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NSAE Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre NSAE veut réagir à la domination des forces d’immobilisme dans l’Église et d’oppression dans la société, et contre toutes les exclusions.

Le Synode propose « une révision complète » du Code de droit canonique afin de valider le rôle de direction des laïcs et...
01/10/2026

Le Synode propose « une révision complète » du Code de droit canonique afin de valider le rôle de direction des laïcs et des femmes au sein du gouvernement de l’Église

Jesús Bastante.

Le rapport final de la Commission canonique du Synode approuve les « propositions de modification des canons du Code relatifs à la capacité des laïcs, hommes et femmes, à exercer au sein de l’Église des fonctions, des charges et des ministères pour lesquels ils se révèlent aptes et compétents, y compris dans le domaine du gouvernement ecclésiastique ».

« Propositions de modification des canons relatifs au gouvernement ecclésiastique, à la participation des fidèles et à la reddition de comptes ». Tel est le titre du rapport final de la Commission canonique du Synode, rendu public aujourd’hui par le Saint-Siège. Un rapport qui, sous une apparence « technique », cache une question fondamentale, surtout après les attaques virulentes des milieux rigoristes contre la prise de responsabilités par les laïcs, et notamment les femmes, au sein des dicastères et des hautes magistratures du Vatican : les « propositions de modification des canons du Code relatifs à la capacité des laïcs, hommes et femmes, d’exercer au sein de l’Église des fonctions, des charges et des ministères pour lesquels ils se révèlent aptes et compétents, y compris dans le domaine du gouvernement ecclésiastique ».

Ou, pour le dire en langage clair : officialiser l’intuition de François, qui a permis la nomination de Simona Brambilla en tant que première femme préfète de la Vie consacrée (suivie ensuite par Smerilli ou Alvarado) ; de Paolo Ruffini en tant que premier laïc à la tête du dicastère de la Communication ; ou encore de Raffaela Petrini en tant que « maire » de la Cité du Vatican.

En effet, les travaux de la « commission canonique » ont cherché à « identifier dans quelles conditions les acquis théologiques et ecclésiologiques du processus synodal pourraient se traduire en normes canoniques, en distinguant trois horizons temporels ». À court terme, en proposant « des modifications spécifiques à la réglementation en vigueur, capables de soutenir immédiatement le développement concret de la vie ecclésiale ». À moyen terme, en identifiant des « domaines » en collaboration avec les dicastères compétents. Et à long terme, avec « la nécessité d’une révision intégrale des deux Codes de droit canonique – le latin et l’oriental – afin d’y intégrer les exigences théologiques et ecclésiologiques qui ont émergé ».

« Alors que l’Église dans son ensemble est engagée dans une réflexion théologique et ecclésiologique sur sa propre nature synodale, il nous a semblé important d’entamer également une réflexion sur ses normes — les canons — qui sous-tendent son organisation et les relations entre ses membres », explique le secrétaire général du Synode, le cardinal Mario Grech, qui définit le droit canonique comme « la transposition en termes juridiques de ce que, à chaque époque, l’Église perçoit d’elle-même et de ce qui constitue l’objet de sa foi, avec les répercussions qui en découlent sur la manière dont s’établissent les relations humaines en son sein ».

Ainsi, la première partie du document contient des propositions de modification des canons du Code relatifs à la capacité des laïcs, hommes et femmes, d’exercer au sein de l’Église des fonctions, des charges et des ministères pour lesquels ils se révèlent aptes et compétents, y compris dans le domaine du gouvernement ecclésiastique.

La deuxième partie, en revanche, propose « une révision dans une perspective synodale de certains canons relatifs aux conciles particuliers et aux conférences épiscopales, c’est-à-dire aux instances ecclésiales chargées de la collaboration entre les Églises locales ». Enfin, elle aborde les organismes de participation, déjà établis dans le Code, « mais propose des modifications qui renforcent leur dimension participative et leur orientation missionnaire ».

https://www.religiondigital.org/vaticano/sinodo-propone-revision-integral-codigo-derecho-canonico-mujeres-laicos-prefectos_1_1468180.html

Qui est juif ?Michel Ouaknine     « Au nom des Juifs, je dis que la Bible est notre mandat » (Ben Gourion)Les colonisate...
01/10/2026

Qui est juif ?

