NSAE Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre

NSAE Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre NSAE veut réagir à la domination des forces d’immobilisme dans l’Église et d’oppression dans la société, et contre toutes les exclusions.

Un Forum pour la Théologie de la LibérationJuan José Tamayo.« Il s'agit de réexaminer, de réinterpréter, de reformuler e...
09/08/2026

Un Forum pour la Théologie de la Libération

Juan José Tamayo.

« Il s'agit de réexaminer, de réinterpréter, de reformuler et de recréer la théologie de la libération dans le nouveau contexte géopolitique, culturel et économique, d'ouvrir de nouveaux horizons à la souveraineté et de décoloniser toutes les relations humaines et écologiques. »

« La théologie de la libération est-elle morte ? » C'est une question qui m'est fréquemment posée lors de mes conférences, aussi bien au Nord qu'au Sud. Cette question reflète implicitement l'idée répandue de sa disparition, présente dans l'imaginaire collectif, tant laïque que religieux.

Ma réponse est généralement que cette idée ne correspond pas à la réalité, mais plutôt aux aspirations de nombreux secteurs alignés sur le fondamentalisme religieux, le néolibéralisme économique et le conservatisme politique. J’ajouterais que la théologie de la libération est bien vivante et active dans le nouveau paysage politique, religieux, culturel et économique, non seulement en Amérique latine, son berceau, mais aussi dans l’ensemble des pays du Sud, donnant naissance à des théologies du Sud et à leur tendance à décoloniser le discours chrétien (Juan José Tamayo, Teologías del Sur. El giro descolonizador, Trotta, 2024, 2ª ed.)

La meilleure preuve de cette vitalité est la tenue du 12e Forum mondial sur la théologie et la libération (FMTL), qui s’est déroulé du 31 juillet au 8 août à Cotonou, au Bénin (Afrique de l’Ouest), dans le cadre du 17eForum social mondial (FSM). Parmi les raisons du choix du Bénin comme lieu d'accueil du Forum social mondial (FSM) et du Forum mondial du temps libre (FMTL), on peut citer que le Bénin est un carrefour de spiritualité vaudou et de culture panafricaine, un lieu de mémoire historique lié à la traite négrière et un site de forte mobilisation de la société civile béninoise.

Il s'agit du sixième Forum organisé en Afrique. Les cinq précédents ont eu lieu à Bamako (Mali, 2006), Nairobi (Kenya, 2007), Dakar (Sénégal, 2011) et Tunis (Tunisie, 2013 et 2015).

Le FMTL au Bénin réunit des théologiens, des militants, des chercheurs et des communautés du monde entier afin de réfléchir à l'intersection des expériences religieuses, de la justice sociale et de la lutte contre toutes les formes d'oppression. Ce rassemblement mondial d'esprits et de cœurs vise à favoriser le dialogue, à explorer des alternatives et à tisser des liens dans la recherche collective d'un autre monde possible. Le thème de cette rencontre est d'une importance capitale et d'une urgence absolue. Il s'agit de rejeter la domination économique, politique et religieuse et de repenser la souveraineté dans une perspective de libération.

Le choix de ce thème s'explique par la persistance, à l'échelle mondiale, de la domination économique, politique, religieuse et environnementale. Face à une telle domination globale, nous ne pouvons rester passifs ; une réponse coordonnée s'impose. À cette fin, le Forum nous invite à nous engager dans un processus de décolonisation de toutes les dimensions de la vie humaine et écologique et à repenser la souveraineté sous toutes ses formes : collective et individuelle.

Défendre la souveraineté politique implique de lutter contre l'autoritarisme, la corruption et la violence, de résister à la nécropolitique et d'œuvrer pour la consolidation de la paix en temps de guerre.

La lutte pour la souveraineté économique exige de déconstruire les mécanismes d'oppression capitaliste et de restaurer la dignité humaine de celles et ceux qui en sont privés par le modèle économique néolibéral actuel, lequel les soumet à une situation d'injustice structurelle engendrant une pauvreté structurelle. Défendre la souveraineté politique exige de lutter contre l'autoritarisme, la corruption et la violence, de résister à la nécropolitique et d'œuvrer à la consolidation de la paix en période de guerres qui mènent au génocide et à l'écocide, et de coups d'État qui bafouent le droit international et la souveraineté des peuples.

S'engager à défendre la souveraineté religieuse implique de déconstruire les héritages coloniaux, de plus en plus répandus du fait de l'impérialisme religieux, et de mettre un terme à la manipulation des religions et à leur instrumentalisation à des fins bellicistes, sexistes, aporophobes, homophobes, xénophobes et racistes. Cette déconstruction doit s'accompagner de la construction de relations ethniques, œcuméniques, interreligieuses, interculturelles et interspirituelles, pacifiques et égalitaires, respectueuses des différences.

