ACTEP Bretagne

ACTEP Bretagne L'Association Citoyenne pour la Transparence et l'Éthique Publique œuvre quotidiennement pour préserver l'intégrité des institutions bretonnes.

29/05/2026

Patrick Balkany condamné à de la prison ferme sans mandat de dépôt pour détournement de fonds publics

Agence France-Presse

28 mai 2026

L’ancien maire de Levallois-Perret, 77 ans, avait été jugé du 7 au 10 avril pour avoir affecté, entre 2010 et 2015, des policiers municipaux à des tâches personnelles, notamment comme chauffeurs privés.

Le tribunal correctionnel de Nanterre a condamné jeudi l’ancien maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany, à respectivement quinze mois d’emprisonnement ferme et trois ans ferme mais sans mandat de dépôt, dans deux dossiers distincts de détournement de fonds publics.

Patrick Balkany, 77 ans, avait été jugé du 7 au 10 avril. Il n’était pas présent au délibéré pour cause d’hospitalisation, selon son avocat, Me Robin Binsard.

Le tribunal a également condamné l’ex-baron de la droite francilienne à, respectivement, 350 000 et 500 000 euros d’amende ainsi que dix ans d’inéligibilité et l’interdiction d’exercer une activité dans la fonction publique pendant cinq ans.

Il n’a toutefois pas prononcé de mandat de dépôt « compte tenu de l’âge » de Patrick Balkany.

Me Binsard a indiqué qu’il comptait faire appel de ces deux décisions.

La présidente du tribunal, Céline Ballerini, a souligné que « les faits n’étaient pas dérisoires comme a tenté de l’indiquer M. Balkany ».

Pour la magistrate, ils montrent au contraire « la légèreté avec laquelle les élus de la République peuvent s’affranchir des règles et des lois » qu’ils sont censés faire observer.

Elle a par ailleurs regretté qu’en dépit de ses condamnations passées, Patrick Balkany ait gardé « un discours inchangé au fil des audiences ».

Dans la première affaire, l’ex-édile avait comparu pour avoir utilisé les fonds d’une association subventionnée par la ville, la Codeeil, afin d’assurer un complément de revenus à son ex-directeur du développement économique, Renaud Guillot-Corail, mort en 2020.

Dans le second volet, examiné pendant trois jours, il avait été jugé pour avoir affecté, entre 2010 et 2015, des policiers municipaux à des tâches personnelles, notamment comme chauffeurs privés.

Le procureur avait qualifié Patrick Balkany de « démiurge omnipotent » ayant, « par le fait du prince », détourné trois policiers municipaux de leurs fonctions pour en faire des « larbins », des « hommes à tout faire » et « quasiment des domestiques ».

Me Binsard avait plaidé la relaxe, dénonçant « une purge » et raillant les lacunes de l’instruction.

Patrick Balkany a déjà été condamné dans plusieurs autres affaires, notamment en 2023 avec son épouse Isabelle Balkany pour avoir dissimulé 13 millions d’euros au fisc.

En avril, la cour d’appel de Rouen a confirmé sa libération conditionnelle pour les quinze mois de prison qu’il lui reste à purger dans ce dossier.

Il a par ailleurs fait cinq mois de détention en 2019-2020, puis à nouveau six mois en 2022.

Agence France-Presse

Rapport 2025 de l’OLAF: Un montant de 597 millions € ayant fait l'objet de fraudes et d’irrégularités est à recouvrer à ...
28/05/2026

Rapport 2025 de l’OLAF: Un montant de 597 millions € ayant fait l'objet de fraudes et d’irrégularités est à recouvrer à la suite des recommandations de l’OLAF

Communiqué de presse 20 avril 2026 Office européen de lutte antifraude

Selon son rapport annuel publié aujourd’hui, l’Office européen de lutte antifraude (OLAF) a recommandé en 2025 le recouvrement de près de 600 millions € de fonds de l’UE détournés. Les enquêteurs de l’OLAF ont par ailleurs empêché que plus de 18 millions € soient indûment dépensés, renforçant ainsi le rôle de l’OLAF en tant que gardien essentiel du budget de l’UE. Au cours de l’année, l’OLAF a clôturé 209 enquêtes au total, tout en ouvrant 254 nouvelles enquêtes.

