06/05/2026
UN CHIEN DE CHASSE COMME CHIEN DE COMPAGNIE : EST-CE RAISONNABLE ?
Préambule :
Dans ce post on parle de tendance innée, liée à la race.
Cela implique deux choses :
1. Évidemment la tendance innée va s'exprimer plus ou moins selon l'expérience vécue du chien, dont selon son éducation !
2. Évidement on parle ici de tendance, donc de moyenne, ou encore de probabilité. Quand on parle d'une race on parle de l'individu « moyen », bien représentatif de la race.
Dans chaque race il y a plein d'individus qui sont dans les extrêmes et qui ne correspondent donc pas aux descriptions que l'on va faire ici. (Exemple : certains beagles ne pistent pas, certains setter ont une quête très courte etc. ).
* * *
Il y a 3 choses qui font peur avec les « chiens de chasse ».
1. PREMIERE CRAINTE : Qu'ils ne s'entendent pas avec les autres animaux domestiques.
On parlera de ce point en détails dans un autre post.
On peut déjà dire que la plupart des races de chiens de chasse cohabitent avec moins de difficulté avec les autres animaux que ne le font d'autres types raciales notamment ...les bergers de conduite !
(Les « bergers de conduite » ne sont pas « faits » pour être « calmes et pacifiques » avec les autres animaux domestiques, mais au contraire pour être harceleurs et contrôlants.)
2. DEUXIEME CRAINTE : Un risque de « perte de contrôle » pendant la balade
On craint que notre chien de chasse :
-« Ne pense qu'à chasser».
-« N'ait pas de rappel ».
-«Se sauve, disparaisse pendant la balade ».
Bref on peut ranger ses peurs sous la catégorie : « Risque de perte de contrôle pendant la balade ».
On craint que notre chien ne s'éloigne trop de nous et qu'il lui arrive quelque chose : qu'il se perde, qu'il se fasse écraser par une voiture, ou bien qu'on doive l'attendre longtemps avant qu'il ne revienne.
3. TROISIEME CRAINTE : Qu'il n'ait pas de « focus sur l'humain », dans le sens de « will to please »
Autrement dit on craint qu'avec un chien de chasse :
-il y ait peu de connexion avec l'humain, qu'il ne soit pas « proche de l'humain », notamment pas autant qu'un berger
-qu'il n'aime pas travailler, apprendre des choses, notamment pas autant qu'un berger
-qu'on ne puisse pas faire de sports canins, ou du moins qu'il soit moins bon qu'un berger
Dans ce post on va répondre au point numéro 2 :
« SI JE CHOISI UN CHIEN DE CHASSE COMME CHIEN COMPAGNON : EST-CE QUE JE VAIS SANS ARRÊT PERDRE LE CONTROLE PENDANT LES BALADES ? »
SPOILER : A la réponse vais-je perdre le contrôle de mon chien pendant la balade parce que c'est un chien de chasse, on ne peut pas répondre !!!
La question doit être reformulée ?
Est-ce que je vais « perdre le contrôle » avec un springer ?
Est-ce que je vais « perdre le contrôle » avec un beagle ?
Est-ce que je vais « perdre le contrôle » avec un jack ?
Ect.
Vous avez compris l'idée :
!!! La catégorie « CHIEN DE CHASSE » n'a aucun sens lorsqu'on cherche à comprendre le lien entre races et comportements !!!!
Il n'y a pas plus de rapport entre un jack russel et un labrador (deux races de « chien de chasse »), qu'entre un labrador et un border collie (« chien de chasse » et « berger de conduite ») !
Par contre ce qui a du sens c'est de penser en termes de « catégorie de chien de chasse ».
En effet les races de chiens de chasse sont regroupées en catégories, selon le type de taches qu'on leur demande à la chasse :
Si on se concentre sur les races présentes en France et couramment utilisées encore à la chasse voici les principales catégories :
-TERRIER (de chasse, ici on ne parle pas des staff!)
-CHIEN COURANT
-RAPPORTEUR (dit aussi « retriever »)
-CHIEN D'ARRET - sont aussi rapporteurs
-LEVEUR (dit aussi « spaniel », mais à ne pas confondre avec les épagneuls) – sont aussi rapporteurs
Maintenant pour répondre à la question nous pouvons prendre deux mesures pour évaluer le risque de « perte de contrôle » en balade selon le type de chien de chasse.
