09/05/2026
Le rassemblement à l'appel du collectif Palestine Cornouaille de ce 9 mai était essentiellement consacré à la mémoire d'un grand homme qui nous a quitté cette semaine.
Hommage à Yves Jardin de ses nombreux amis.
Comment évoquer Yves Jardin sans l’amputer d’une part essentielle de lui-même, de ses
combats, de ses passions?
Parti enseigner dans sa jeunesse dans l’Algérie indépendante, il resta très attentif à ce qui
se passait dans ce pays, et à la solidarité avec le peuple algérien et les peuples du Maghreb
à son retour en France.
Il collabora au Monde Diplomatique pour des publications les concernant.
Attaché à la la langue et la culture bretonne, et plus généralement aux langues et cultures
régionales, Yves participa au Front culturel progressiste breton à la fin de années 70.
Les langues, moyen de communication entre les humains, c’était important pour lui.
Il eut à cœur de perfectionner à la MPT de Penhars à Quimper sa connaissance de la langue
arabe, trait d’union avec l’Algérie et plus t**d la Palestine.
Il s’enracina à Douarnenez et en Cornouaille, dans un pays qu’il avait choisi, lui le
Nantais.
Il eut toute sa vie un lien très fort avec ce territoire, sa population.
Il siégea de 1983 à 1995 au conseil municipal de Douarnenez.
Professeur d’histoire et de géographie, de breton, militant de l’éducation populaire, il
contribua à relancer à Douarnenez le ciné-club de la MJC avant de créer en 1978 avec
notamment Marc Ruscart, alors directeur de la MJC, le festival de cinéma de Douarnenez,
initialement festival des minorités nationales.
Il enseigna dans la section cinéma audiovisuel du lycée Jean-Marie Le Bris, ouverte à la
fin des années 80, l’une des premières en France.
Il est difficile d’imaginer aujourd’hui ce territoire douarneniste sans Yves Jardin tant il y
était attaché, tant il lui a apporté et à ses habitants.
On pourrait reprendre pour lui la devise du Secours Populaire « Tout ce qui est humain est
nôtre ».
Militant du Secours populaire, il avait fait sienne cette devise.
Et c’est aussi ce choix de l’Humain qui fit de lui un pacifiste engagé au Mouvement de la
Paix.
Loin de s’opposer, tous les engagements de sa vie se croisent et se renforcent l’un l’autre.
Parmi toutes les autres, deux causes, profondément humanistes, ont été essentielles : la
défense de l’hôpital public et de ses patients, et la solidarité avec le peuple palestinien.
Il contribua à fonder le comité des usagers de l’hôpital Michel Mazéas de Douarnenez,
puis comité de défense, devenu ensuite comité pour la défense de l’hôpital et le droit à la
santé, membre de la Coordination nationale comités de défense des hôpitaux et maternités
de proximité.
Il fut l’animateur du grand mouvement de mobilisation autour de l’hôpital de la fin 2014 et
du début 2015 qui déplaça à Douarnenez les grands médias nationaux.
Hôpital de proximité pour lui ne voulait pas dire hôpital au rabais réduit à ses fonctions
minimales, mais hôpital assurant le meilleur accès aux soins en proximité aux habitants.
Il avait la même exigence pour les droits des peuples et le droit international.
Féru d’histoire, grand lecteur, il connaissait parfaitement l’histoire du Moyen-Orient et
particulièrement celle de la Palestine, et il pouvait citer sans hésiter chaque résolution de
l’ONU sur le sujet, résolutions toutes restées lettre morte.
Militant de toujours pour une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens, il
rappelait inlassablement que la paix ne pouvait se construire sans une reconnaissance
pleine et entière des droits du peuple palestinien et la fin de la colonisation israélienne sur
les territoires occupés.
Il avait une attention particulière pour la situation de prisonniers politiques palestiniens et
fut l’un des animateurs du groupe de travail dédié créé par l’AFPS, il traduisait de l’anglais
en français les articles parus sur le sujet.
En juillet 2003 il fut l’un des initiateurs du groupe AFPS du pays de Cornouaille, premier
dans le Finistère Sud, et son président infatigable, groupe qui organisa de multiples actions
collectives de solidarité, pour les droits du peuple palestinien, contre la colonisation, pour
la libération des prisonniers politiques, pour le boycott des produits des colonies
israéliennes, et depuis 2007 pour lever le blocus de Gaza.
Parmi toutes ces initiatives, Yves accordait une grande importance aux témoignages
humains, aux échanges culturels, aux rencontres de toute sorte.
Toujours le lien humain.
Des moments forts avec par exemple la venue de Leïla Shahid, celle de Salah Hamouri
juste libéré, le témoignage à Quimper et Douarnenez de la psychiatre palestinienne Samah
Jabr sur les enfants de Gaza, et tant d’autres...
Depuis le 7 octobre 2023, Yves Jardin a été au cœur de toutes les mobilisations pour un
cessez-le-feu et une paix juste et durable, pour la solidarité avec les Gazaouis victimes de
génocide et le peuple palestinien dans son ensemble, mobilisations portées par le collectif
Palestine de Cornouaille.
C’est peu dire que la situation dramatique que vivent les Palestiniens et l’absence de
réaction politique forte des autorités françaises et européennes ont assombri les dernières
semaines d’Yves, militant de la paix, de la fraternité, de la solidarité jusqu’à son dernier
souffle.
En sa mémoire nous allons continuer à porter ce combat et nous reprendrons, en écho aux
mots du grand poète palestinien Mahmoud Darwich, « le fardeau de l’espoir ».