27/04/2026
En ce mois d’août 1944, les Allemands ont accumulé des revers comme le débarquement en Normandie du 6 juin et l’avancée des troupes américaines vers Paris. Ils sont particulièrement agressifs contre tous ceux qu’ils suspectent d’hostilité à leur égard. Ils intensifient leur lutte contre les Résistants, les maquis, les réfractaires au STO, toutes les personnes qui ont aidé, caché ou hébergé des armes des parachutages ou des personnes recherchées. Les actes de représailles se multiplient en France, le 9 juin 1944 avec les 99 pendaisons de Tulle, le 10 juin le massacre d’Oradour-sur-Glane. Plus près de nous, sur les communes d’Estouy et de Marsainvilliers, la rafle des Essarts, avec une cinquantaine de personnes arrêtées, est suivie de déportation. Pour Puiseaux, c’est le 10 août qu’a lieu le drame. C’est l’incompréhension et la terreur. Toutes les issues de la ville sont gardées par les soldats de la Wehrmacht. Ce jour-là, les Allemands ont affrété un camion, ils viennent de Paris, de la Rue des Saussaies, c’est-à-dire du siège de la Gestapo en France. Ils sont accompagnés de miliciens, des Français, souvent jeunes, qui partagent leurs idées, les épaulant dans la répression, pratiquant tortures et exécutions. Le camion dépose les miliciens à Puiseaux en début de journée. Ces derniers possèdent les noms des hommes à arrêter, ils se sont enquis de leur adresse. Puis vers 17 heures 30, les Gestapistes allemands, après avoir passé leur journée à la Chapelle-la-Reine, reviennent avec une deuxième camionnette et là, ils vont procéder aux arrestations. Ils savent à quelle porte frapper, ils agissent à coups sûrs, une liste à la main. Tous ces Puiseautins avaient choisi la voie du devoir : celle de la Résistance. Il faut souligner combien cette détermination comportait de dangers dans cette ville étroitement surveillée, cependant des armes ont été parachutées autour de Puiseaux, 9 aviateurs américains ont été cachés chez l’épicier Raymond Bourdois et le médecin Michel May, ainsi qu’une radio opératrice, Lilian Rolfe, chargée des messages de la Résistance à destination de Londres.
Nos compatriotes sont brutalement arrachés à leur foyer.
Qui l’ennemi a-t-il choisi ?
Le maire Emile Tinet et son fils Etienne, vétérinaire, il a trois jeunes enfants, Elisabeth naîtra quelques mois après son arrestation ; le maréchal des Logis chef Georges Detoux, il informe les réfractaires de leur prochaine arrestation, tout comme, averti des parachutages, il ordonne à ses hommes des patrouilles à l’opposé des terrains de réception ; l’ex-gendarme Edmond Marienne, révoqué par le régime de Vichy après une rixe dans un café contre un soldat allemand, il est père de cinq fillettes ; le curé Henri Retaureau, qui dans ses prêches, exhorte ses fidèles à résister, à tenir le coup, les Américains ne sont pas loin ; l’abbé Jacques Barenton lui, apporte son aide à de jeunes enfants en danger ; Maurice Foiry, négociant en pommes de terre et paille, il a caché Pierre Charié le chef de la Résistance dans le Loiret et a fourni du ravitaillement au maquis de Chambon ; Louis Maris, pâtissier-traiteur, on saura plus t**d qu’il était agent de renseignements pour les Anglais ; Germain Berthier, propriétaire du garage où sont tous regroupés les hommes, il fournit des batteries pour les postes émetteurs des Résistants ; Marcel Lang, secrétaire de mairie, il établit des fausses cartes d’identité et d’alimentation, il est en relation avec le maquis anglais de Chambon-la-Forêt ; Lucien Piétrois, serrurier, il s’est opposé plusieurs fois aux Allemands en refusant de leur livrer du matériel ; Henri Masure, négociant en engrais, réfractaire au STO. Après s’être caché plusieurs jours après l’arrestation de Raymond Bourdois à Nargis, il revient au pays payer une facture ce 10 août au garage Berthier, il est le premier arrêté. Avec son camion, il transportait les armes des parachutages qu’il cachait dans son usine. Et enfin Georges Berthier, un jeune homme de 22 ans, réfractaire au STO, caché chez ses parents ce jour-là, il est arrêté après une perquisition au 1er étage de la maison.
Tous les hommes sont emmenés le soir-même à la prison de Fontainebleau, puis le lendemain à celle de Fresnes avant de prendre le chemin des camps n**is le 15 août 1944 ; ce sera le dernier convoi de déportés.