Michel Ouaknine
« Au nom des Juifs, je dis que la Bible est notre mandat » (Ben Gourion)

Les colonisateurs de la Palestine s’appuient sur la Bible, comme si c’était un acte de propriété foncière, pour justifier un « retour des Juifs sur leurs terres ». Mais en fait, sionistes laïques et nationaux-religieux1 utilisent l’ignorance de la plupart d’entre nous pour entretenir une confusion à leur profit.
Je vais donc, m’appuyant sur cette même Bible moi aussi, expliquer (ou rappeler) que 10 des 12 tribus qui constituaient le peuple des « Enfants d’Israël » ont disparu. Zip ! Évaporées ! Et donc que, toujours selon la Bible, les Juifs ne descendent que des 2 tribus rescapées.
Ces 2 tribus vivaient dans le royaume de Juda (5 à 6000 km² selon le Livre, soit la superficie d’un département comme la Charente par exemple). En aucun cas, les descendants de ces 2 tribus survivantes ne pourraient ainsi revendiquer la totalité (et plus) de la Palestine, si l’on suivait ce raisonnement.
Laissez-moi insister : ce texte a seulement pour but d’expliquer qui est juif selon l’histoire que nous raconte la Bible. Je vais m’en tenir au texte, point. C’est un livre souvent cité, mais bien peu lu ou même, dans le cas des nationaux-religieux, au minimum, réinterprété.
[1] Cf. Shlomo Sand, Comment la terre d’Israël fut inventée, Flammarion, 2012 et Jean-Pierre Filiu, Comment la Palestine fut perdue, Seuil, 2024, p. 19 et 20.

Illustration : La vision des nationaux-religieux… et en version militaire, avec le slogan « La Terre d’Israël est en sécurité »

Lire la suite. https://ujfp.org/qui-est-juif/

De Jésus de Nazareth à la fondation du christianisme : 2/4 André Sauge, et son approche méthodologiqueAprès avoir présen...
29/09/2026

De Jésus de Nazareth à la fondation du christianisme : 2/4 André Sauge, et son approche méthodologique

Après avoir présenté le fil conducteur du livre et l’apport de la méthode [1], Christian Desîlets présente qui est André Sauge, le cursus de sa formation : auprès de qui il s’est formé, son chemin dans la littérature en grec ancien, ce qui fonde sa liberté dans l’approche des textes.

[1] https://nsae.fr/2026/09/21/de-jesus-de-nazareth-a-la-fondation-du-christianisme/

« Le lecteur voudra savoir qui est André Sauge. Pour les chercheurs, la question ne renvoie pas à la vie privée, mais à la crédibilité académique. Elle appelle à l’élucidation de son statut de chercheur : l’enseigne à laquelle il loge, ses compétences, ses publications, son patronage, ses réseaux et son rayonnement.

Commençons par dire que son domaine est celui de la langue et de la littérature grecques de l’antiquité. Cela a son importance quand on sait que les textes les plus anciens que nous possédions du Nouveau Testament ne sont pas rédigés en araméen, comme on aurait pu s’y attendre, mais en grec et même en deux sortes de grec, l’un de qualité très inférieure à l’autre. Ce fait, vous le verrez, a une importance capitale pour en comprendre leur genèse.

Sauge, donc, est un helléniste. Il a étudié auprès de professeurs réputés, dont l’historien Vidal-Naquet, l’anthropologue et philologue Detienne, le linguiste Culioli, et l’helléniste Hurst, lequel l’a dirigé au doctorat en grec ancien à l’Université de Genève. Sauge a produit une thèse aussi universitaire qu’on puisse l’imaginer : plusieurs centaines de pages consacrées à l’analyse sémantique et contextuelle des sens et usages du mot historié, à travers ses diverses occurrences et déclinaisons dans le vaste corpus de la littérature antique, dont les Histoires d’Hérodote. Selon Sauge, l’historié hérodotéenne n’avait pas le sens d’une enquête, mais référait plutôt à une procédure d’attestation de la vérité d’un récit dont l’auteur ne pouvait présenter aucun témoin pour le corroborer. Le concept refera surface dans ce livre lorsque Sauge exposera les subterfuges utilisés par les rédacteurs du Nouveau Testament pour antidater et authentifier les contenus théologiques qu’ils ont insérés dans les récits originaux.

