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Mdceldc Une parenthèse souvent magique, parfois tragique, dans un monde qui en a besoin.

La Maison des contes et légendes de Cornouaille permet de découvrir les contes, légendes et traditions liées à cette partie de la Bretagne si riche dans ce domaine.

LE CONTEUR BRETONIl dit de belles histoires le soir au coin du foyer, ce vieux paysan à la chevelure épaisse, assis sur ...
08/10/2026

LE CONTEUR BRETON

Il dit de belles histoires le soir au coin du foyer, ce vieux paysan à la chevelure épaisse, assis sur son escabelle à trois pieds, le grand bâton posé sur la jambe gauche, pendant que les têtes blondes se pressent autour de lui, ouvrant leurs yeux bleus rêveurs, pendant que les fileuses font tourner le rouet dans l’ombre, et que les hommes aux mains calleuses tressent des chapeaux de paille fraîche, en se reposant du terrible labeur, de la journée.
D’où vient-il ? De la ferme de l’Épine-Blanche (Ipernen) où il a fait la moisson. Où va-t-il ? Au Grand-Hêtre (Le Faoù) où l’on doit bientôt commencer les semailles.
Bohème errant, mais toujours libre, il aime à respirer tantôt l’âpre brise des montagnes Noires, tantôt le souffle léger des prés verts de l’Ezole et du Scorf. Il aime à noyer son regard dans les horizons bleus qui se déroulent au loin, découpant sur le ciel les silhouettes bizarres de leurs grands rochers gris. Il aime à s’égarer dans les vallées ombreuses, dont le silence n’est troublé que par le tic tac des moulins, ou la voix grinçante de la jument des bois (Gasecq-coad, pic-vert). Parfois, on le rencontre sur le grand chemin qui mène à Kerahès (Carhaix), parfois sur la grève sombre de l’Anse des Trépassés, et s’il a vu hier le soleil se lever derrière la tour de Saint-Tromeur, il le verra demain descendre au delà des rochers d’Ouessant à la pointe où finit le monde (Pen ar. bed).
N’est-il pas sûr de trouver partout bon gîte, bon accueil et bon repos, lui qui possède le don de la langue et sait faire parler aussi bien Charlemagne, Arthur et le roi Salomon, que Bilzie le voleur, Rannic le vagabond ou le cordonnier du faubourg de Kermaria ou Draou.
Ah ! qu’ils sont curieux, à plus d’un titre, ces vieux récits du beau pays d’Armor, quand on sait en comprendre le vrai sens ! Et qu’il est temps de les écrire, car ils s’en vont s’effaçant tous les jours !
« Le rire despérit comme l’huile de la lampe et l’uniforme ennuy tombe comme une pluie fine, qui mouille, nous perce à la longue et va dissolvant nos anciennes coutumes. » (Balzac.)
Pourtant ces récits sont l’histoire du peuple dont on n’a jamais daigné s’occuper, ses aspirations, ses regrets, ses tendances, ses désirs; et sous sa veste grossière, le vieux conteur celtique porte en lui l’âme d’une grande nation.
Le génie de la Gaule, traqué par les conquérants avides de l’Italie, poursuivi par les orgueilleux Sicambres de la Germanie, persécuté par ceux qui auraient dû le défendre, s’est réfugié sur ce coin de lande aux fleurs d’or qu’on nomme la Bretagne, et y a jeté ses profondes racines. Hâtons-nous de recueillir de la bouche des paysans, les renseignements secrets et si profondément graves sous leur forme naïve, transmis jusqu’à nous d’âge en âge.
L’histoire du Chevalier bleu, belle amazone qui s’en fut, avec une escorte de cent filles, délivrer son époux jusqu’au fond des Espagnes. Celle du Cheval qui parle et du Prince généreux. Celle d’Urbain le Batailleur et celle plus démocratique encore de la Truie d’or et du Lièvre d’argent. Quel souffle puissant d’égalité sauvage règne dans toutes ces fables ! Ici, c’est un jardinier qui vient offrir à sa belle un bouquet couleur de lune, un bouquet couleur d’étoile, un bouquet couleur de soleil et force un prince vaniteux à lui donner la main de sa fille. Là, c’est un savetier qui, par un récit fantastique, rompt le charme d’indifférence qui rendait malade la fille du roi de Paris, et l’épouse en face des douze pairs et de toute la cour. Ailleurs, plus loin, Erouanic, le petit frère méprisé, trouve seul l’eau de la Fontaine Claire, rend la vue à son vieux père et confond la vant**dise de ses aînés.
Partout la justice est rendue aux faibles contre les forts, aux malheureux contre les heureux, aux laboureurs contre leurs égoïstes maîtres. Ah ! quel triste rôle jouent dans toutes ces merveilleuses chroniques, les ignorants fiers de leurs blasons armoriés, les marquises aux grandes robes traînantes, dédaigneuses de leurs modestes servantes ! Et quel cadre majestueux, quels décors splendides à toutes ces scènes ! Palais d’or, de marbre et d’acier poli; jardins délicieux où chantaient des oiseaux bleus, rouges, couleur de mer, couleur de feu; lacs enchantés, où jase le peuple des poissons; montagnes se perdant dans les nuages; rivières larges comme des océans; îles pleines de fruits vermeils; sombres vallées dont les arbres ont le feuillage noir; prairies vertes dont les fleurs sont des perles ou des rubis.
Chercheurs patients, mettez-vous en quête et sans mépriser vos devanciers illustres, qui découvrirent les premiers cette mine, donnez-nous le suc de ces imaginations grandioses, et que si les conteurs disparaissent, les contes du moins nous restent, et puissent, pendant de longs jours encore, réjouir l’esprit et le cœur de nos arrière-petits-neveux.

