05/04/2026
Icy gist honorable François Richard…
Ainsi commence l’inscription qui court verticalement sur la dalle funéraire scellée sur la Maison des Arbalétriers, au Jardin Garnier de Provins, et dans laquelle ledit Richard est qualifié de « marchand boucher à la boucherie du Val de Provins ». Cette « boucherie », réunion d’étals formant une sorte de marché spécialisé dans la chair crue, se trouvait au XVIe siècle, époque où fut gravée cette tombe, à l’emplacement de ce qui fut ensuite le Café des Colonnes, puis notre actuel hôtel de ville. Sur la place en face de la halle s’élevait une fontaine, dont les eaux devaient servir au nettoyage des lieux commerciaux. Nul doute que ce François Richard, dont cette « lame » couvrit la dépouille, n’eût été un bourgeois fort à son aise, dont la pierre se blasonna même d’armoiries, à l’image d’un cerf, conformes à son « état ». Ce riche marchand était, au reste, paroissien de Sainte-Croix, dans ce quartier huppé qui refit somptueusement son église tout au long du XVIe siècle. Dans la chapelle du collatéral sud qui abrite à présent les deux statues déjà étudiées ici, la sainte Catherine et le saint Jean (vrai Jean et… fausse Barbe), une inscription encore visible dans le mur extérieur signale que Richard eut ici, autrefois, sa chapelle de famille. Il faut imaginer l’église de cette époque toute chargée intérieurement de sanctuaires privés. Aux XVIe et XVIIe siècles, l’histoire atteste des consécrations d’autels qui donnent l’idée d’une sorte d’église sépulcrale comparable, toutes proportions gardées, à ce que sont à Venise les Frari et San Zanipolo. Voici (orthographe modernisée) le texte de cette fondation de service religieux, par laquelle François Richard marque encore sa place dans ce qui fut l’église de sa sépulture : « François Richard a légué à la fabrique de céans dix livres tournois de rente perpétuelle à la charge de services solennels avec offertoire accoutumée (sic) par chacun an. Priez Dieu pour lui. 1574. » Notre collectif « Sainte-Croix Renaissance », qui s’est félicité de la mise à l’abri des deux statues du portail nord, souhaite maintenant que revienne dans l’église Sainte-Croix, d’où elle fut arrachée peut-être au moment où la révolution faisait de celle-ci une usine, cette dalle qui rejoindrait ainsi la plaque de fondation de messe. Ce transfert protégerait de l’érosion des intempéries une œuvre funéraire très fine, dont manque malheureusement, taillé pour les besoins d’on ne sait quel remploi, le tiers placé à droite. Œuvre mystérieuse, où l’on croit reconnaître, en effigie dédoublée, le même personnage priant représenté, à gauche, dans la partie intacte, avec ses yeux révulsés de mourant, à droite avec un regard vif : celui de la vie terrestre qu’il vient de dépouiller ou celui de la vie céleste dans laquelle il espère se réveiller au dernier jour ?
Pierre Bénard, jeudi saint 2026