(Ici encore une fois on parle d'impact de la génétique sur le comportement du chien. Mais bien sur la génétique ne fait pas tout et le vécu du chien – dont l'éducation - est très important aussi).
LES DEUX CRITERES à prendre en compte sont :
1.Le niveau d'autonomie versus niveau de collaboration pendant l'action de chasse
2. La superficie couverte par la « quête » pendant l'action de chasse
PREMIER CRITERE : LE NIVEAU DE COLLABORATION DU CHIEN AVEC LE CHASSEUR AU COURS DE L'ACTION DE CHASSE
Certains chiens de chasse ont été sélectionnés pour suivre les nombreuses consignes du chasseur.
A l'inverse d'autres ont été sélectionnés pour être très autonomes et prendre en permanence « leurs propres décisions ».
Évidement ce type de sélection a un fort impact sur le focus du chien, sa capacité à « écouter ». Sa capacité à renoncer à ses propres envies pour satisfaire les demandes de l'humain.
Ce qu'on appelle aussi le « will to please » (envie de faire plaisir).
Voici le classement des groupes de races de chien de chasse selon cette question de « l' AUTONOMIE versus COLLABORATION » :
Des plus collaboratifs, au moins collaboratifs :
1-Les RAPPORTEURS (labrador, golden) : Les retriever sont spécialisés dans le rapport d'oiseaux d'eau.
Le rapport consiste à aller chercher un oiseau tué ou blessé par le chasseur et à le ramener au chasseur.
Au cours de la chasse un retriever doit :
-Beaucoup patienter au pied du chasseur = collaboration
-Partir chercher l'oiseau blessé ou tué = parfois avec autonomie, parfois en suivant les directives précises du chasseur donc avec une grande collaboration
-Rapporter l'oiseau et le donner au chasseur = collaboration
2-les CHIENS D'ARRETS (épagneul, pointer, setter, braque) :
Ils quêtent pour chercher l'oiseau au sol = action autonome
Ils marquent l'arrêt devant l'oiseau et ne démarrent pas avant l'ordre du chasseur = collaboration
Éventuellement ils rapportent l'oiseau tué ou blessé = collaboration
3-les LEVEURS (cocker, springer)
Races spécialisées dans le fait de chercher et débusquer des oiseaux (au sol ou dans l'eau) ou des lapins, notamment dans des terrains difficiles (zones humides, ronciers).
Ils cherchent et débusquent = action autonome
Ils rapportent l'animal tué ou blessé par le chasseur = collaboration
4 et 5 -les TERRIERS (fox, jagd, jack) et les CHIENS COURANTS (beagle, anglo-français)
Les terriers rentrent dans les terriers et acculent des renards ou blaireaux = action autonome
Les chiens courants trouvent une piste et suivent et poursuivent l'animal = action autonome
(Attention : certains groupes et races sont polyvalents.
Les leveurs, les teckels, les terriers et les chiens d'arrêt sont plus polyvalents que les retrievers et les chiens courants qui sont davantage spécialisés.
Les teckels semblent avoir la palme de la polyvalence : ils sont à la fois des « terriers », des « chiens courants » et peuvent même être des rapporteurs de gibier d'eau !)
Les 3 premiers groupes (retriever, chien d'arrêt et leveur) peuvent être qualifiés de « chien de chasse coopératif ».
Ils sont stimulés par le gibier et mènent des actions de chasse (prédation) mais tout en restant à l'écoute du chasseur.
C'est pourquoi ce sont des races qui nous intéressent beaucoup dans notre travail de sélection (pas pour l’aspect prédation, mais pour l'aspect « collaboration » avec l'humain ).
Maintenant analysons le second critère qui nous permet d'évaluer si avec telle race de chien de chasse il y a un risque plus ou moins élevé de « perte de contrôle pendant la balade ».
SECOND CRITERE : LA SUPERFICIE COUVERTE PAR LE CHIEN LORS DE LA CHASSE
La quête c'est la recherche du gibier par le chien.
La quête peut-être courte, moyenne ou étendue.