La souveraineté écologique et sociale exige la restitution des territoires accaparés par les multinationales extractives, ainsi que la restauration de la mémoire et de la culture des peuples autochtones. Elle requiert également l'analyse et l'élimination des formes modernes d'esclavage, et la promotion de la justice écologique et de genre face aux violences sexistes, aux migrations forcées et aux changements climatiques.

En définitive, il s’agit de revoir, de réinterpréter, de reformuler et de recréer la théologie de la libération dans le nouveau contexte géopolitique, culturel et économique, d’ouvrir de nouveaux horizons à la souveraineté et de décoloniser toutes les relations.

https://www.religiondigital.org/el_blog_de_juan_jose_tamayo/foro-teologia-liberacion_132_1463036.html

L’intellectuel compatissant et le vote RNSonia Roche.On rencontre ces temps-ci dans les tribunes des journaux une figure...
09/08/2026

L’intellectuel compatissant et le vote RN
Sonia Roche.

On rencontre ces temps-ci dans les tribunes des journaux une figure-type : celle de l’intellectuel – de gauche ou de droite, peu importe – compatissant envers l’angoisse de relégation et les conditions de vie des électeurs du RN, et qui refuse, par crainte du mépris de classe, de condamner le vote de ceux-ci.

Or il nous semble qu’il s’agit là d’une erreur d’un point de vue factuel, éthique, politique et chrétien.

On sait en effet que le fait sociologique marquant des dernières élections est la banalisation du vote RN : « Le RN bénéficie de l’électorat le plus semblable à la population française » (Fondation Jean Jaurès). Même si les personnes faiblement diplômées et habitant dans des communes rurales constituent le socle de son électorat, le RN a désormais un ancrage chez les employés, cadres et diplômés. La montée du vote RN n’est donc pas réductible à une analyse de classe et l’on perçoit plutôt dans la figure de l’intellectuel compatissant qui refuse, du fait de sa position privilégiée, de condamner le vote RN, un fantasme : celui du bon peuple, simple, travailleur, homogène et, au fond, dépourvu de capacité politique.

Car refuser de condamner le vote des électeurs RN revient à les infantiliser et à leur refuser l’exercice de la liberté politique. Ce sociologisme ne s’intéresse pas, en effet, aux personnes de même catégorie socioprofessionnelle qui ne votent pas RN – or même dans le groupe où il recueille ses plus forts suffrages, à savoir les personnes de niveau inférieur au baccalauréat qui votent à 47 % pour lui, le RN n’est pas majoritaire. Mais il ne s’intéresse pas non plus à leur impact sur la vie de ceux qui les entourent : même si ces électeurs sont contraints, leur action compte. C’est pourquoi les infantiliser est aussi une faute politique.

Pourtant, alors que les tribunes excusant le vote RN fleurissent, celles qui dénoncent la centralité raciste du discours RN sont bien plus rares, tant il est désormais entendu qu’une telle dénonciation serait mal fondée. En revanche, les tribunes mettant en cause, pour expliquer la montée du RN, et souvent de façon justifiée, le mépris de la « gauche brahmane » (Cagé, Piketty) sont trop nombreuses pour qu’on puisse les citer.

Or le problème n’est pas ce que disent ces tribunes, mais ce qu’elles ne disent pas : la centralité persistante du racisme dans le vote RN. Car ce n’est pas tant la baisse du pouvoir d’achat et la crainte de relégation qui motivent ce vote, que la façon dont celles-ci se cristallisent sur la figure de l’étranger – plus précisément « celui qui n’a pas l’air Français », qu’il soit citoyen français ou non, l’une des mesures phares du RN restant la suppression du droit du sol. Le sociologue F. Faury a ainsi récemment montré (Des électeurs ordinaires) que, chez ces électeurs, l’immigration reste le principe explicatif central de la dégradation de leurs conditions de vie et que, pour eux, revendiquer une place sociale juste revient souvent à revendiquer une place supérieure à celle des étrangers.

Ces étrangers, les tribunes en question n’en parlent plus beaucoup. On sent que le sujet commence à être lassant et l’on entend, en creux : « le racisme est évidemment une mauvaise chose, mais il faut avouer que l’on comprend les laissés-pour-compte que l’immigration de masse inquiète et que la place croissante de l’islam dans l’espace public rend mal à l’aise ; qui suis-je pour juger ? » Quant au discours qui pourrait être ici mobilisé, celui des « valeurs de la République », il a été si instrumentalisé qu’il est démonétisé : presque plus personne n’y croit sérieusement lorsqu’il s’agit de défendre la société multiculturelle et l’indifférence républicaine aux origines et religions – sauf à passer pour un idiot.