La Mosaïque. Paris, 1874.

L'ORIGINE DES CONTES EN BRETAGNE« Jean-Louis Rolland a raconté que le vieux tisserand Iwan ar Floc’h de Treffrin lui ava...
08/10/2026

L'ORIGINE DES CONTES EN BRETAGNE

« Jean-Louis Rolland a raconté que le vieux tisserand Iwan ar Floc’h de Treffrin lui avait dit quelle était l’origine des contes. A en croire les anciens, «tous ces contes avaient été inventés par une femme (Jean-Louis Rolland se la représentait évidemment comme une femme de son pays de Carhaix !) qui avait épousé un homme noir (eun den du). Cet homme noir ne voulait pas avoir d’enfant et lui avait dit que si elle en attendait un, il le tuerait... Et voilà qu’elle s’aperçut qu’elle était enceinte. Et elle se dit : - je vais lui raconter une longue histoire, un petit bout chaque nuit pour qu’il ait envie de savoir la suite et qu’il ne pense plus à l’enfant. Finalement l’enfant est né avant que l’histoire soit terminée et il l’a trouvé si beau qu’il n’a plus eu envie de le tuer !

Laurent Donatien.
Bretagne Culture Diversité, exposition sur les contes.
Note de la MDCELDC : L’emprunt au Mille et unes nuits est ici flagrant mais qu’importe puisque la version est belle et perdure.

HISTOIRE POUR S'ENDORMIRSuite de l'histoire d'hier.Au matin, le lendemain, quand il eut mangé son déjeuner, le fermier l...
07/10/2026

HISTOIRE POUR S'ENDORMIR
Suite de l'histoire d'hier.

Au matin, le lendemain, quand il eut mangé son déjeuner, le fermier le conduisit à l’étable, il ouvrit la porte, les douze éperviers en sortirent à l’instant et les voilà dans l’air.
– Voici l’ouvrage que tu as à faire aujourd’hui, c’est de garder les éperviers, dit le fermier, et qu’ils soient tous de retour avec toi, ce soir, ou je te couperai la tête.
Quand il fut hors de sa vue, le garçon tira sa petite flûte, il souffla dedans et tous les éperviers vinrent autour de lui.
– N’allez pas trop loin de moi maintenant, dit celui-ci.
Un serviteur vint lui apporter son dîner ; quand il l’eut mangé et que le serviteur fut parti, il souffla dans sa flûte et les éperviers vinrent autour de lui.
– N’allez pas trop loin de moi, dit-il.
Quand il fut sur le point de partir, le soir, il souffla de nouveau dans sa flûte et il les rassembla tous, et quand les fermiers et les gens de la maison le virent venir, ils furent les plus étonnés du monde de ce que les douze éperviers étaient avec lui.
– Je vois que tu as fais ton ouvrage cette fois-ci, lui dit le fermier.
– Oh oui, il n’est pas pénible, dit notre homme.
Il prit son souper ce soir-là et il alla se coucher. Le fermier et sa femme s’étonnaient grandement de ce qu’il avait pu ramener les pluviers avec lui à la maison et ils tinrent conseil ensemble tout le long de la nuit pour savoir ce qu’ils feraient pour découvrir quelle sorte de chose il avait pour rassembler les éperviers.
Le lendemain, comme il était à garder les éperviers vers le milieu du jour, ils envoyèrent leur jeune fille lui porter son dîner ; pendant qu’il mangeait, elle fit la conversation avec lui et elle lui demanda comment il pouvait rassembler les éperviers sauvages.
– Avec la petite flûte que voici, dit celui-ci en la tirant, attends un peu que j’aie mangé mon dîner et je te montrerai comme ils arriveront quand j’aurai soufflé dedans.
Quand il eut mangé son dîner, il souffla dans la flûte et les éperviers vinrent autour de lui.
– Je les rassemble deux fois par jour, dit-il, au milieu du jour, de crainte qu’ils n’aillent trop loin de moi, et une seconde fois quand je vais le soir à la maison.
La fille retourna à la maison et leur raconta que le garçon avait une petite flûte, et qu’avec elle il rassemblait les éperviers.
– Il faudra que nous nous la procurions, dirent ceux-ci.
Quand il fut venu à la maison ce soir-là, le maître lui dit qu’il voudrait bien acheter la petite flûte qu’il avait et que sa femme pourrait aller garder les éperviers et qu’il n’aurait rien à faire.
– Oh ! dit celui-ci, je ne veux pas m’en séparer.
La femme dit ensuite qu’elle irait elle-même et qu’elle la lui achèterait ; c’était une fort belle femme; elle alla le trouver, le lendemain, avec son dîner, et lui dit qu’elle avait entendu dire à sa fille qu’il avait une flûte qui rassemblait les éperviers.
– Oui, dit-il.
– Ne me la montrerais-tu pas ? dit-elle.
Il la tira et la lui montra.
– Ne me la vendrais-tu pas ? dit-elle.
– En vérité, elle n’est pas à vendre, dit celui-ci, mais que me donnerais-tu pour elle?
– Je te donnerai cinq livres, dit-elle.
– Je ne te la céderai pas, dit-il.
– Je te donnerai dix livres, dit-elle.
– Je ne te la donnerai pas, dit-il.
– Je te donnerai cinquante livres, dit-elle.
– Je ne te la donnerai pas, dit-il.
Elle alla à la maison, et il rassembla des éperviers et les conduisit à la maison avec lui ce soir-là puis s'endormit dans l'étable au milieu de ses oiseaux.