Le rapport annuel met en évidence les résultats obtenus par l’OLAF et décrit en détail son investissement sans relâche en faveur de la protection des intérêts financiers de l’UE. Le rapport de cette année introduit notamment deux innovations importantes: l’OLAF recommande des actions aux parties prenantes concernées, en vue de promouvoir une approche plus efficace et plus coordonnée de la lutte contre la fraude et les irrégularités. Le rapport présente également une ventilation détaillée de tous les fonds qui ont été restitués au budget de l’UE grâce à l’OLAF au cours de la dernière décennie.

«En 2025, l’OLAF a continué de jouer un rôle clé dans la protection des intérêts financiers de l’UE. Nos résultats restent stables. Au cours de la dernière décennie, l’OLAF a déjà permis de récupérer ou de protéger environ 6,8 milliards €. Il ne s’agit pas là d'un simple chiffre. Ce montant correspond à la construction d’écoles, au financement de projets de recherche et à la protection des frontières. Le travail de l’OLAF n’est ni abstrait ni éloigné. Il soutient directement les États membres et profite aux citoyens», a déclaré Petr Klement, directeur général de l’OLAF.

Chiffres clés du rapport 2025 de l’OLAF:

597 millions € dont le recouvrement au profit du budget de l’UE a été recommandé
l'utilisation indue d'un montant de18 millions € de fonds du budget de l’UE a été empêchée
209 enquêtes ont été clôturées, des recommandations ayant été adressées à cette occasion aux autorités nationales et de l’UE à des fins de suivi
254 nouvelles enquêtes ont été ouvertes à la suite d’analyses préliminaires effectuées par les experts de l’OLAF
1 142 sélections ont été clôturées
Au cours de la dernière décennie, les enquêtes de l’OLAF ont permis le recouvrement de 6,8 milliards € au profit du budget de l’UE et empêché des dépenses indues à hauteur de 873 millions €.
Les activités de l'OLAF en 2025 ont porté sur divers domaines, notamment les irrégularités financières complexes, les échanges transfrontières illicites, les infractions douanières et la fraude environnementale. Au cours de l’année écoulée, l’OLAF a examiné des cas de conflits d’intérêts, de manipulation des procédures de marchés publics et de coûts excessifs. L’OLAF a également continué à enquêter sur le contournement des sanctions contre la Russie et la Biélorussie et a apporté un soutien aux autorités douanières et répressives ukrainiennes.

«Les institutions de l’UE doivent faire preuve de transparence»

«Les institutions de l’UE doivent faire preuve de transparence», a souligné le directeur général Klement. Les enquêtes internes de l’OLAF restent un élément essentiel du cadre de responsabilité de l’UE, garantissant que les membres et le personnel des institutions respectent les normes les plus élevées en matière de conduite professionnelle et d’intégrité financière.

En 2025, les enquêtes de l'OLAF ont continué de cibler les affaires complexes et sensibles, y compris celles impliquant des hauts fonctionnaires qui auraient pu nuire à la réputation de l’UE. «L’indépendance, l’accès aux informations pertinentes et la capacité à mener des contrôles sur place sont indispensables pour que l'OLAF remplisse cette mission», a-t-il ajouté.

La voie à suivre en matière de lutte contre la fraude

Le rapport reconnaît également l’importance du réexamen de l’architecture antifraude de l’UE, actuellement en cours et visant à améliorer la coordination, l’efficacité et la protection globale du budget de l’UE contre la fraude et les irrégularités. L’OLAF participe activement à ce processus, en travaillant avec ses partenaires, notamment la Cour des comptes européenne, le Parquet européen, Europol et Eurojust, afin de renforcer l'action antifraude de l’UE. La coopération de l'OLAF avec les autorités nationales et d’autres partenaires est essentielle à la réussite de ses opérations.

Malgré un environnement toujours plus complexe, les résultats de l’OLAF restent stables et l’Office continue de garder une longueur d’avance dans un monde où les fraudeurs cherchent constamment de nouveaux moyens de contourner les règles en vigueur. Le rapport intervient à un moment où l'OLAF rencontre des difficultés, notamment un manque de ressources humaines. L’Office a perdu 110 postes permanents au cours des quinze dernières années, ce qui met à rude épreuve sa capacité à accomplir ses tâches de manière efficace.

«Nous avons besoin de ressources adéquates pour continuer à exercer nos missions», a affirmé le directeur général Klement. «Pour chaque euro investi dans l’OLAF, plus de neuf euros sont restitués au budget de l’UE, grâce au dévouement de notre personnel, dont l’expertise et l’intégrité sont le pilier de cet Office.»



