28/08/2026
Enviro Veritas
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🚨Projet éolien Bretagne Nord-Ouest : répondons aux faits plutôt qu’aux intentions supposées des opposants 🚨
ENVIRO VERITAS souhaite répondre aux déclarations de Daniel Cueff, vice-président de la Région Bretagne chargé de la mer et du littoral, rapportées par France 3 Bretagne le 18 août 2026 à la suite de la manifestation organisée la veille sur l’île de Batz contre le projet éolien Bretagne Nord-Ouest (BNO).
Cette manifestation a réuni environ 150 personnes, dans un rassemblement apolitique aux profils très divers : pêcheurs, habitants de l’île et du continent, élus, membres d’associations et citoyens venus exprimer des interrogations sur le projet.
Daniel Cueff estime pourtant que les opposants utiliseraient des arguments destinés à « faire peur » et ajoute que figureraient parmi eux « en très bonne place des partisans du nucléaire qui voient l’arrivée des éoliennes offshore comme une concurrence ».
La question n’est pas de savoir si certains opposants sont favorables ou non au nucléaire. Elle est de savoir
si les objections formulées à l’encontre de BNO sont fondées. Les pêcheurs interrogent les conséquences d’un parc de 67 éoliennes sur leurs conditions de navigation et de travail. Les habitants et les élus s’interrogent sur ses effets paysagers et touristiques. D’autres citoyens questionnent son coût, son utilité réelle et les conditions dans lesquelles les décisions sont prises.
Le parc de Saint-Brieuc, composé d’éoliennes posées sur le fond, ne constitue pas une référence permettant de valider BNO, qui reposerait sur une technologie flottante, avec des machines d’environ 300 mètres. Cette technologie n’a jamais été déployée à une telle échelle. Le projet doit donc être apprécié selon ses caractéristiques propres, ses impacts sur les activités maritimes, les paysages et les fonds, son coût et sa contribution effective au système électrique.
Contester un projet éolien flottant, c’est demander qu’un projet industriel majeur soit justifié par des
données vérifiables et soumis à un véritable débat contradictoire.
La pêche : prenons la Région Bretagne au mot
La Région Bretagne affirme vouloir des parcs éoliens « pêchants » et place publiquement le maintien de la pêche professionnelle au même degré d’importance que le développement de l’éolien en mer. Elle est même allée jusqu’à présenter comme objectif une « coactivité garantie entre pêche et éolien ». Daniel Cueff a lui-même réaffirmé la volonté de la Région de maintenir la coactivité pêche dans les parcs offshore.
Mais que signifie exactement « pêchable » ? Il ne saurait s’agir seulement d’autoriser juridiquement quelques navires à pénétrer dans le parc ou à emprunter certains couloirs. Un parc réellement pêchable doit permettre aux professionnels qui travaillent aujourd’hui dans cette zone de continuer à y exercer leurs métiers, avec leurs techniques
habituelles, dans des conditions normales de sécurité et sans perte substantielle de leur espace de
travail. Or c’est précisément ce qui est sérieusement mis en doute pour BNO. À la différence d’un parc posé, chaque éolienne flottante est maintenue par de longues lignes d’ancrage et raccordée par des câbles dynamiques, dont certaines parties peuvent former des caténaires dans la colonne d’eau. Ces infrastructures créent des risques d’accrochage des engins, de croche et de collision et réduisent l’espace effectivement exploitable autour des
machines. Certaines configurations d’ancrage peuvent être incompatibles avec certaines pratiques de pêche.
La possibilité d’une pêche véritable à l’intérieur des quelque 235 km² de BNO, soit plus de deux fois la
superficie de Paris intra-muros, ne peut donc être simplement affirmée : elle doit être démontrée.
Nous demandons en conséquence à Daniel Cueff s’il maintient aujourd’hui que le parc BNO sera véritablement pêchable, au sens où les professionnels pourront continuer à exercer effectivement leurs activités dans la zone
dans des conditions normales de sécurité.
Et puisque la Région parle de « coactivité garantie », nous lui demandons d’en préciser la portée et de répondre sans ambiguïté à cette question simple :Si BNO se révèle effectivement incompatible avec le maintien de la pêche professionnelle dans la
zone, la Région Bretagne s’opposera-t-elle au projet ? Oui ou non ?
Trois autres observations:
1. La dépendance industrielle à la Chine. Daniel Cueff justifie notamment le développement de l’éolien en
mer par la nécessité de réduire notre dépendance à des énergies fossiles provenant de pays « qui ne sont pas des amis de la démocratie ». L’argument mérite d’être examiné jusqu’au bout. La Chine, déjà largement dominante dans l’industrie photovoltaïque mondiale, prend une place déterminante dans l’éolien de très grande puissance et dans le flottant, qu’il s’agisse de turbines, génératrices, composants, matériaux stratégiques ou pales géantes
dépassant 120 à 130 mètres. Il serait paradoxal de présenter BNO comme un instrument de souveraineté sans examiner la dépendance industrielle et technologique que pourrait créer un tel projet vis-à-vis de la Chine à moins que Daniel Cueff la place dans les « amis de la démocratie ».
2. Le véritable coût de l’éolien flottant. Daniel Cueff déclare : « Nous avons un prix de l’énergie fixé par le
gouvernement qui est très bas, peut-être même trop bas, que certains disent, est-ce que ça permettra vraiment les projets ? » Cette interrogation est révélatrice. Le coût complet de l’éolien flottant sera l’un des sujets majeurs des prochains mois. Les conditions économiques observées conduisent à s’interroger sérieusement sur la possibilité de
réaliser ces projets aux prix jusqu’ici affichés. Nos analyses conduisent à penser que le coût complet sera très supérieur aux objectifs annoncés, potentiellement jusqu’à plusieurs fois ceux-ci selon les hypothèses. Avant d’engager des milliards d’euros, cette économie réelle doit être connue et publiquement débattue.
3. Les retombées annoncées de Saint-Brieuc. Daniel Cueff affirme qu’à Saint-Brieuc il n’y aurait pas eu de
diminution du tourisme et que le parc aurait même permis de créer « d’autres activités touristiques ». Nous l’invitons à préciser cette affirmation par des chiffres : quelles activités ont été créées, touristiques et autres, quelles entreprises les exploitent, combien d’emplois pérennes représentent-elles, quel chiffre d’affaires génèrent -elles et quelle part peut être directement attribuée à la présence du parc éolien ? Ces données permettraient d’apprécier la portée réelle de cette affirmation.
Conclusion:
ENVIRO VERITAS ne demande pas à Daniel Cueff de partager ses conclusions sur Bretagne Nord-Ouest. Elle demande que les objections formulées par les pêcheurs, habitants, élus et associations soient examinées sur le fond, plutôt que ramenées à une volonté de « faire peur » ou à une opposition supposée entre partisans de l’éolien et partisans du nucléaire.
Les questions posées sont concrètes : compatibilité réelle avec la pêche, sécurité de la navigation, coût complet, dépendance industrielle, effets sur les territoires et retombées économiques. Elles appellent des données véritables et un débat contradictoire.