Pris isolément, ses ouvrages suivants, comme sa volumineuse étude grammaticale de la valeur intensive du parfait en grec ancien, pourraient faire croire qu’il s’était engagé dans le parcours classique du chercheur universitaire, celui qui creuse, nuance et amende les savoirs d’un domaine pointu appartenant à un cénacle d’experts pareillement surspécialisés. En réalité, il élaborait, testait, raffinait et apprenait à maîtriser les cadres conceptuels et méthodologiques de son approche philologique des textes anciens, avec une préférence pour les grands classiques qui le conduira à partir de 1997 à s’intéresser aux écrits néotestamentaires.

Une fois sa thèse publiée, Sauge a produit un examen approfondi des mots de la famille du mythe (μῦθος) dans une variété de textes narratifs anciens. L’exercice lui a permis de peaufiner sa méthode d’analyse contextuelle de type historico-critique, dont il estime qu’elle permet des interprétations plus précises que celles offertes par les traductions les plus célébrées. Un programme de recherche naît souvent de l’étonnement d’un chercheur quand il découvre que les interprétations traditionnelles d’un phénomène ne reposent sur rien de solide.

L’étonnement inaugural de Sauge, c’est de constater les écarts considérables qui existent entre ce que l’auteur d’un texte antique disait et ce que les traducteurs lui ont fait dire. Ces écarts, il les attribue à une convention heuristique qui, face à une difficulté, consiste à ne jamais trop s’écarter des traductions traditionnelles. Quand un texte en grec ancien dit sur le fond tout autre chose que ce que la tradition a établi qu’il devait vouloir dire, le traducteur aura tendance non pas à lui restituer son sens originel, mais à le remodeler en fonction du sens convenu. Entre la cohérence interne d’un texte et la cohérence externe de la tradition, le traducteur tend à sacrifier la première au profit de la seconde, mais sans que le lecteur de la traduction en soit averti.

Bien sûr, traduire c’est trahir, mais jusqu’à quel point les traductions les plus autorisées sont-elles fiables ? Pour le savoir, Sauge s’est lancé dans une voie que très peu de chercheurs osent prendre. Habituellement, un philologue limite ses analyses à quelques mots, phrases ou passages. Quand le texte étudié n’est pas le fragment d’une œuvre perdue, mais l’isolat d’un texte beaucoup plus long dont nous disposons de versions relativement complètes, une focale aussi restreinte incite le chercheur à orienter sa microlecture en conformité avec le sens général de l’œuvre, tel qu’établi par la tradition académique. Le problème, c’est que si la tradition repose sur une erreur, celle-ci sera confortée de facto par tous les chercheurs et études qui l’auront prise pour socle, et cette multitude constituera à elle seule un puissant et intimidant obstacle à toute lecture divergente. Pour échapper à ce défaut de méthode, qui est consubstantiel à tous les paradigmes scientifiques, Sauge a entrepris d’étendre ses analyses philologiques à l’intégralité de chaque œuvre qu’il a choisi d’étudier. Cela lui permet de comparer sa propre traduction aux traductions canoniques, d’en mesurer et d’en interpréter les écarts. Suivront notamment ses études et traductions de l’Iliade et de l’Odyssée qui procèdent notamment en écartant des textes les passages reconnus comme apocryphes, et de la traduction les grilles de lecture exogènes qui en détournent manifestement le sens. Si les versions auxquelles il arrive ne sont pas les plus élégantes sur le plan stylistique, elles se veulent plus fidèles au texte original. L’une des constantes de ses conclusions, c’est que chaque texte semble originellement avoir été composé et édité en fonction d’une visée sociale et politique bien plus qu’artistique et littéraire.