Mission, mandat et compétences de l’OLAF:

L’OLAF a pour mission de détecter les actes répréhensibles relatifs à des fonds de l’Union européenne, de mener les enquêtes à ce sujet et de faire cesser ce type d’infractions.

L’OLAF remplit sa mission:

en menant des enquêtes indépendantes sur la fraude et la corruption portant sur des fonds de l’Union, afin de s’assurer que l’argent des contribuables européens sert à financer des projets permettant de créer des emplois et de la croissance en Europe;
en contribuant à renforcer la confiance des citoyens dans les institutions de l’Union en enquêtant sur les fautes graves commises par le personnel et les membres des institutions de l’Union;
en élaborant une politique antifraude solide pour l’Union.
Dans le cadre de sa fonction d’enquête, qu’il exerce de manière indépendante, l’OLAF peut enquêter sur des questions relatives à la fraude, à la corruption et à d’autres infractions portant atteinte aux intérêts financiers de l’Union en ce qui concerne:

toutes les dépenses de l’Union: les principales catégories de dépenses sont les Fonds structurels, la politique agricole et les fonds de développement rural, les dépenses directes et l’aide extérieure;
certains domaines de recettes de l’Union, principalement les droits de douane;
les soupçons de fautes graves commises par le personnel de l’Union et les membres des institutions de l’Union.
Une fois que l’OLAF a terminé son enquête, il incombe aux autorités de l’UE et aux autorités nationales compétentes d’étudier le suivi des recommandations de l’OLAF et de prendre des décisions. Toutes les personnes concernées sont présumées innocentes jusqu’à ce que leur culpabilité soit établie par une juridiction nationale ou de l’UE compétente.

Pour en savoir plus:

Pierluigi CATERINO
Porte-parole
Office européen de lutte antifraude (OLAF)
Tél.: +32(0)2 29-52335
Courriel: [email protected]
https://anti-fraud.ec.europa.eu/index_fr
LinkedIn: European Anti-Fraud Office (OLAF)
X: x.com/EUAntiFraud
Bluesky: euantifraud.bsky.social

Protecting the EU's budget, financial interests and reputation since 1999. For press: [email protected] Privacy: https://t.co/bIm6WLSjza

22/05/2026

article de Sud-Ouest

Pays basque : ex-candidate aux municipales, Céline Piva condamnée à trois ans de prison pour détournement de fonds publics

Frais de carburant pour les vacances, achat de téléphone, abonnements de parkings et escroquerie aux faux documents : l’ancienne fonctionnaire et élue avait profité de ses fonctions à l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine, Euskadi, Navarre puis à la mairie de Biarritz pour détourner plus de 30 000 euros d’argent public pour son propre intérêt

Pendant près de trois ans, elle a profité de sa position dans la fonction publique à l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine, Euskadi, Navarre (NAEN) puis à la mairie de Biarritz, pour détourner des fonds, à des fins personnelles. Céline Piva, 45 ans, ancienne élue et candidate à la mairie de Saint-Pée-sur-Nivelle, au Pays basque, comparaissait devant le tribunal judiciaire de Bayonne, ce jeudi 21 mai.

Alors qu’elle était fonctionnaire en charge des affaires de ressources humaines et financières au sein de l’Eurorégion, un groupement européen de coopération territoriale (GECT), elle a utilisé une carte carburant de la collectivité pour ses déplacements personnels, alors qu’elle n’avait aucune autorisation, la plupart du temps pendant ses vacances ou les jours fériés.

Elle a continué à utiliser cette carte carburant alors qu’elle n’était plus employée de l’Eurorégion NAEN, après 2023. Le préjudice est évalué à 7 347 euros pour 109 paiements entre 2021 et 2024. La fonctionnaire a également utilisé la carte bancaire de la collectivité pour acheter un téléphone Apple à 99 euros et deux abonnements de parking au casino de Biarritz...

https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&opi=89978449&url=https://www.bfmtv.com/police-justice/tout-comprendre-p...
20/05/2026

https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&opi=89978449&url=https://www.bfmtv.com/police-justice/tout-comprendre-prise-illegale-d-interets-favoritisme-pourquoi-une-enquete-visant-notamment-edouard-philippe-a-ete-ouverte_AV-202605200343.html&ved=2ahUKEwiTyJrQxseUAxWETKQEHRv4LUg4ChAWegQIGhAB&usg=AOvVaw225wfy-G38HMMOmYyc7ld-