Quand vous vous réveillerez
hier ira de l'avant
et demain sera aujourd'hui
d'ici-là bonne nuit !

LES RELEVAILLES EN CORNOUAILLEAutrefois, quarante jours après la naissance, la mère se rendait à l’église pour la cérémo...
07/10/2026

LES RELEVAILLES EN CORNOUAILLE

Autrefois, quarante jours après la naissance, la mère se rendait à l’église pour la cérémonie des relevailles. Elle portait à cette occasion un mantelet particulier appelé "mantelet de relevailles" de couleur verte ou noire.
Pendant toute la période précédente, il lui était interdit de cuisiner et de soigner les bêtes, car elle était censée jeter un maléfice sur tout ce qu’elle touchait, à l’exception de son enfant.
Pour la cérémonie de purification, elle ne devait en aucun cas se rendre seule à l’église : autrement toutes les potentialités dangereuses dont elle était porteuse seraient retombées sur elle. La plupart du temps, son mari ou sa belle-mère l'accompagnait autant pour la soutenir que pour vérifier qu'elle faisait bien tout comme il fallait.

LES ENQUÊTES DE L'INSPECTEUR NOZTome 9 : Sous les eaux de Quimper.Chapitre 6La demeure de Le Scouarnec se trouvait à l'é...
07/10/2026

LES ENQUÊTES DE L'INSPECTEUR NOZ
Tome 9 : Sous les eaux de Quimper.