Le chrétien, justement, n’éprouve pas de difficulté à passer pour un idiot en politique. Un idiot qui écoute les « clameurs de la nature et des pauvres » (Laudato Si’). « Les derniers seront les premiers » : en politique comme ailleurs c’est le point de vue des plus petits qui est le plus pertinent. L’attitude la plus juste est donc d’écouter leurs cris. Mais parfois ces cris crient les uns contre les autres, alors à quel cri se fier ?

Le début de l’Évangile de Marc aide à s’orienter. Jésus rencontre à Capharnaüm un « homme tourmenté par un démon » qui lui crie : « Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu ». Jésus le fait taire et délivre l’homme du démon. Un frère franciscain parisien commentait récemment ce passage : le démon dit vrai, mais Jésus le fait taire, car la vérité, ainsi proclamée, est mensonge. Pourquoi ? Parce que « La vérité sans amour tue » : une vérité, aussi exacte soit-elle, n’est porteuse de vie que lorsqu’elle est articulée à l’amour.

Le démon sait qui est Jésus, mais n’est pas transformé par ce savoir : Jésus demeure pour lui une réalité extérieure, non une occasion de conversion intérieure. C’est une vérité pour ainsi dire sèche. D’ailleurs, le démon est ventriloque : il passe par un autre pour parler. Or il y a aussi en politique des vérités sèches proférées par des sujets ventriloques. Tel est celui du RN. Le constat du sentiment d’abandon et de relégation d’une partie de la population française faiblement diplômée et éloignée des services publics est juste. Mais cette vérité est dite sans amour par un sujet médiatique bien portant, qui capture le cri des plus exposés au déclassement pour légitimer ses propres passions racistes. Un sujet populiste qui propose une pseudo-solution mensongère et vile : celle de l’abaissement de l’étranger.

Chez beaucoup, le vote RN part d’une souffrance, mais y répond par la logique du bouc émissaire – logique contre laquelle toute la vie du Christ est témoignage, et vis-à-vis de laquelle le chrétien ne peut montrer aucune complaisance. D’autant plus lorsqu’il n’appartient pas à l’une des catégories de personnes visées par le RN. Et y compris, ce qui est plus exigeant, lorsque ce sont nos familles, nos voisins ou nos amis qui votent pour le RN.

Mais nous mettons-nous ainsi en surplomb d’un point de vue moral ? Le risque existe et il n’y a, au fond, qu’une voie pour l’éviter, dont Jésus nous donne sans cesse l’exemple dans les Évangiles : aller à la rencontre des laissés-pour-compte et les écouter – depuis le point intérieur où nous sommes « petits ». Ne jamais choisir « nos pauvres » ni un pauvre contre un autre. Ne pas solder ainsi, à bon prix, notre mauvaise conscience. Mais se laisser enseigner par leur parole et la présence du Christ dans le lien qui se noue. On ne sait pas a priori ce qu’elle nous enseigne – ce serait de l’idéologie. Mais on sait une chose, avec certitude : que son amour n’exclut jamais aucun pauvre de son indignation.

Cette tribune est parue le 30/07 dans le journal La Croix.
https://collectif-anastasis.org/2024/08/02/le-vote-rn-part-dune-souffrance-mais-y-repond-par-la-logique-du-bouc-emissaire/

« À Ceuta, le cri des pauvres s’élève en Europe »Francesco Antonini.À Ceuta, le cri des pauvres s’élève en Europe. C’est...
09/08/2026

« À Ceuta, le cri des pauvres s’élève en Europe »
Francesco Antonini.

À Ceuta, le cri des pauvres s’élève en Europe. C’est le cri des désespérés, des dominés, de ceux que le monde crucifie dans le silence et l’indifférence. Derrière les mots de ces femmes et de ces hommes, derrière leurs hurlements, derrière leurs larmes, derrière leurs espoirs, il n’y a pas simplement la manifestation d’une souffrance indicible : il y a la Croix.
La Croix qui se manifeste très précisément dans les plaies de l’humanité, là où le monde tue, exploite, divise. Ces jours-ci, Dieu a décidé de se révéler à Ceuta, s’incarnant dans le cri de ces jeunes Marocaines et Marocains, prêts à perdre la vie pour rejoindre le monde de l’opulence.
Le monde de l’opulence, de son côté, n’a fait qu’employer le langage qui lui est propre, celui des chiffres, de la logistique et de la défense. 60 000 migrants se ruant sur l’Europe, disent-ils ; nous devons annuler Schengen, ajoutent-ils ; c’est une invasion inacceptable, concluent-ils. Les gouvernements européens ne connaissent pas la langue de Dieu, ils ne savent pas que le Fils habite le cri de tous les crucifiés.