Le PNF a annoncé l'ouverture d'une information judiciaire pour des faits de "détournement de fonds publics", "favoritisme", "prise illégale d'intérêt" et "concussion" au Havre. Le maire et candidat à la présidentielle est mis en cause dans cette affaire, dont les premières investigations ont...

https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&opi=89978449&url=https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/affaire-des-arret...
14/05/2026

https://www.google.com/url?sa=t&source=web&rct=j&opi=89978449&url=https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/affaire-des-arrets-maladie-de-complaisance-par-un-psychiatre-j-ai-ete-blesse-par-cette-garde-a-vue-confie-le-dr-reverzy-1700368.html&ved=2ahUKEwj796Dtt7iUAxXEdaQEHfV9JBcQFnoECB4QAQ&usg=AOvVaw00bMaza6mIgjBQ6t2sU4CI

Le docteur Reverzy, psychiatre dans l'Est de La Réunion est soupçonné d'avoir délivré des arrêts maladie de complaisance, contre rémunération, depuis octobre 2025. Après avoir été placé en garde à vue, ce mercredi 13 mai, le spécialiste se dit "blessé", lorsque celle-ci s'est achevée...

14/05/2026

Les autorités n’ont jamais enregistré autant de faits de corruption en France

Les dernières statistiques des services de police et de gendarmerie situent les atteintes à la probité à un niveau record. 451 faits de corruption ont été recensés en 2025 en France. Soit près de trois fois plus qu’il y a dix ans.

Médiapart Antonn Rouget

13 mai 2026 à 18h17

En plein procès en appel de l’affaire Sarkozy-Kadhafi, considérée par l’accusation et les parties civiles comme une affaire de corruption d’une magnitude exceptionnelle, les dernières statistiques officielles du ministère de l’intérieur confirment la progression inédite des atteintes à la probité en France. Les services de police et de gendarmerie n’ont jamais constaté autant d’infractions relevant de cette catégorie que sur l’année 2025, d’après les données publiées par l’Agence française anticorruption (AFA) et le service statistique de la Place Beauvau ( SSMSI ).

En 2025, pas moins de 1 125 manquements au devoir de probité – dans le Code pénal : corruption, trafic d’influence, concussion, prise illégale d’intérêts, détournement de fonds publics et favoritisme – ont été identifiés par les autorités. Un niveau jamais atteint depuis que les données sont centralisées et communiquées annuellement, à la suite des lois de moralisation de 2016.

Entre 2016 et 2025, le nombre d’atteintes à la probité a bondi de 81 %. Cette hausse est notamment liée aux infractions de corruption, qui ont été multipliées par 2,7

Lors du précédent recensement, portant sur l’année 2024, les services de police et de gendarmerie avaient fait remonter 968 procédures en cours (principalement en fin d’enquête, selon les précisions méthodologiques apportées par le ministère de l’intérieur). L’année 2025 a donc été marquée par une augmentation générale de 16 % de faits recensés sur un an.

Plusieurs catégories d’infractions ont connu des hausses mais le saut le plus spectaculaire concerne les faits de corruption, qui ont bondi de 35 % (de 334 en 2024 à 451 en 2025). Depuis 2016, l’évolution est encore plus impressionnante : sur les neuf dernières années, la corruption a progressé de 268 % (de 168 faits recensés à 451). Sans que cela émeuve aucun·e responsable gouvernemental·e.

L’actuel ministre de la justice, Gérald Darmanin, semble peu réceptif aux questions de probité : en octobre 2025, il accordait ainsi un régime de faveur à Nicolas Sarkozy lors de sa courte incarcération. En 2021, alors ministre de l’intérieur (chef de la police anticorruption, donc), le même Gérald Darmanin avait tenu à apporter son soutien public à l’ancien président de la République, dont il fut le porte-parole, le jour de sa première condamnation pour corruption.

Les hommes représentent plus de trois-quarts des mis en cause

Les deux autres catégories de délits les plus recensés sont le « détournement de fonds publics » (171 faits en 2025, stable par rapport aux années précédentes) et la « prise illégale d’intérêts » (195 faits, en légère baisse). Parmi les auteurs, les hommes sont « surreprésentés » (77 % des mis en cause). Ils sont aussi plus âgés que la moyenne nationale : « 53 % des mis en cause d’atteintes à la probité sont âgés de 45 ans et plus », alors que cette catégorie pèse 46 % de la population générale.