Chapitre 6

La demeure de Le Scouarnec se trouvait à l'écart du canal principal, dans une rue plus tranquille où les façades, bien qu'aussi anciennes que les autres, semblaient avoir été préservées avec un soin particulier, comme si leur propriétaire avait jugé que la dignité d'une maison méritait, même en temps de guerre, qu'on continuât d'en entretenir les volets. Un domestique les introduisit dans un cabinet de travail où les attendait un homme d'une quarantaine d'années, de taille moyenne, dont le premier trait que Noz remarqua ne fut ni le costume, d'une élégance discrète, ni la chevalière en or sertissant un saphir, ni la bibliothèque qui occupait tout un mur, mais le regard, un regard d'un bleu très clair, d'une attention immédiate et totale, qui donnait à quiconque s'y trouvait exposé l'impression fugace d'être, l'espace d'un instant, la seule chose au monde qui comptât.
— Docteur Héol, dit-il en se levant, la main tendue avec une chaleur qui ne semblait pas feinte. On m'avait annoncé votre venue à Quimper, mais je n'espérais pas avoir l'honneur d'une visite si rapide d’un Supra-magister tel que vous. Et vous devez être l'inspecteur Noz. Votre réputation vous précède également.
— Vous avez un avantage sur nous monsieur, répondit Noz. Vous semblez nous connaître.
Le Scouarnec sourit, d'un sourire qui découvrait juste assez de dents pour paraître sincère sans jamais franchir la limite de la familiarité.
— Vous avez raison. Des présentations s’imposent : Nérée Le Scouarnec, humble magister. Quimper reste une petite ville, inspecteur. Les nouvelles vont vite. Asseyez-vous, je vous prie. Puis-je vous offrir quelque chose ?
Ils déclinèrent, et Le Scouarnec, sans paraître le moins du monde froissé de ce refus, reprit sa place derrière un bureau encombré de traités reliés de cuir, de schémas annotés d'une écriture fine et régulière, et d'un instrument que Noz ne reconnut pas, une sorte de sphère de verre montée sur un pied de laiton, à l'intérieur de laquelle flottait une lueur d'un blanc légèrement bleuté.
— Vous êtes venus, je suppose, pour la mort d'Armand Le Bihan, dit-il, sans attendre qu'on l'y invite.
— On vous a donc parlé de l'affaire, dit Héol.
— On m'a demandé, il y a deux jours, si un phénomène magique pouvait expliquer une noyade dans une pièce sèche, dit Le Scouarnec. La question venait des services militaires, sans plus de détails, ce qui en soi en disait long sur leur inquiétude. Je n'ai pas eu de réponse satisfaisante à leur offrir, faute d'éléments. Peut-être en aurez-vous, vous-même, à m'apporter.
Héol échangea un regard bref avec Noz, qui hocha imperceptiblement la tête, un accord tacite, forgé au fil de tant d'enquêtes communes, sur ce qu'il convenait ou non de partager.
— J’ai senti une empreinte numinique, dit Héol. Composite : terreur, froid, suffocation. Et la certitude qu'elle ne pouvait pas provenir du lieu où on l'a trouvée.
Le Scouarnec ne répondit pas tout de suite. Il se leva, contourna son bureau, et vint s'appuyer contre le rebord de la fenêtre, le regard perdu un instant sur les toits de la ville, comme s'il pesait, avant de parler, l'exacte mesure de ce qu'il était prêt à révéler.
— Vous connaissez, sans doute, le principe de base docteur, dit-il enfin. Une rémanence appartient à un lieu. Elle en est indissociable en théorie, à peu près comme une ombre est indissociable de l'objet qui la projette.
— Mais ? dit Héol, qui semblait avoir deviné où son hôte voulait en venir.
L’homme retourna vers son bureau, tira d'un tiroir un mince cahier relié de toile noire, et le feuilleta jusqu'à trouver la page qu'il cherchait.
— Mais, reprit Le Scouarnec avec un sourire qui trahissait, pour la première fois, un plaisir manifeste à partager ce qu'il savait, il existe, dans certains textes anciens, des références, obscures, incomplètes, jamais confirmées par une expérimentation rigoureuse, à des tentatives, il y a plusieurs siècles, de capturer une empreinte de ce genre dans un support préparé à cet effet. Pas n'importe quel support. Une image, spécifiquement. Quelque chose qui possède déjà, par sa nature même, un lien avec ce qu'elle représente : une gravure, un portrait, et aujourd'hui, je suppose, une photographie. Cependant il faut éviter les conclusions trop hâtives, la prudence est la première vertu des vrais savants.
Un silence suivit cette dernière phrase, et Noz sentit.
— Vous voulez dire qu'on pourrait enfermer une rémanence dans une photographie, dit Héol lentement, comme s'il énonçait à voix haute une hypothèse qu'il redoutait de voir confirmée.
— En théorie oui, dit Le Scouarnec, avec une insistance particulière sur ce dernier mot. Je tiens à être clair sur ce point, docteur : il s'agit là d'une spéculation érudite, pas d'un savoir-faire attesté. Aucun praticien vivant, à ma connaissance, n'a jamais réalisé une telle opération, et les textes qui l'évoquent la présentent eux-mêmes comme un exercice de pensée plutôt que comme une méthode éprouvée. Ce serait, si cela devait exister réellement, une magie d'une sophistication rare ... Du moins c’est ce que suggéreraient les textes, si l'on osait leur accorder plus de crédit qu'ils n'en méritent probablement, dit Le Scouarnec. Mais je le répète, docteur, avec toute la prudence qu'exige notre discipline commune : nous parlons ici de spéculation, pas de fait établi. Je ne voudrais pas, inspecteur, que vous bâtissiez votre enquête sur des on-dit.
Il referma le cahier et le reposa avec précaution sur le bureau.
— Puis-je vous demander, dit Héol, ce que vous savez, précisément, de cette conférence militaire dont on nous parle depuis notre arrivée ?
— Ce que tout le monde en sait, docteur : qu'elle réunira, d'ici la fin du mois, des représentants français, britanniques et ysiens pour discuter de la défense des côtes bretonnes, et, à ce qu'on murmure, du statut politique d'Ys elle-même. Mon rôle, dans cette affaire, se limite à garantir que les barrières mentales qui protègent Quimper resteront intactes pendant la durée des débats.
Ils restèrent encore une heure, au cours de laquelle Héol et Le Scouarnec échangèrent, avec une aisance croissante, des références théoriques que Noz suivait de plus en plus difficilement : des noms d'auteurs anciens, des débats sur la nature exacte de la volonté qui anime une rémanence, une discussion sur ses limites. Le Supra-magister affichait un vrai respect pour son interlocuteur.
Le Scouarnec, de son côté, semblait prendre un plaisir manifeste à cet échange, citant, corrigeant, nuançant, avec la fluidité d'un homme pour qui la réflexion consacrée à un problème constituait elle-même une forme de plaisir.
Noz, lui, observait davantage qu'il n'écoutait. Il nota la manière dont Le Scouarnec choisissait toujours, par prudence dans ses explications, de s'arrêter juste avant le point où une affirmation serait devenue vérifiable.
Lorsqu'ils prirent congé, Le Scouarnec les raccompagna lui-même jusqu'à la porte, avec une cordialité qui n'avait pas faibli d'un pouce depuis leur arrivée.
— Je suis vraiment ravi et honoré d’avoir fait votre connaissance, docteur, dit-il en serrant la main de Héol avec une chaleur particulière. Il est rare, dans mon métier, de croiser un esprit avec lequel on puisse discuter sans avoir à tout expliquer deux fois. Vous êtes à la hauteur de votre réputation.
— Le plaisir est partagé, dit Héol, et Noz entendit, dans cette réponse, une sincérité qui ne laissait planer aucun doute sur l'estime nouvelle que son ami venait de développer.
— Inspecteur, dit Le Scouarnec en se tournant vers Noz, avec ce même regard bleu, immédiat et total, qui semblait tout absorber sans jamais rien laisser paraître en retour. J'espère que vous trouverez ce que vous cherchez.
Ils redescendirent en silence vers le canal, et ce ne fut qu'une fois hors de vue de la maison que Noz reprit la parole.
— Qu'en pensez-vous, vraiment ? demanda-t-il.
— Un esprit remarquable, dit Héol, sans hésitation. Rigoureux, prudent, honnête dans les limites de sa discipline. Nous avons de la chance de l'avoir à Quimper, très cher.
— Peut-être, dit Noz, le regard tourné vers les toits qu'ils venaient de quitter. Mais un homme aussi rigoureux que vous le dites ne cite jamais une source sans en préciser l'auteur, docteur. Or il ne nous a donné, sur ce cahier noir, ni titre, ni nom, ni date.
Héol s'arrêta, se retourna à demi, et pour la première fois depuis leur entretien, quelque chose dans son expression suggéra qu'il n'avait, en effet, pas remarqué ce détail.
— C'est peut-être simplement de la prudence rhétorique, dit-il, sans grande conviction.
— Peut-être, dit Noz. Ou peut-être qu'un homme d'une telle intelligence sait exactement ce qu'il choisit de nous dire, et ce qu'il choisit de garder pour lui.
— Ou peut-être, cher ami, que vous êtes trop méfiant.
Noz soupira.
— Vous avez raison. Déformation professionnelle sans doute. Je m’en remets à votre jugement.
Au loin, sur le canal, une navette militaire remontait vers le port, chargée de caisses.