Quand il entreprend l’étude des écrits néotestamentaires, Sauge n’en continue pas moins de faire des traductions, comme celle de la première Olympique de Pindare (publiée dans la Revue des Belles Lettres), et de produire des études apparemment très diverses sur le fond, mais en réalité méthodologiquement complémentaires. Qu’il écrive sur le digamma, le logos, le sens du sacrifice, le don, la grâce et l’hospitalité, Hésiode, Parménide, Sophocle, Jésus, Luc et Flavius Josèphe, l’approche passe toujours par l’interrogation et la déconstruction des savoirs axiomatiques de la doxa. Ce sera aussi son approche des Évangiles et de la littérature patristique des premiers siècles, lesquels relèvent de son expertise puisqu’ils ont été rédigés en grec.

Revenons ici sur deux des plus grandes énigmes liées à la rédaction du Nouveau Testament et qui sont au cœur de la problématique de toutes les exégèses. La première a trait au fait que les éditions les plus anciennes que nous ayons des quatre Évangiles soient rédigées en grec, et non en araméen qui est pourtant la langue natale de Jésus comme de tous les Judéens et Galiléens de confession hébraïque à cette époque. Pour la résoudre, le consensus chez les exégètes est de supposer qu’ils sont la traduction d’originaux plus anciens, écrits en araméen, qui se sont perdus si rapidement et mystérieusement que non seulement il n’en existe plus aucune trace matérielle, mais qu’aucun des plus anciens textes dont nous disposons n’y font même référence. L’autre grande énigme a trait aux contradictions et différences nombreuses, patentes et fondamentales qui existent entre les quatre Évangiles, bien que tous prétendent être le récit authentique des actes et paroles de « Jésus-Christ ». C’est ce que l’on appelle le problème synoptique. Plutôt que de résoudre ce problème, le consensus chez les exégètes est de se concentrer moins sur les différences que sur les ressemblances. Ces ressemblances renforcent l’hypothèse de la préexistence d’une source commune (dite Q, mis pour Quelle) à laquelle les trois Synoptiques (Matthieu, Marc, Luc) ont puisé. Ce qui n’explique pas pourquoi et comment les évangélistes ont pu tirer d’une même source des récits aussi différents et contradictoires. Au problème de la source Q, Sauge on l’a vu apporte une solution sensiblement différente. La source ne s’est pas totalement perdue ; son support matériel a disparu, mais son contenu immatériel peut être reconstitué; il est là depuis toujours, sous nos yeux, pour qui sait lire le grec ancien.»

Dans le prochain article, l’auteur précisera les apports d’une méthode de caractère scientifique.

Régine et Guy Ringwald.

Lire l’article précédent : De Jésus de Nazareth à la fondation du christianisme – André Sauge https://nsae.fr/2026/09/21/de-jesus-de-nazareth-a-la-fondation-du-christianisme/

Léon XIV et les victimes : quatre rencontres, une même questionPatrice Dunois-CanetteRome, Belgique, Espagne, France : d...
28/09/2026

Léon XIV et les victimes : quatre rencontres, une même question
Patrice Dunois-Canette

Rome, Belgique, Espagne, France : depuis son élection, le pape a rencontré à plusieurs reprises des victimes de violences se*****es commises dans l’Église. Les formats diffèrent, les témoignages s’accumulent. Mais à Lourdes, une question s’impose avec une acuité particulière : l’Église est-elle prête à faire autre chose que d’écouter les victimes ?

Depuis son élection, Léon XIV a déjà rencontré des victimes de violences se*****es commises dans l’Église à plusieurs reprises. Rome, Belgique, Espagne, France : quatre séquences, quatre formats, mais une constante. Les rencontres sont privées, préparées par l’institution et suivies d’une communication limitée du Saint-Siège. À mesure qu’elles se répètent, elles permettent aussi d’observer ce que l’Église fait de la parole des victimes. Car entre écouter une personne, entendre les revendications d’un collectif et accepter que cette parole modifie le fonctionnement de l’institution, il existe une différence considérable.

La première rencontre intervient au Vatican, le 20 octobre 2025. Six membres d’Ending Clergy Abuse (ECA), association internationale créée par des victimes et des militants, sont reçus par Léon XIV. La rencontre fait suite à une lettre adressée au pape. ECA demande notamment davantage de soutien et d’indemnisation pour les victimes et une coopération accrue de l’Église. Les participants déclarent avoir été « écoutés et soutenus ». C’est la première rencontre de ce type de Léon XIV depuis son élection.