Depuis 2016, le taux d’augmentation annuel moyen des atteintes à la probité est de 6 %, relèvent l’AFA et du SSMSI dans leur analyse, en relevant que cette hausse « ne résulte pas de dynamiques régionales particulières », quand bien même des territoires comme la Corse ou les outre-mer comptabilisent des nombres d’infractions par habitant·e plus élevés que la moyenne.

Le service statistique accorde aussi un éclairage particulier sur les infractions en lien avec le trafic de stupéfiants – une préoccupation majeure du gouvernement dans sa bataille contre le narcobanditisme : sur la décennie, seize infractions ont été comptabilisées chaque année en moyenne en lien avec des infractions à la législation sur les stupéfiants. Mais ce chiffre pourrait être sous-évalué, précisent l’AFA et le SSMSI, les enquêteurs, enquêtrices et magistrat·es expliquant que la corruption est « rarement retenue » dans ces dossiers, car souvent « difficile à caractériser ».

Les données des services de police et de gendarmerie sont accompagnées d’une enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » (VRS), selon laquelle 188 000 personnes âgées de 18 ans et plus (soit 0,4 % de l’ensemble de la population) « déclarent avoir été confrontées à une situation de corruption dans le milieu professionnel en 2023 ».

Dans 15 % des cas, poursuit l’étude, l’objectif « était d’obtenir un service (une place en crèche par exemple) ou d’en accélérer l’obtention ». Or, relèvent les analystes, dans les procédures closes entre 2016 et 2023, « ce sont à peine 1 700 personnes physiques victimes d’infractions d’atteinte à la probité qui sont enregistrées ». D’après l’enquête VRS, « moins de 1 % des victimes de corruption dans un cadre professionnel portent plainte ».

14/05/2026

Médiapart
Procès libyen en appel : une peine « en haut du spectre » requise contre Nicolas Sarkozy

Au dernier jour de ses réquisitions, le parquet général a demandé une peine de sept ans de prison ferme contre l’ancien président afin de sanctionner « le pacte corruptif scellé au plus haut niveau » avec la dictature libyenne.

Karl Laske

14 mai 2026 à 08h12

Pendant trois jours, Nicolas Sarkozy a gardé la même position, une variante du penseur de Rodin, retenant son menton, mais regardant en l’air. Puis il a bondi. Les réquisitions du parquet général dans l’affaire de financements libyens ont duré trois jours. Trois jours pour en arriver au quantum des peines. Sept ans d’emprisonnement requis pour lui. L’instinct du chef a pris le dessus. L’œil guerrier, mâchoires serrées, il a déroulé fermement son commentaire à son équipe. Dehors, un mur de caméra et de micros attend la déclaration de ses avocats.

Sept ans donc. Encore sept ans. Toujours sept ans. C’est la peine qu’avait requis contre lui l’an dernier le parquet national financier, et que le tribunal correctionnel avait arrondie à cinq ans. C’est la première chose qu’a semblé regretter Me Christophe Ingrain, l’avocat de l’ancien président, face aux caméras : « les réquisitions du parquet général sont strictement identiques à celle du parquet national financier », a-t-il déploré, en se promettant de démontrer « la parfaite innocence de Nicolas Sarkozy » lors des plaidoiries de la défense, dans quinze jours.

L’ancien président, lui, a filé sans dire un mot.

Plus tôt, l’avocat général Rodolphe Juy-Birmann avait rappelé le maximum de la peine encourue en correctionnelle, dix ans, laissant s’installer le suspense.

Désigné dès lundi, par Damien Brunet, premier magistrat du parquet général à s’exprimer, comme « l’instigateur » de l’association de malfaiteurs partie chercher des financements pour sa campagne, Nicolas Sarkozy est au plus haut du quantum des peines requises pour les membres de ce « groupement ». « En haut du spectre. » Sept ans pour lui, six ans pour Claude Guéant, quatre ans (dont deux ferme) pour Brice Hortefeux, et six ans (avec mandat de dépôt) pour Alexandre Djouhri. En bas du spectre, deux ans (avec aménagement) pour Thierry Gaubert, et dix mois avec sursis pour Éric Woerth

Debout, face au pupitre du parquet, Rodolphe Juy-Birmann, cheveux blancs, gestes lents, requiert avec bonhomie, sous le regard toujours acéré du président Oliver Géron tourné vers lui. La salle retient son souffle.