LE COQ DE KERANGOSQUERSous le menhir de Kerangosquer dans la région de Pont-Aven se trouve un trésor. C'est du moins ce ...
07/10/2026

LE COQ DE KERANGOSQUER

Sous le menhir de Kerangosquer dans la région de Pont-Aven se trouve un trésor. C'est du moins ce que chante un coq à minuit à Noël et à Pâques. Ce trésor n'est accessible que pendant les douze coups de l'horloge. C'est le temps que met le menhir pour sortir de son emplacement et aller se rafraîchir à la rivière toute proche.

PRONOSTIC DE MORT PROCHAINE...OU PAS.Lorsque le feu de St Elme éclaire la tête d’un matelot qui travaille dans la mâture...
07/10/2026

PRONOSTIC DE MORT PROCHAINE...OU PAS.

Lorsque le feu de St Elme éclaire la tête d’un matelot qui travaille dans la mâture, c’est le pronostic de sa mort prochaine. Il se disait que c’était l’âme d’un de leurs camarades, récemment décédé, qui appelait le matelot.
Ailleurs il n’y a pas lieu de s’effrayer car c’est bien l’âme d’un camarade, mais elle vient aider le matelot qui fait la manœuvre, qui sans cela n’aurait pu l’exécuter aussi promptement.

Paul Sébillot, légendes de la mer, tome 2.

HISTOIRE POUR S'ENDORMIRUn jeune homme avait une flûte magique qui lui permettait de se faire obéir par 12 éperviers. L'...
06/10/2026