Ce convoi est connu sous le nom des 77 000, en raison de l’immatriculation des prisonniers. Ils arrivent à Weimar le 20 août. Les hommes sont dirigés vers Buchenwald, les femmes vers Ravensbrück. Ce seront cinq longs jours de voyage dans des conditions abominables, enfermés dans des wagons à bestiaux, sans manger, mais surtout sans boire par une chaleur caniculaire.
Les nouveaux arrivants, après une désinfection au crésyl, rasage et piqures en série, se voient attribuer un numéro de matricule sur un triangle rouge avec un F, F comme Français. Ce triangle rouge est réservé aux ennemis du Reich, qu’ils soient résistants, réfractaires ou victimes de représailles. Le 3 septembre, une partie des hommes de ce convoi est envoyée au camp de Dora. Mais la plupart des déportés de Puiseaux sont destinés au sinistre camp de la mort d’Ellrich.
Louis Maris et Emile Tinet resteront au camp de Buchenwald. Le curé Henri Retaureau à Dora à l’assemblage des V1 et des V2, les premiers missiles de destruction massive. Germain Berthier, son fils Georges et Lucien Piétrois, en raison de leur métier, sont affectés au Kommando de Bochum, dans une usine de fabrication de chars.
Tous les autres Puiseautins partent pour Ellrich, un camp satellite de Dora ; là ils doivent creuser des galeries dans des anciennes mines de gypse pour installer des usines souterraines en raison des bombardements alliés. Sous alimentés, battus, épuisés par des heures d’appel dans la neige, dans le froid, la plupart de ces hommes sont condamnés. Dès décembre, ils vont mourir d’épuisement, de maladie, de blessures non soignées. Georges Detoux, gendarme, est le premier à mourir le 21 décembre, il est assommé avec une planche de lit par un kapo en raison d’une dysenterie, il est laissé sur le palier du block par des températures extrêmes de -20°. Marcel Lang, âgé de 61 ans, ne peut pas résister longtemps, comme il n’a plus la force de travailler, il est relégué dans les Ohne Kleider, c’est-à-dire qu’il est privé de vêtements, avec une demi-ration de nourriture, il meurt le jour de Noël. Puis c’est au tour d’Edmond Marienne, de Jacques Baranton et de Maurice Foiry.
Avec l’approche des Américains et des Russes, début mars 1945, tous les camps de concentration sont vidés, il faut faire disparaître tous ces hommes, toutes ces femmes. Commence alors une grande migration, qu’on appellera « les Marches de la mort » où des milliers de déportés disparaitront, mourront d’épuisement ou sous les bombardements. C’est le cas d’Henri Masure et d’Etienne Tinet. Malades, épuisés, inaptes au travail, ils font partie du convoi du 3 mars 1945 au départ d’Ellrich à destination de Nordhausen composés de 1602 déportés. Ce convoi est porté disparu le 6 mars 1944. Personne ne saura jamais ce qu’ils sont devenus.
Seul Raymond Bourdois, arrêté à Nargis, reviendra du camp d’Ellrich, il a connu tous les hommes de Puiseaux, il les a vus mourir. Il fait 42 kg à sa libération en avril 1945.
Le curé Henri Retaureau survivra à sa déportation. Elu conseiller municipal, il est à l’initiative de ce monument aux Déportés, il lance une grande souscription publique. Sculpté par René Iché, ce monument est inauguré en août 1948, juste un mois après le décès de Monsieur le Curé, mort d’un mal incurable au cours d’une opération.
Georges Berthier rentre également de déportation, sa jeunesse et sa résistance l’ont sauvé malgré ce terrible voyage de 21 jours, qu’on appela les Marches de la Mort ; quand il reçoit les premiers soins des Américains, il pèse 37 kg.
L’ironie du sort, c’est que toutes ces arrestations se sont déroulées dix jours seulement avant la Libération de Puiseaux par les Américains. Disparus en terre d’exil, en terre de souffrance, nous devons continuer à honorer nos patriotes, morts dans d’horribles conditions pour que notre pays retrouve la liberté.
« Il faudra raconter, faire comprendre cet autre monde, cette barbarie, mais qui nous croira ?» telles étaient les paroles des déportés mourants à leurs camarades dont ils espéraient qu’eux survivraient à l’enfer concentrationnaire n**i.
Cette Mémoire est en sursis. Jeune génération, n’oubliez pas nos Déportés de Puiseaux, morts pour la France.