« Entre 0 et 10 ans, comment positionner “l’instigateur” sur le curseur ? », fait-il mine de s’interroger. En dépit de « sa carrière politique extraordinaire », il doit être « traité comme n’importe quel prévenu ». Il revient à la cour « de le sanctionner à la hauteur de la gravité des faits ».

« Nicolas Sarkozy est le principal, l’unique, bénéficiaire de cette organisation, qui devait lui permettre d’être élu à l’élection présidentielle, assène-t-il. Et la présidentielle n’est pas n’importe quelle élection, il s’agit de celle pour laquelle les Français se mobilisent en masse », décisive en démocratie. L’avocat général relève « le niveau opérationnel inégalé » de ces manœuvres.

"[Nicolas Sarkozy] a tiré les ficelles,

distribué les rôles en veillant à rester

en arrière, à s'exposer le moins possible"

Rodolphe Juy-Birmann, avocat général

« Le pacte corruptif a été scellé au plus haut niveau avec une dictature prête à tout pour revenir dans le concert des nations », dénonce le magistrat. Alors que Jacques Chirac avait engagé une normalisation prudente avec la Libye, « Nicolas Sarkozy a avalisé par cette petite phrase “Claude voyez cela” les rencontres avec Abdallah Senoussi », le cerveau du terrorisme libyen.

Comme l’a souligné lundi Damien Brunet, le « socle » de ce pacte avait été posé le 6 octobre 2005, par la rencontre « des deux chefs », Mouammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy, au cours de laquelle la situation pénale du cerveau des attentats avait été abordée une première fois.

« Ce qui distingue l’instigateur, c’est sa capacité de fédérer, poursuit-il. Il a tiré les ficelles, distribué les rôles en veillant à rester en arrière, à s’exposer le moins possible. » « En s’engageant à examiner la situation judiciaire d’Abdallah Senoussi, Nicolas Sarkozy avait conscience que le mandat d’arrêt visant Senoussi devait être levé », pour satisfaire les Libyens.

« Il a ainsi pris le risque de porter atteinte à l’indépendance de la justice », pointe encore Rodolphe Juy-Birmann. « Le même comportement qui lui avait été reproché dans l’affaire Bismuth » qui lui a valu sa condamnation pour corruption à trois ans de prison dont un ferme, notamment pour des promesses faites à un haut magistrat.

L’avocat général fait le tri des sujets qui ont émergé lors de ce procès en appel. « Le manquement au devoir de probité publique », « le mélange des genres », « les petits arrangements entre amis », la « trop grande proximité » entre les intermédiaires « se servant au passage », apporteurs d’affaires ou agents de corruption, et l’entourage d’un ministre, puis d’un président.

Le magistrat distingue « deux filières », deux cercles, autour des deux intermédiaires de l’affaire, Ziad Takieddine, l’homme clé décédé la veille du procès de première instance, et Alexandre Djouhri.

« La filière dite Takieddine, chargée de faciliter l’accession de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, et la filière Djouhri qui actionne Béchir Saleh [directeur de cabinet de Mouammar Kadhafi – ndlr] », résume-t-il.

Lignes rouges

Mercredi, l’avocate générale Sophie Meynard avait préalablement décrit les multiples « lignes rouges » franchies par Claude Guéant par sa proximité avec Alexandre Djouhri. Voulant « protéger ses arrières avec le pouvoir », l’intermédiaire a « noué un pacte de corruption avec Claude Guéant », a-t-elle pointé. En acceptant la montre Patek Philippe d’une valeur de 11 330 euros que lui offre Djouhri, l’ancien préfet a franchi une première ligne rouge.

« Alexandre Djouhri va tisser patiemment sa toile, a exposé Sophie Meynard. M. Guéant n’a pas les fonds [pour s’acheter l’appartement qu’il souhaite], il en parle à son ami qui élabore le stratagème des tableaux. » Soit la vente fictive de tableaux qui justifiera l’arrivée de 500 000 euros de la caisse noire saoudienne de Djouhri sur le compte de l’ancien préfet. Ce pacte corruptif permettra à l’intermédiaire d’obtenir l’intervention de l’ancien préfet en sa faveur auprès d’EADS, maison-mère d’Airbus, pour qu’il soutienne le paiement d’une commission, ou encore auprès de l’administration fiscale dans le dossier de sa villa de Mougins (Alpes-Maritimes).

