20/10/2026
# # À QUEL MOMENT LE MONDE A-T-IL CESSÉ DE TREMBLER DEVANT LA MORT D’UN ENFANT ? 💔🇺🇦
Oui, le monde a beaucoup de problèmes.
Le climat. La pollution. La pauvreté. La faim. Le prix de l’essence. Les crises économiques. Les élections. Les intérêts politiques.
Tout cela compte. Tout cela mérite notre attention.
**Mais aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’une petite fille d’un an.**
Elle s’appelait Angélina.
Elle était dans sa poussette, dans un parc de la région de Kharkiv, en Ukraine, lorsque la Russie a frappé avec un drone.
Angélina est morte. Sa maman aussi.
Un an.
Essayez de vous arrêter une seconde. Pas de faire défiler votre écran. Pas de passer à la nouvelle suivante. Arrêtez-vous.
Imaginez ce bébé dans sa poussette. Ses petites mains. Son visage. Toute une vie devant elle. Les premiers mots qu’elle aurait dû prononcer. Ses premiers pas. Son premier jour d’école. Les bras de sa maman autour d’elle.
Tout ce qui aurait dû arriver.
Tout ce qui n’arrivera jamais.
**Et maintenant, dites-moi : comment suis-je censée reprendre ma vie normalement après avoir appris cela ? Et vous, comment le pouvez-vous ?**
Comment continuer à travailler, à rire, à faire des projets, à parler de choses ordinaires, quand un bébé vient d’être tué dans sa poussette ?
Je ne demande pas que le monde s’arrête de vivre. Je demande comment il peut continuer à vivre **sans que cette mort le bouleverse, sans que cette injustice le révolte, sans que cette horreur provoque autre chose que quelques minutes de tristesse.**
À quel moment nous sommes-nous habitués à l’inacceptable ?
À quel moment la mort d’un enfant est-elle devenue une information parmi d’autres ?
À quel moment avons-nous commencé à mesurer la valeur d’une vie humaine à l’aune des intérêts économiques, des calculs politiques et du prix du pétrole ?
Elle était une enfant. Sa maman n’était pas un chiffre. Elles étaient deux êtres humains qui avaient le droit de vivre.
Leurs vies ne valaient pas moins que les nôtres.
Elles ne valaient pas moins qu’un baril de pétrole.
Elles ne valaient pas moins que les intérêts d’un État, les calculs d’un président ou les profits d’une entreprise.
Alors pourquoi faut-il encore expliquer que la vie d’un enfant devrait passer avant tout cela ?
Je sais que beaucoup d’entre vous sont fatigués de la guerre. Je sais que certains ont quitté l’Ukraine et tentent de reconstruire leur vie. Je sais que chacun porte ses propres difficultés.
Mais imaginez un instant que cette petite fille soit votre enfant.
Imaginez que vous soyez sa maman.
Imaginez que vous la promeniez dans un parc, un jour ordinaire, et que quelques secondes suffisent pour vous enlever tout ce que vous avez de plus précieux.
Imaginez ensuite devoir entendre le monde vous expliquer qu’il est fatigué, que la situation est complexe, qu’il faut comprendre les intérêts de votre agresseur.
**Que répondriez-vous ?**
Demanderiez-vous au monde de passer à autre chose ?
Accepteriez-vous que la mort de votre enfant soit oubliée au milieu des nouvelles du jour ?
Ou crieriez-vous pour que personne, plus jamais, ne vive ce que vous venez de vivre ?
Alors, pourquoi attendons-nous que la douleur touche notre propre famille pour comprendre celle des autres ?
Pourquoi faut-il être Ukrainien pour ressentir pleinement l’injustice de cette guerre ?
Pourquoi faut-il perdre son enfant pour exiger que les autres soient protégés ?
Je suis Liubov Nakonechna. On m’appelle Luba. Je suis une femme, une mère et une citoyenne européenne. Je suis aussi la co-présidente de l’association franco-ukrainienne Vesna64, à Pau.
Depuis 2022, avec nos bénévoles, nous nous mobilisons pour l’Ukraine et les Ukrainiens. Nous collectons, nous organisons, nous transportons, nous accompagnons, nous cherchons des moyens d’aider. Nous essayons de transformer notre indignation en actes.
Mais parfois, face à l’horreur, je me pose cette question : **combien de morts faudra-t-il encore pour que le monde comprenne que nous ne pouvons pas continuer ainsi ?**
Les Ukrainiens défendent leur liberté au prix de leur vie. Ils protègent leurs enfants, leurs villes, leur pays. En résistant à l’agression russe, ils défendent aussi la sécurité de l’Europe.
Et pourtant, ils doivent encore et encore convaincre le monde de ne pas les abandonner.
Ils doivent expliquer pourquoi ils ont besoin de systèmes de défense antiaérienne. Pourquoi ils ont besoin d’armes pour résister. Pourquoi l’aide humanitaire reste indispensable. Pourquoi il faut continuer à les soutenir.