Trois semaines plus t**d, le 8 novembre, le pape reçoit quinze victimes belges, toutes agressées alors qu’elles étaient mineures par des membres du clergé. La rencontre dure près de trois heures et se termine par une prière. Elle est préparée avec la Commission pontificale pour la protection des mineurs. La plupart de ces personnes avaient déjà rencontré François lors de son voyage en Belgique en septembre 2024. Elles lui avaient alors présenté leurs histoires et leurs attentes concernant l’engagement de l’Église contre les abus. La répétition de ces rencontres, avec parfois les mêmes personnes, pose déjà une question : que deviennent les attentes formulées au cours d’un premier échange ?

Le déplacement en Espagne, en juin 2026, introduit un élément supplémentaire. À Madrid, six victimes rencontrent Léon XIV à la nonciature. L’entretien dure près d’une heure. Chacune présente, à partir de son expérience, des propositions destinées à rendre plus efficace la réponse de l’Église. Le Vatican précise alors que le pape s’engage à faire de ces propositions la base de nouveaux efforts. La rencontre reste privée, mais la parole des victimes n’est plus seulement présentée comme un témoignage : elle comporte explicitement des propositions adressées au gouvernement de l’Église. Le passage du récit à la demande de réforme est engagé.

Lourdes constitue une quatrième étape, le 27 septembre 2026. Sept personnes — quatre hommes et trois femmes — rencontrent Léon XIV. Elles ont été victimes de violences dans des paroisses, des internats, des congrégations ou des mouvements ecclésiaux. Parmi elles figurent Jean-Marie Delbos, témoin dans l’affaire de Bétharram, Jérôme Guillement et Véronique Garnier, du collectif Foi & Résilience.

Cette fois, la rencontre est inscrite officiellement au programme du voyage. C’est une première pour un déplacement pontifical en France. Le choix de Lourdes donne à la séquence une dimension particulière. C’est ici qu’en novembre 2021 les évêques français s’étaient agenouillés devant une croix rouge après la publication du rapport de la CIASE. C’est aussi à Lourdes que le pape vient prier devant la grotte de Massabielle, avant de rencontrer les victimes. Cinq ans après le rapport Sauvé, le sanctuaire devient ainsi le lieu d’une nouvelle confrontation entre l’Église et les conséquences de ses propres défaillances.

Mais la préparation de cette rencontre révèle une autre réalité. Plusieurs dizaines de personnes agressées par des prêtres ou des religieux avaient écrit aux évêques de France pour demander à rencontrer Léon XIV. Certaines souhaitaient être reçues individuellement, d’autres au nom de collectifs. Sept ont finalement été retenues. Mgr Gérard Le Stang, qui a piloté l’organisation avec la Conférence des religieux et religieuses de France, explique que le format ne pouvait pas devenir un colloque sur la protection des mineurs : il devait rester une rencontre entre le pape et quelques victimes. Un groupe préparatoire de cinq personnes, dont deux victimes, a donc travaillé à sa composition.

Le dispositif est révélateur. Les victimes sont présentes comme personnes, avec leur histoire propre. Elles ne viennent pas représenter officiellement une association. Le Vatican insiste sur la diversité des parcours. Les collectifs, eux, restent à l’extérieur de la pièce. Ce choix distingue deux formes de parole : celle de la personne qui raconte ce qui lui est arrivé et celle de l’organisation qui porte des demandes sur le fonctionnement de l’Église. À Madrid, les six victimes avaient formulé des propositions. À Lourdes, le cadre est davantage celui du témoignage et de l’écoute. Le Vatican rapporte que Léon XIV a exprimé sa proximité et son engagement afin que les violences ne se reproduisent pas. La rencontre s’est terminée par une bénédiction et une prière.

La différence de format ne doit pas être réduite à une question de protocole. Elle touche au statut accordé aux victimes. Leur parole peut-elle être entendue uniquement dans la singularité de leur histoire, ou peut-elle aussi devenir une parole collective, une expertise et une force de proposition ? Une victime peut raconter son enfance, les violences subies et leurs conséquences, tout en demandant pourquoi une alerte n’a pas été suivie, pourquoi un agresseur a pu rester en fonction ou être déplacé, pourquoi des responsables ont gardé le silence. Le témoignage est individuel ; les questions qu’il soulève concernent l’organisation entière.