Concrètement cela veut dire que certaines races ont été sélectionnées pour peu s'éloigner du chasseur , tandis que que d'autres ont été sélectionnés pour quêter et/ou suivre le gibier sur de très longues distances.
Voici notre classement des groupes de chien de chasse de la plus petite quête à la plus grande :
-Les LEVEURS (springer, cocker) :
Ils chassent « sous le fusil ».
Ils quêtent de manière très active, mais tout en restant très proche du chasseur (environ moins de 50 mètres).
-Les RETRIEVERS
Ils chassent très près du chasseur aussi. Mais, parfois, ils doivent pouvoir s'éloigner à quelques centaines de mètres sur direction du chasseur, pour aller chercher un oiseau tiré.
-Les CHIENS D'ARRETS
Ont une quête bien plus longue que les leveurs de gibier, avec des différences selon les races.
Les chiens d'arrêt dits « continentaux » (races françaises et allemandes notamment) ont une quête moyenne.
Les chiens d’arrêt dits « britanniques » (pointer et setter) ont une quête longue. Ainsi il est tout à fait normal pour un setter de s'éloigner à 300 mètres du chasseur !
-Les CHIENS COURANTS
Ils s'éloignent énormément du chasseur. Ils peuvent facilement se retrouver à des kilomètres du chasseur !
Ce sont les spécialistes du pistage : il trouve une piste et il la suive jusqu'à épuisement ou jusqu’à ce que l'animal soit tué.
CONCLUSION :
Les RETREIVER :
-forte collaboration et faible autonomie
-ils restent beaucoup « au pied » pendant la chasse (en statique ou en mouvement) et n'agissent que sur commandes du chasseur et en suivant avec précision ses directives.
Ce sont des chiens de chasse un peu plus calmes que les autres, certes tout de même très intéressés par les odeurs de gibier, mais très à l'écoute de l'humain.
Ils peuvent donc être facilement de très bons compagnons de balade, tant que leurs besoins sont comblés et qu'ils ont été bien éduqués.
Les LEVEURS :
-Ils ont une quête très active mais « sous le fusil », c'est à dire très proche du chasseur.
Ce sont donc des chiens très actifs, remuants, intéressés par les odeurs de gibier, mais aussi à l'écoute de l'humain, très focus, censés ne pas s'éloigner de l'humain même quand il y a des odeurs de gibier !
Ils peuvent être de très bons compagnons de balade si leurs besoins sont comblés et qu'ils ont été bien éduqués.
-Les CHIENS D'ARRETS
Chiens très actifs, qui quêtent plus loin du chasseur que les leveurs, mais ont une excellente écoute, indispensable pour être dressés au rapport ainsi qu'à tenir l'arrêt et à ne déclencher que sur ordre du chasseur.
Ce sont des chiens vifs, très intéressés par les odeurs de gibier (oiseaux principalement), très à l'écoute de l'humain mais aussi tentés parfois de s'éloigner un peu trop, par rapport à ce qu'on trouve acceptable pour un chien de compagnie.
Donc ils peuvent être des bons compagnons de balade...ou pas....
Tout dépend de votre environnement, du chien (sa race, sa lignée, son individualité) de l'éducation, de vos attentes, de la qualité de vie de votre chien (ses besoins sont-ils parfaitement comblés ou non) etc.
Exemple :
Si vous promenez en plaine, que vous avez un setter lignée travail hypertypé et que vous espérez qu'il soit toujours au pied vous serez déçu:(
A l'inverse si vous avez un chien moins intense, que vous le sortez beaucoup et que vous ne paniquez pas dès qu'il quête un peu, vous serez très satisfaits:)
Les chiens d'arrêts sont la plupart du temps des chiens très doux et câlins, sages en maison, tout en étant vifs et joueurs en extérieur, et très proches de l'humain. Donc ils peuvent être de supers compagnons !
-les TERRIERS
Les terriers ne sont pas censés suivre un gibier sur des kilomètres.
Ils vont quêter de manière frénétique mais dans un espace assez réduit.
Généralement ils n'oublient pas l'humain et n'ont absolument pas le niveau d'autonomie des chiens courants.
Mais ils sont très déterminés et ont du mal à renoncer quand ils sont en action de chasse.
Du coup c'est assez facile de « perdre » son terrier en balade !