HISTOIRE POUR S'ENDORMIR

Un jeune homme avait une flûte magique qui lui permettait de se faire obéir par 12 éperviers. L'instrument lui avait offert la possibilité de se faire embaucher dans une ferme où ses capacités suscitaient l'admiration de tout le monde. Le femme du fermier, surtout, voyait quels avantages elles pourrait obtenir si la flûte lui appartenait.
Un jour, elle vint le trouver avec le dîner et lui promit cent livres pour la flûte.
– Ma flûte n’est pas à vendre du tout, dit-il.
L’homme se mit en colère quand la femme revint à la maison sans la flûte.
Le lendemain elle alla de nouveau le trouver avec le dîner.
– Je vais te dire, dit-elle, le marché que je vais faire avec toi; je vais te donner deux cents livres pour ta flûte et quelque chose par-dessus le marché.
– Et qu’est-ce qu’il y aura par-dessus le marché ? dit-il.
– La permission d'épouser ma fille qui est la plus belle de toute la région, dit-elle.
– Il faut me donner d’abord ce qui est par-dessus le marché, dit-il.
La mère alla chercher sa fille et l'informa qu'elle envisageait de la proposer en mariage au jeune homme. La fille, secrètement amoureuse de lui donna son accord et les noces furent célébrées.
– Maintenant, dit la mère, une fois que ce fut fait, donne-moi la flûte.
– En vérité, je ne te la donnerai pas, dit-il, il n’y a pas de danger que je te la donne, je t’ai déjà dit qu’elle n’était pas à vendre.
La mère dut s’en aller ainsi à la maison sans la moindre flûte ; elle se mit fort en colère et dit a son mari:
– Le misérable qui est venu ici, dit-elle, je ne peux plus rester avec lui ; chasse-le d’ici tout à fait, lui et sa flûte, et je ne l’aurai plus sous les yeux.
Quand le garçon revint à la maison ce soir-là, avec sa nouvelle épouse et ses éperviers, le maître lui dit qu’il n’avait plus besoin de journalier.
– Prends avec toi ma fille, ta femme, et allez-vous en, dit-il.
– J’ai fait l’ouvrage que tu m’as donné à faire et je l’ai bien fait, dit le garçon, et tu m’as promis un bon salaire de mon ouvrage ; il faudra que tu me donnes plein deux sacs d’or et que tu les mettes sur la vieille jument que voici.
Il le lui refusa.
Alors le jeune homme souffla dans sa flûte et les douze éperviers vinrent attaquer le fermier. Ils lui griffèrent le visage avec leurs serres et si l'homme ne s'était pas protégé, il aurait perdu ses yeux.
– Assez ! cria la femme. Rappelles tes oiseaux et emporte-les. Nous te paierons ce que tu demandes.
Le garçon partit alors, il alla chez lui retrouver sa mère, lui présenta sa nouvelle épouse et il fut riche à partir de ce jour, s'endormant chaque jour sur un oreiller de vraies plumes.

Quand vous vous réveillerez
hier ira de l'avant
et demain sera aujourd'hui
d'ici-là bonne nuit !

LE CAVALIER A L'ANGUIPEDEDans le parc du château de Keraval sur la commune de Plomelin se trouve une sculpture gallo-rom...
06/10/2026

LE CAVALIER A L'ANGUIPEDE

Dans le parc du château de Keraval sur la commune de Plomelin se trouve une sculpture gallo-romaine de cavalier à l'anguipède. Le cavalier à l’anguipède représente un groupe sculptural de l’époque gallo-romaine, typique du panthéon gaulois, figurant un étrange guerrier divin, dressé sur son cheval cabré qui foule sous ses sabots un géant difforme dont les jambes, atrophiées, se finissent en queue de poisson ou de serpent. Peut-être une illustration de la lutte dioscurale entre Lughus représenté par le cavalier et Cernunnos, le géant aux jambes de serpent ou en queue de poisson.

LES ENQUÊTES DE L'INSPECTEUR NOZTome 9 : Sous les eaux de Quimper.Chapitre 5Ils passèrent la nuit suivante dans une cham...
06/10/2026

LES ENQUÊTES DE L'INSPECTEUR NOZ
Tome 9 : Sous les eaux de Quimper.

