15/10/2026
La loi dite intégrale a été adoptée en première lecture à l'assemblée nationale. Je veux d’abord saluer cette avancée. Pour les femmes victimes de violences, ce texte ouvre des perspectives indispensables : une justice mieux organisée, des parcours de victimes mieux accompagnés, une reconnaissance plus forte des violences. Ces avancées sont nécessaires. Elles sont le fruit de combats, de colères et de paroles que l’on n’a plus réussi à faire taire.
Mais je suis aussi un homme qui connaît le prix du silence. Un enfant qui a appris trop tôt que les adultes pouvaient ne pas voir. Un président d’association qui, chaque semaine, reçoit les mots de ceux qui n’arrivent pas à dire.
Alors je regarde ce texte avec espoir. Et avec lucidité.
Oui, l’entretien individuel obligatoire des élèves pour repérer les violences est une avancée majeure. Oui, désigner un adulte référent dans chaque établissement, mieux protéger les enfants victimes d’exploitation se****le, renforcer leur accompagnement et leur accès aux soins, ce sont des pas dans la bonne direction.
Mais ne confondons jamais une porte ouverte avec un enfant mis en sécurité. Faire parler un enfant sans avoir les moyens de le protéger, c’est risquer de lui faire vivre une seconde trahison. Qui écoutera sa parole ? Qui saura reconnaître un appel au secours derrière quelques mots maladroits ? Qui agira ? Avec quels moyens, quels professionnels, quelle continuité dans la protection ?
Un référent sur le papier ne suffit pas. Un entretien obligatoire ne suffit pas. Une loi, même ambitieuse, ne suffit pas si les moyens humains ne suivent pas et si la parole recueillie ne déclenche pas une réponse adaptée.
Je le dis sans nier les avancées : la protection de l’enfance doit être plus qu’un chapitre d’une loi fusse-t-elle intégrale ! Elle doit devenir une priorité qui ne recule jamais devant les contraintes budgétaires, les habitudes administratives ou le confort des institutions.
Je salue ce qui avance. Je refuse de taire ce qui manque. Les enfants ne demandent pas une loi parfaite. Ils ont besoin d’adultes qui ne les abandonnent plus. Ils ont besoin d'être notre priorité.