Comme si les images des villes détruites ne suffisaient pas.
Comme si les familles endeuillées ne suffisaient pas.
Comme si la mort d’Angélina ne suffisait pas.
**À quoi sert de proclamer que nous défendons les droits humains si nous acceptons que des enfants soient tués sans que notre indignation se transforme en décisions concrètes ?**
À quoi sert de parler de paix si nous oublions ceux qui subissent la guerre ?
À quoi sert de défendre la démocratie si nous laissons l’agression et la propagande affaiblir notre solidarité ?
À quoi sert de dire « plus jamais ça » si, devant les souffrances d’un peuple, nous finissons par dire « nous nous y sommes habitués » ?
Je ne vous demande pas de porter seuls le poids de cette guerre. Je vous demande de ne pas abandonner votre humanité face à elle.
Informez-vous auprès de sources fiables. Parlez de l’Ukraine. Interpellez vos élus. Exigez de vos gouvernements un soutien concret à sa défense. Soutenez les associations humanitaires sérieuses. Aidez ceux qui agissent. Refusez les discours qui justifient l’agression ou banalisent la mort des civils.
Et si vous vivez en France, en Europe ou ailleurs, ne pensez pas que vous êtes impuissants. Votre voix compte. Vos choix comptent. Votre silence aussi.
Car pendant que nous débattons, des Ukrainiens continuent de mourir.
Pendant que nous calculons le coût de l’aide, des familles enterrent leurs enfants.
Pendant que nous faisons défiler nos écrans, quelqu’un reçoit un appel qui va détruire sa vie.
Et pendant que le monde poursuit ses affaires, Angélina ne grandira jamais.
Sa maman ne la serrera plus dans ses bras.
Il n’y aura pas de deuxième anniversaire. Pas de premiers pas. Pas de rentrée à l’école. Pas de rêves devenus réalité.
Il n’y aura que l’absence.
**Et nous ne devons pas accepter que cette absence devienne ordinaire.**
Je ne veux pas vivre dans un monde où l’on s’habitue à la mort des enfants.
Je ne veux pas vivre dans un monde où l’argent pèse plus lourd que les vies humaines, où les intérêts politiques comptent davantage que les familles, où l’on finit par regarder l’horreur sans même détourner les yeux parce qu’elle ne nous surprend plus.
Je ne veux pas que nous devenions des êtres humains qui savent tout, voient tout, comprennent tout… mais ne font plus rien.
Parce que le véritable danger n’est pas seulement la violence de ceux qui tuent.
C’est aussi l’indifférence de ceux qui pourraient agir.
**Le monde ne se déshumanise pas seulement lorsque des hommes tuent. Il se déshumanise lorsque nous finissons par accepter leurs crimes comme une fatalité.**
Angélina avait un an.
Elle aurait dû grandir.
Sa maman aurait dû être à ses côtés.
Elles avaient le droit de vivre.
Je ne peux pas changer ce qui leur est arrivé. Mais je refuse que leur mort ne serve qu’à alimenter une émotion passagère, avant que chacun retourne à ses occupations.
Je refuse de m’habituer.
Je refuse de détourner le regard.
Je refuse de considérer que la mort d’un enfant est le prix inévitable de notre tranquillité.
**Et vous ?**
Quand vous regardez votre enfant, votre petit-enfant, votre famille, pouvez-vous vraiment imaginer qu’un autre enfant, à des milliers de kilomètres, mérite moins d’être protégé que le vôtre ?
Quand vous dites que vous êtes fatigués de cette guerre, pensez-vous à la fatigue d’une mère qui a perdu son bébé ?
Quand vous parlez d’intérêts économiques, pensez-vous à la valeur d’une vie qui ne pourra jamais être remplacée ?
Quand vous passez à la nouvelle suivante, vous souvenez-vous qu’en Ukraine, derrière chaque chiffre, il y a un être humain ?
Je ne vous demande pas de pleurer toute la journée.
**Je vous demande de ne pas laisser votre cœur s’habituer à l’inhumanité.**
Je vous demande de faire quelque chose. Même une chose. Puis une autre. Et de ne pas vous arrêter tant que des vies peuvent être protégées.
Parce qu’Angélina ne peut plus réclamer justice pour elle-même.
Elle ne peut plus demander au monde de la protéger.
Elle ne peut plus grandir.
**Alors, aujourd’hui, je pose cette question à chacun de nous :**
# # # QU’EST-CE QU’IL NOUS FAUT DE PLUS POUR AGIR ?
*Liubov Nakonechna — Luba*
Co-présidente de l’association franco-ukrainienne Vesna64
Pau, France 🇺🇦🇫🇷
**Angélina avait un an. N’oublions pas son prénom. Ne nous habituons jamais à sa mort.** 💔