« Il est édifiant de voir la face cachée de ces visiteurs du soir, ceux qu’on a présentés comme des scotchs, qui ne sont pas désintéressés », poursuit Rodolphe Juy-Birmann. Alexandre Djouhri est « omniprésent », « c’est en quelque sorte un agent corruptif permanent », « au cœur d’un montage financier sophistiqué ».

L’intermédiaire est absent de l’audience depuis mardi après-midi. Un avocat croit savoir que son pacemaker a bipé, il s’est absenté pour un contrôle. Il n’est pas revenu mercredi.

« Mais c’est le mensonge que vous sanctionnerez également, enchaîne l’avocat général. Les petits arrangements avec la vérité. Les fables qu’on vous raconte. La culture fantasmée du bédouin [avancée par Alexandre Djouhri pour justifier l’absence de traces écrites]. L’épopée romanesque de Brice Hortefeux dans le désert. Même Claude Guéant qui a fait le premier pas [en transmettant des attestations] n’a pas réussi à passer aux aveux pour son propre comportement délictuel. »

La cour doit « prendre en compte l’évolution des prévenus », signale le représentant du parquet général. Hélas dans cette salle, ils ont maintenu leur version des faits. « Ni remord, ni repentir. Cette absence de remise en cause, vous la condamnerez », expose-t-il.

Ces lignes intangibles vont de pair avec « la mise en cause de l’institution judiciaire » par Nicolas Sarkozy et son entourage. « Cet excès de communication est révélateur d’une tendance à détourner l’attention », juge Rodolphe Juy-Birmann.

La plaque tournante

Dans la « filière Takieddine », Brice Hortefeux est le plus fidèle. L’expression « d’homme lige » s’applique bien à l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy « qui n’a pas bougé d’un iota ». Il a maintenu contre vents et marées la version ubuesque de son voyage en Libye face à la cour. C’est l’homme qui a « réinitialisé la connexion avec Thierry Gaubert et Ziad Takieddine », résume l’avocat général, suivant « toutes les démarches en Libye ».

« Brice Hortefeux restera celui qui a pactisé avec un terroriste », cingle Rodolphe Juy-Birmann.

À l’audience, le « lieutenant » de Nicolas Sarkozy fait grise mine. Loin du visage arrondi et jovial qu’il affichait, en 2003, sur le yacht de Takieddine. Condamné à deux ans d’emprisonnement en première instance avec exécution immédiate, il effectue sa peine sous bracelet électronique, une mesure suspendue pour qu’il participe au procès en appel.

Ses anciennes fonctions de ministre de l’intérieur – durant un an et huit mois entre 2009 et 2011 – lui valent encore de bénéficier d’une protection policière, si bien que deux officiers de sécurité se relaient pour le suivre dans les couloirs du palais de justice, et se positionnent au fond de la salle pour suivre l’audience. Non loin de l’équipe de sécurité de Nicolas Sarkozy – trois policiers -, qui eux s’assoient près des communicants de l’ancien président.

Absent de l’audience pour raisons médicales, Claude Guéant a apporté par écrit une contribution notable aux débats s’agissant des instructions de Nicolas Sarkozy relatifs à la situation judiciaire d’Abdallah Senoussi. Mais il s’est arrêté en chemin, estime le parquet général, qui regrette sa « reconnaissance en demi-teinte des faits en Libye ».

« Pour reprendre les expressions employées à son sujet, Claude Guéant a été la cheville ouvrière, la courroie de transmission, la plaque tournante, poursuit Rodolphe Juy-Birmann. Alors qu’il était un grand commis de l’État, il a été le coordinateur des rencontres en Libye, l’interlocuteur privilégié de Béchir Saleh. Il a catalysé les actions illégales des prévenus pour réviser la situation pénale d’Abdallah Senoussi. »

« Aucune barrière ne l’a retenu », il a « piétiné la chose publique » mais « il se décrit encore comme profondément honnête », s’étonne l’avocat général.

Les avocats de la défense doivent plaider durant cinq jours. Ceux de Nicolas Sarkozy s’exprimeront en dernier, le 27 mai.

Adresse

8, Rue Felix Le Dantec
Plougastel
29470

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