C’est précisément ce que la CIASE a établi.
En 2021, la commission a estimé à 216 000 le nombre de personnes aujourd’hui majeures victimes, lorsqu’elles étaient mineures, de violences se*****es commises par des prêtres ou des religieux depuis 1950. En incluant les personnes agressées par des laïcs en mission dans l’Église, l’estimation atteignait environ 330 000. Son rapport, fruit de deux ans et demi de travaux, n’a pas décrit une succession de drames individuels sans rapport entre eux. Il a mis en évidence la dimension systémique des violences et analysé les mécanismes institutionnels, les silences, les défaillances dans le traitement des alertes et les rapports d’autorité qui ont parfois permis aux agresseurs d’échapper à leurs responsabilités. Il a formulé 45 recommandations.

Autrement dit, la CIASE n’a pas seulement demandé à l’Église d’écouter davantage. Elle lui a demandé de changer. Et c’est cette deuxième partie de l’histoire qui reste inachevée.
À Lourdes, les collectifs restent à la porte

La critique du format retenu pour Lourdes ne vient pas seulement de personnes exclues de la rencontre. Elle a été formulée publiquement par Marie Derain de Vaucresson, présidente sortante de l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation (Inirr), créée à la suite du rapport de la CIASE. Elle comprend la nécessité d’un échange en petit nombre, mais regrette que la parole des victimes n’ait pas été construite avec un ensemble plus large de personnes. Elle évoquait la possibilité d’une journée entière de rencontre avec 250 ou 300 victimes. Elle a qualifié le choix effectué de « rendez-vous raté ».

Cette critique mérite d’être entendue pour ce qu’elle dit du chemin parcouru depuis 2021. Les collectifs ne sont pas de simples groupes de personnes qui auraient en commun une expérience douloureuse. Ils ont accumulé une connaissance des mécanismes institutionnels, comparé des situations, suivi les réponses apportées par les diocèses et formulé des revendications. Ils peuvent identifier des répétitions que ne révèle pas nécessairement un témoignage isolé : des alertes ignorées, des transferts d’agresseurs, des procédures opaques, des difficultés à accéder aux archives ou des obstacles à la reconnaissance des préjudices.

La parole collective des victimes ne consiste donc pas à additionner des récits individuels. Elle permet de passer de l’expérience à l’analyse, de l’analyse à la demande de réforme. Elle peut aussi mettre en cause les choix de ceux qui gouvernent l’Église. C’est précisément cette capacité d’interpellation que le format de Lourdes ne permet pas de déployer pleinement.
Les organisateurs ont fait un autre choix : celui d’une sélection de personnes, censées représenter la diversité des parcours et des situations. Il n’est pas nécessaire de leur prêter une intention de mise à l’écart pour en constater la limite. Une sélection de témoignages peut faire entendre la diversité des souffrances. Elle ne remplace pas une confrontation avec les organisations qui les portent ni un travail collectif sur les responsabilités institutionnelles.

Le cas de Bétharram donne à cette limite une dimension concrète. Parmi les personnes reçues figure Jean-Marie Delbos, ancien élève victime de violences dans cet établissement. Le scandale a précisément montré que les violences ne pouvaient être comprises à la seule échelle de la relation entre un agresseur et sa victime. Il faut aussi examiner les alertes, les responsabilités et les réactions de l’environnement institutionnel. La présence d’une victime de Bétharram à Lourdes permet de porter cette histoire devant le pape. Elle ne peut, à elle seule, tenir lieu de dialogue avec l’ensemble des personnes concernées et leurs collectifs.

La distinction est importante : il ne s’agit pas de désigner les bonnes et les mauvaises victimes ni de contester la valeur d’un échange personnel avec le pape. Il s’agit de savoir pourquoi, alors que les victimes ont constitué des collectifs capables de porter une parole construite, l’institution continue de privilégier des rencontres où cette parole reste essentiellement individuelle.
L’Église a créé des dispositifs. Les victimes demandent ce qu’ils changent.

