire confirme son essor. Depuis la crise du Covid, le nombre de marchés en France a augmenté !