Chapitre 5

Ils passèrent la nuit suivante dans une chambre louée au-dessus de l'auberge, une pièce étroite dont la fenêtre donnait directement sur le canal et où, jusque t**d, Noz entendit le clapotis régulier de barques qui rentraient au port. Héol n'avait presque pas dormi. Quand Noz descendit, au petit matin, il le trouva déjà attablé devant un chocolat chaud qu'il n'avait pas touché, la photographie de la Providence posée devant lui, comme s'il espérait qu'à force de la regarder, elle finirait par lui livrer ce que Le Kermadec voulait les empêcher de découvrir.
— Vous n'avez pas dormi, dit Noz en s'asseyant face à lui.
— Peu. J'ai réfléchi très cher, répondit Héol. Le Kermadec ne nous a pas seulement privés de nos preuves. Il nous a montré, sans le vouloir, où chercher. On ne mobilise pas le contre-espionnage pour un simple fonctionnaire retraité, à moins que ce fonctionnaire n'ait eu accès à quelque chose que l'armée préfère garder pour elle. Or ce quelque chose, nous le connaissons déjà : les galeries noyées.
— Ce qui signifie qu'il nous faut parler à ceux qui les connaissent aussi bien que lui, dit Noz. Ceux qui y descendent.
Héol releva les yeux.
— Les ratisseurs, bien sûr, dit-il.
Le quartier de ces derniers, si l'on pouvait employer ce mot pour un ensemble de pontons et de baraquements de bois construits à même l'eau, à l'écart des canaux les plus fréquentés, s'annonçait de loin par une odeur particulière : un mélange de goudron, de cuivre chauffé et de cette moisissure verdâtre propre aux choses qui passent leur existence entre deux éléments. Des scaphandres suspendus à des potences séchaient au vent, leurs casques ronds alignés comme une rangée de têtes vides regardant fixement le canal. Des chaudières portatives, disposées sur des barques amarrées bout à bout, sifflaient doucement, entretenues par des hommes en bras de chemise qui ne prêtèrent qu'une attention distraite à l'arrivée de Noz et Héol.
Un homme plus âgé, le visage buriné par des décennies d'exposition au sel et à la pression, les accueillit avec une méfiance placide.
— Vous cherchez quelqu'un, ou vous cherchez du travail ? demanda-t-il, sans même se lever du tabouret sur lequel il ajustait le raccord d'un tuyau.
— Police. Nous cherchons un homme qui aurait travaillé avec Armand Le Bihan, dit Noz.
Le nom produisit sur le visage de l'homme un changement à peine perceptible, mais que Noz, habitué à guetter ce genre de détails, ne manqua pas.
— Le Bihan, répéta le vieil homme lentement. On m'a dit qu'il était mort.
— C'est exact.
— Alors vous êtes venus pour Maël, dit l'homme, non pas comme une question, mais comme une conclusion.
Il indiqua une direction d’un coup de menton.
Maël Kergoat se trouvait au bout du dernier ponton, occupé à démonter méthodiquement un scaphandre dont le hublot, fissuré, ne servirait plus. C'était un homme jeune, pas plus de trente ans, estima Noz, mais dont le corps portait déjà les marques de son métier : des cicatrices fines aux poignets, là où le tissu caoutchouté du scaphandre frottait contre la peau à chaque plongée, et ce teint particulier des hommes qui passent plus de temps sous l'eau qu'à la lumière du jour.
Il ne leva pas les yeux tout de suite lorsqu'ils s'approchèrent, continuant de démonter la valve du casque avec une attention qui semblait moins tenir de la concentration que d'une manière, pour lui, de ne pas avoir à regarder ses interlocuteurs.
— J’ai entendu que vous posiez des questions sur Le Bihan, dit-il sans préambule.
— Vous le connaissiez, dit Noz. Ce n'était pas une question.
— Je l'ai aidé, une fois, il y a trois semaines. Peut-être quatre. Il voulait inspecter une ancienne galerie, du côté du vieux quartier des tanneurs. Une conduite qui reliait, avant la submersion, deux caves qui servaient d'entrepôt municipal.
— Pour quelle raison ?
Kergoat haussa les épaules.
— Il ne me l'a pas dit. Les gens comme lui ne disent jamais pourquoi. Ils payent, on descend, on remonte ce qu'ils veulent voir remonté, ou on leur dit simplement ce qu'on a vu. Lui, il est descendu avec moi. Il voulait juste regarder. Il n'a rien pris.
— Qu'a-t-il regardé ? demanda Héol, qui s'était approché du bord du ponton, observant l'eau sombre avec cette curiosité méthodique qu'il réservait d'ordinaire à des phénomènes plus explicitement magiques.
Pour la première fois, Kergoat interrompit son travail et releva ses yeux d'un gris très pâle, presque délavé, comme si l'eau elle-même en avait fini par éroder la couleur.
— Des murs, dit-il. Des caves vides. Rien qui vaille qu'on en parle. Mais il est resté longtemps devant une porte condamnée. Je ne lui ai pas demandé pourquoi. Cela ne me concernait pas.
— Et cette porte menait où ? insista Noz.
— Je ne sais pas, dit Kergoat, et quelque chose dans le ton de sa voix suggéra à Noz qu'il n'obtiendrait rien de plus sur ce point précis, du moins pas ce jour-là. Elle était condamnée. On ne force pas une porte condamnée sans savoir ce qui a motivé qu'on la condamne, surtout sous l’eau.
Il reprit son travail sur le scaphandre, signifiant par là que l'entretien était terminé. Noz nota néanmoins, avant de le remercier et de s'éloigner avec Héol, qu'il n'avait à aucun moment demandé comment Le Bihan était mort. Peut-être était-ce une information qu'il possédait déjà.
Ce fut en s'éloignant du dernier ponton, alors qu’Héol s'était arrêté pour observer un groupe de plongeurs qui remontaient d'une exploration, qu'ils tombèrent, presque par hasard, sur ce que le vieil homme du début leur désigna plus t**d, avec un mélange de gêne et de fatalisme, comme « le marché du dimanche » bien que l'on ne fût pas dimanche, et que ce marché-là, de toute évidence, ne connaissait pas de jour fixe.