Il a tendance à se faufiler dans des endroits totalement inaccessibles pour un humain (terrier, broussailles) et il n'en sortira qu'une fois épuisé ou une fois l'animal chassé attrapé.
Les terriers peuvent être des bons compagnons de balade pour une personne qui a un minimum le sens de l'aventure, voir de l'humour:)
(Mais en tant que chien de compagnie ils posent pas mal de difficulté, notamment en termes de réactivité).
-les CHIENS COURANTS (beagle, griffon vendéen, anglo-français etc.)
Ils sont faits pour suivre le gibier en toute autonomie, sur des kilomètres, peu importe les obstacles et difficultés qui se dressent devant eux : alors suivre l'humain « comme un toutou » et faire la balade en restant sagement dans les allées ce n'est vraiment pas leur truc !
Avec ce type de chiens le risque de « perte de contrôle » pendant la balade est extrêmement élevé !
Un petit conseil au passage : Si votre rêve c'est d'avoir un chien avec lequel vous ne ferez que du libre n'adopter pas un beagle ! (D'autant que cette race pose plein d'autres difficultés).
Par contre si les grandes sorties en longe ne vous effraient pas sachez que les refuges et associations sont pleines de chiens courants qui attendent de trouver leur foyer.
CONCLUSION :
Non ! Un chien d'une race de chasse ne va pas forcément être « hors de contrôle » en balade.
D'abord arrêtons de dire « chien de chasse », cela ne veut rien dire ! Il faut distinguer les races de chasse selon leur catégories.
Ensuite ayons en tête que les « chiens de chasse » ne sont pas des chiens plus « chasseurs » que les autres (les bergers adorent chasser aussi!) , mais avant tout des chiens qui ont été sélectionnés pour chasser avec le chasseur !
Chaque race a été spécialisée pour agir de telle ou telle manière au cours d'une action de chasse.
Pour savoir si un chien d'une race de chasse aura tendance à être « hors de contrôle » en balade, il faut regarder précisément comment cette race se comporte à la chasse.
Et si on regarde précisément on découvre que la plupart des races de chiens de chasse sont sélectionnés pour collaborer avec l'humain, malgré l’excitation provoquée par la « situation de prédation ».
Alors bien sûr les chiens de chasse sont des chiens très actifs et très intéressés par le gibier. Mais le risque de « perte de contrôle » lors d'une balade avec un chien d'arrêt, un retriever, ou un leveur, est à peine plus élevé qu'avec un berger de conduite. Par contre ils ont le grand avantage d'avoir des tempéraments beaucoup plus doux que les bergers. Les chiens de chasse coopératifs sont donc souvent plus sociables – dans le sens de moins réactifs - que les bergers de conduite.
* * *
Pour anticiper les commentaires concernant la prédation chez les bergers de conduite :
Oui les bergers de conduite adorent aussi chasser et peuvent aussi poser des difficultés en balade à cause de la prédation !
Il y a une idée dominante concernant les bergers de conduite et la prédation : du fait de leur sélection ils ne seraient plus capables d'exprimer une séquence entière de prédation.
C'est une belle théorie mais elle ne résiste pas à l'épreuve des faits !
Après avoir vécu 15 ans à la campagne, et enregistrer avec intérêt tous les cas reportés dans mon voisinage, mes proches, mes clients et mes propres chiens : j'ai une longue liste de cas où des bergers ont chassés, tués et parfois consommés (quand on leur en a donné l'occasion) des animaux sauvages et domestiques.
(« Je » n'aime pas du tout dire « je ». Donc cela fait longtemps que je reporte le moment de parler de ça, mais pour contrer ces idées théoriques qui ne sont pas conformes à la réalité empirique, c'est malheureusement difficile de ne pas évoquer mes propres expériences.)
EN PHOTO : ORCHIS un de nos croisés springer de travail. Pour le moment sur nos 7 chiots (d'1 an) aucun ne pose de problèmes de "perte de contrôle" en balade.
Bien sûr ce sont des chiens actifs, dynamiques et capables de devenir "trop chasseurs" si on leur en donne l'occasion.
Mais avec une éducation appropriée et en comblant leur besoin correctement se sont des chiens qui ont un très bon suivi et rappel et qui sont toujours disponibles pour "travailler" (point qu'on développera dans un autre post).