L’Inirr constitue à cet égard un révélateur. Mise en place en 2021 par l’épiscopat, elle a été chargée de reconnaître et de réparer les violences se*****es commises par des membres du clergé ou des congrégations religieuses. Son existence marque une évolution réelle : l’Église française a créé un dispositif spécifique pour répondre aux demandes des personnes victimes, avec une instance distincte des diocèses et des congrégations directement concernés. Mais la mise en place de procédures de reconnaissance et de réparation ne règle pas à elle seule la question de la transformation institutionnelle.

La transition entre l’Inirr et sa successeure, l’Instance nationale indépendante d’écoute et de réparation (Iniave), est un moment révélateur. À la fin de son mandat pour les nouvelles demandes, l’Inirr avait reçu près de 2 000 dossiers. La création d’une instance permanente prolonge le travail engagé, mais les interrogations sur l’indépendance, la gouvernance et la place des victimes dans les dispositifs restent présentes. Des associations contestent notamment les nouvelles modalités institutionnelles de réparation.

Une indemnisation peut reconnaître un préjudice. Une décision peut reconnaître la vraisemblance d’un récit. Une procédure peut donner à une personne le sentiment qu’elle a enfin été entendue. Mais aucune réparation individuelle ne répond, à elle seule, à la question : pourquoi cela a-t-il pu arriver et comment empêcher que cela se reproduise ?

C’est ici que la dimension systémique réapparaît. Une institution peut réparer une personne sans avoir suffisamment transformé le système qui a permis qu’elle soit victime. Elle peut organiser des rencontres, créer des commissions et publier des rapports sans partager réellement le pouvoir de décision. Elle peut recueillir des propositions sans s’engager à les traduire en règles, en procédures et en contrôles.

Depuis plusieurs années, le vocabulaire de l’Église a évolué. Il faut écouter les victimes, les accueillir, les accompagner, reconnaître leur souffrance et les réparer. Tout cela est indispensable. Mais le verbe « écouter » finit par devenir insuffisant lorsqu’il ne dit rien de ce que l’institution fait ensuite.
Prendre en compte la parole des victimes est beaucoup plus exigeant. Cela signifie qu’un témoignage peut conduire à modifier une procédure, qu’une recommandation peut devenir une règle, qu’une expérience peut amener à revoir l’organisation d’un séminaire ou d’un diocèse. Cela suppose aussi que les victimes et leurs collectifs puissent être associés à la définition des politiques qui les concernent, à leur évaluation et au contrôle de leur application.

La question devient alors celle du pouvoir. Qui définit les règles ? Qui décide de ce qui doit changer ? Qui évalue les dispositifs ? Qui contrôle ceux qui exercent l’autorité ? Qui peut mettre en cause la manière dont un évêque traite une alerte ? Qui vérifie que les recommandations sont effectivement appliquées ? Qui représente les victimes lorsque l’institution discute de leur avenir ?

Ce sont ces questions que les victimes ont progressivement introduites dans le débat. Elles ne relèvent pas d’une querelle interne entre associations ou d’une contestation de principe de l’autorité ecclésiale. Elles touchent à la responsabilité d’une institution qui a reconnu sa propre défaillance systémique et doit désormais en tirer les conséquences.

À Lourdes, le pape a entendu des propositions. Que deviendront-elles ?
Le communiqué du Saint-Siège sur la rencontre du 27 septembre mérite ici une attention particulière. Il ne dit pas seulement que Léon XIV a écouté les récits, la douleur et la souffrance des personnes présentes. Il précise qu’il a aussi entendu « leurs propositions pour que cela ne se reproduise plus ». Le pape a exprimé son engagement et son souhait de pouvoir œuvrer avec elles pour que la communauté des fidèles soit un lieu de réconfort et de guérison.

Ce détail empêche de réduire la rencontre de Lourdes à un simple exercice de compassion. Les victimes ont aussi formulé des propositions. Mais le communiqué ne les détaille pas et ne précise pas quelles suites concrètes leur seront données. Le contenu de ces propositions, leur transmission aux instances compétentes et leur éventuelle traduction en décisions restent donc des points essentiels à éclaircir.