Dans un renfoncement entre deux baraquements, à l'abri des regards trop directs, une demi-douzaine d'hommes et de femmes avaient disposé sur des toiles cirées un assortiment d'objets qui racontait, mieux que n'importe quel rapport officiel, ce que vingt années d'exploration de la vieille ville avaient permis de remonter à la surface. Des bijoux ternis par le séjour dans l'eau, certains encore ornés de pierres qu'un œil moins averti aurait pris pour du verre. Des liasses de documents administratifs, gondolés mais lisibles, dont Noz devina, à la manière dont leur propriétaire les gardait à demi cachés sous un pan de toile, qu'ils intéressaient davantage les collectionneurs curieux que les archivistes officiels. Des pièces de matériel militaire, aussi : un casque cabossé, une boucle de ceinturon rouillée, ce qui ressemblait à un fragment de circuit de cuivre encore relié à un noyau de verre légèrement luminescent, que Héol observa avec une attention particulière avant de le reposer sans commentaire.
— Ce ne sont pas des voleurs, murmura le vieil homme qui les avait suivis à distance, comme s'il tenait à préciser ce point avant que Noz ne songe à intervenir en tant qu'inspecteur. Ce qu'on remonte, personne ne le réclame plus. Les familles sont mortes, ou parties, ou n'ont plus les moyens de payer ce que coûterait une expédition officielle. Alors on vend ce qu'on trouve, à qui veut bien l'acheter. Ça paye le charbon des chaudières.
— Et les objets magiques ? demanda Héol, désignant du regard le fragment de circuit encore luminescent.
— Ceux-là, on les vend plus cher, et à moins de monde, dit le vieil homme d'un ton qui n'invitait pas à s'att**der sur la question. On ne pose pas trop de questions, dans ce métier. On ne descend pas non plus n'importe où.
— Que voulez-vous dire ? demanda Noz.
Le vieil homme hésita, jeta un regard vers le marché comme pour s'assurer que personne d'autre ne l'écoutait, puis reprit, d'une voix plus basse.
— Il y a des maisons, en bas, qu'on évite. Pas parce qu'elles sont dangereuses, pas au sens où vous l'entendez, vous, avec vos histoires de galeries qui s'effondrent. Elles se souviennent encore de leurs morts, ces maisons-là. On y descend, on sent quelque chose qui n'a rien à faire dans une cave vide : une présence, une tristesse, parfois pire. Les jeunes n'y croient pas toujours. Les vieux, si. On leur a appris à repérer les signes avant de plonger.
— Quels signes ? demanda Héol, dont l'intérêt, à présent, ne cherchait même plus à se dissimuler derrière la politesse.
— Vous devriez plutôt voir ça avec Nérée Le Scouarnec. C’est lui l’expert local pour toutes les bizarreries de la partie engloutie de la ville.
— C’est à vous qu’on le demande, insista Noz agacé.
— D’accord, ça va. Pas la peine de s’énerver. Et bien je dirais que lorsqu’il y a un froid qui n'est pas le froid de l'eau. Une manière que l'eau a, parfois, de ne pas bouger tout à fait comme elle devrait. On appelle ça les maisons qui pleurent, entre nous. Ce n'est pas un nom savant, mais c'est le nôtre.
Héol échangea avec Noz un regard bref. L’ancienne Quimper, sous ses eaux, n'avait pas seulement conservé ses murs et ses rues. Elle avait conservé, quelque part entre les caves englouties et les portes condamnées, une mémoire traumatique, une douleur, qui refusait obstinément de se taire.
— Ces maisons, dit l’inspecteur lentement, en portant son regard vers le canal, vers cette surface faussement calme sous laquelle s'étendait toute une ville de souvenirs enfouis. Pourriez-vous nous dire où elles se trouvent ?
Le vieil homme le regarda longuement, avec cette expression particulière des gens habitués à peser, avant de répondre, la valeur exacte de leur propos.
— Je pourrais, dit-il enfin. Mais je vous conseillerais, inspecteur, de demander plutôt à Maël. C'est lui qui connaît le mieux ce quartier-là, du côté de la Providence si vous voulez y plonger.
Le nom, prononcé sans emphase particulière, comme une simple indication géographique parmi d'autres, tomba pourtant entre eux avec un poids que le vieil homme, visiblement, ne soupçonnait pas.
Noz se retourna vers le dernier ponton, où Maël Kergoat, penché sur son scaphandre fissuré, n'avait pas levé la tête une seule fois depuis qu’Héol et lui s’étaient éloignés.
Le supra-magister avait compris ce qu’il avait en tête.
— Peut-être vaudrait-il mieux savoir d’abord à quoi nous risquons d’avoir à faire, très cher, suggéra-t-il.
Noz soupira avec résignation.
— Laissez-moi deviner. Vous voulez d’abord aller voir ce Nérée « je-ne-sais-plus-quoi »
— Le Scouarnec, Nérée Le Scouarnec, oui tout à fait. Nous discutons depuis deux jours d'une rémanence transportée sans savoir si une telle chose est seulement concevable en théorie. Il est temps de demander à quelqu'un qui semble compétent, ce que la théorie magistrale autorise, et ce qu'elle interdit. Ce serait plus prudent.
— Que pouvez-vous nous dire sur ce Le Scouarnec, demanda Noz au vieil homme.
— Il conseille l'armée sur les phénomènes magiques depuis le début de la guerre, et je crois savoir qu'il participe activement à ce qui protège cette ville des attaques les plus insidieuses, toutes ces saloperies magiques qui rendent fou.
— Des attaques mentales, précisa Héol.
— L'Allemagne n'a pas seulement des automates et des dirigeables, inspecteur. Elle a aussi des sorciers, et certains d'entre eux ont appris à frapper directement les esprits. Sans quelqu'un comme Le Scouarnec pour maintenir des barrières adéquates autour de Quimper, Dieu seul sait ce qui pourrait nous arriver. Pu**in de magie.
Le vieil homme cracha dans le canal pour marquer son dégoût.
Héol et Noz n’insistèrent pas.

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6, Lieu-dit Les 3 Canards
Plomodiern
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