La comparaison avec Madrid prend alors tout son sens. En Espagne, les propositions des six victimes avaient été présentées comme la base de nouveaux efforts du pape. En France, les sept personnes reçues ont également formulé des demandes. Dans les deux cas, la rencontre ouvre la possibilité d’un travail ultérieur. Mais l’efficacité de ce dispositif ne se mesure pas à la répétition des audiences ni à la qualité des paroles prononcées à leur issue. Elle se mesure à la manière dont les propositions sont examinées, discutées et éventuellement mises en œuvre.

Léon XIV ne rencontre pas seulement sept personnes venues raconter leur souffrance. Il rencontre des victimes dans un pays où une commission indépendante a établi l’ampleur des violences, documenté leurs mécanismes institutionnels et formulé des recommandations. Il arrive dans une Église qui a reconnu sa responsabilité institutionnelle, créé des dispositifs de réparation et engagé plusieurs années de travail. Il rencontre aussi des personnes qui, à travers leurs collectifs, ont appris à formuler des exigences concernant la prévention, la transparence et la gouvernance.

C’est pourquoi le résultat de Lourdes ne pourra pas être mesuré à l’émotion du moment, aux mots du pape ou aux photographies diffusées après la rencontre. Il faudra regarder ce qui se passe ensuite : les propositions seront-elles reprises ? Les collectifs auront-ils une place réelle dans les suites données à la rencontre ? Les recommandations de la CIASE continueront-elles d’être suivies et évaluées ? Les dispositifs de réparation seront-ils élaborés avec les victimes plutôt que seulement pour elles ? Les responsabilités institutionnelles seront-elles examinées lorsque de nouvelles défaillances apparaîtront ?

Il faudra aussi observer ce que Rome fera de cette expérience. Les rencontres successives avec des victimes en Italie, en Belgique, en Espagne et en France constituent désormais un dispositif régulier du pontificat. Mais cette répétition pourrait aussi installer une forme de rituel : recevoir quelques personnes, écouter leurs récits, exprimer sa solidarité, prier avec elles, réaffirmer l’engagement de l’Église. Le risque serait que l’institution finisse par maîtriser parfaitement les formes de la rencontre sans modifier suffisamment les conditions qui rendent ces rencontres nécessaires.

Cinq ans après la CIASE, l’Église française ne peut plus invoquer l’ignorance. Elle connaît l’ampleur des violences, les mécanismes qui les ont rendues possibles et les conséquences de ses défaillances. Elle connaît aussi les demandes des victimes, qui ne se limitent plus à la reconnaissance de leur souffrance et à la réparation de leurs préjudices. Elles demandent que l’institution tire les conséquences de ce qu’elles lui ont appris.

Lourdes aurait pu être l’occasion d’une confrontation plus large entre le chef de l’Église catholique et ceux qui, depuis des années, lui demandent de transformer son fonctionnement. Les organisateurs ont préféré un échange interpersonnel avec sept victimes. Le choix peut se comprendre au regard de la nécessité d’une rencontre intime. Il laisse cependant sans réponse la demande d’une véritable prise en compte de la parole collective.
Les quatre rencontres de Léon XIV dessinent ainsi une progression : des demandes adressées par une association internationale à Rome, des témoignages individuels en Belgique, des propositions de réforme à Madrid, puis à Lourdes, des récits et des propositions entendus dans un cadre restreint. Elles montrent que la parole des victimes peut franchir les portes du Vatican et atteindre directement le pape. Elles ne démontrent pas encore qu’elle peut peser sur les décisions de l’institution.
Une rencontre avec une victime relève de l’écoute. Une proposition formulée par des victimes engage potentiellement une décision. Une réforme institutionnelle suppose autre chose : modifier les procédures, les responsabilités et les rapports de pouvoir.

Léon XIV a rencontré des victimes à plusieurs reprises. La question n’est plus seulement de savoir s’il les écoute. Elle est de savoir si l’Église accepte que leur parole transforme ce qu’elle est, la manière dont elle se gouverne et l’exercice de son autorité. C’est à cette condition que les rencontres de son pontificat pourront dépasser le registre de la compassion et devenir un véritable levier de réforme.

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