C’est parce qu’ils n’ont pas appris à écouter le cri du Christ que, à Ceuta, ils ne sont capables que de voir des migrants illégaux, un espace économique foulé, une invasion inadmissible. Nos politiciens, d’abord et avant tout ceux d’entre eux qui se professent chrétiens, ne semblent avoir aucune idée de ce que cela veut dire que d’accueillir dans son cœur la Croix du monde, d’en écouter les cris les plus épouvantables, d’en éprouver, dans sa propre chair, la tragédie bouleversante. Cette ignorance les empêche d’entrer dans le mystère de la miséricorde divine et de s’en laisser transformer.
Mais plus encore que nos politiciens, ce sont nos institutions qui montrent l’étendue de leur anonyme froideur ainsi que leur totale inadéquation aux agissements de l’Esprit. Une fois de plus, elles se sont démontrées, ces derniers jours, incapables d’être à la hauteur des « racines chrétiennes » que, pourtant, de nombreux thuriféraires de l’ordre néolibéral n’ont de cesse de brandir.
Elles ne manquent pas seulement d’un sens du réel – la compréhension des inégalités socio-économiques en Méditerranée et de leurs inévitables conséquences –, mais aussi d’une contemplation de la Croix. Tous occupés par une névrose conservatrice et une pulsion ordinatrice, l’une et l’autre typiques du néolibéralisme, nos institutions et nos politiciens ne sont plus en mesure de lire les événements autrement qu’avec les lunettes d’une politique asservie aux intérêts économiques et à la logistique de l’ordre.
Tous se gargarisent de grands mots à propos du peuple et de la nation, mais ils ne contemplent plus le visage de Dieu révélé par un homme crucifié par le monde, ils ont oublié le « voici » de Marie face à la Croix annoncée par l’ange, face à la Croix révélée par son Fils. Ils sont devenus entièrement étrangers à l’Évangile.
Ils n’ont même pas su pleurer les quelque 30 morts, noyés dans ce tombeau de la dignité qu’est la Méditerranée, de ces jeunes Marocaines et Marocains qui ont eu droit à une mort anonyme, sans enterrement, coupables d’avoir trop espéré, poussés par la misère, comme ces pauvres Italiens dont parle le pape François dans le prologue de son autobiographie, Espère, dévorés vivants par les requins dans l’océan Atlantique, alors qu’ils tentaient de rejoindre l’Amérique.
À Ceuta, le cri des pauvres s’élève en Europe. Le Crucifié a décidé de s’y révéler. Mais l’Europe ne sait plus écouter, elle n’en a peut-être jamais été capable. À présent, elle ne sait même plus pleurer ses morts.
https://collectif-anastasis.org/2026/07/30/a-ceuta-le-cri-des-pauvres-seleve-en-europe/

Christophe Cassou face à l’été cataclysmique : vivre ce que l’on a passé sa vie à annoncer Michel Caen.« Les incendies e...
03/08/2026

Christophe Cassou face à l’été cataclysmique : vivre ce que l’on a passé sa vie à annoncer

Michel Caen.
« Les incendies et les canicules à répétition depuis la fin du printemps ne sont qu’un avant-goût de ce que nous vivrons dans quelques étés. C’est ce dont les scientifiques nous alertent depuis longtemps. » Christophe Cassou, climatologue, est dans (l’émission de France Culture) les Matins d’été (https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins-d-ete/christophe-cassou-face-a-l-ete-cataclysmique-vivre-ce-que-l-on-a-passe-sa-vie-a-annoncer-2357103) pour en parler.

Les incendies en Gironde et les canicules à répétition depuis la fin du printemps ne sont qu’un avant-goût de ce que nous vivrons dans quelques étés. C’est ce dont les scientifiques nous alertent depuis longtemps déjà. Et ce à quoi les politiques semblent rester sourds. Christophe Cassou est climatologue, et il est dans les Matins d’été pour nous aider à comprendre ce qui nous attend, et à mesurer un peu plus l’urgence de provoquer la réaction des responsables politiques.

Un été « parfaitement dans le champ des possibles », mais un futur effrayant
Christophe Cassou explique que cette quatrième canicule de l'été n'a rien d'une surprise scientifique : « Cet été 2026, il était parfaitement dans le champ des possibles. On a commencé déjà à analyser le début d'été, le mois de mai et le mois de juin, et on peut trouver dans nos modèles climatiques des situations analogues à l'été caniculaire que l'on vient de vivre ». Il précise que la probabilité de vivre un mois de juin aussi chaud était d'« une chance sur trente », un chiffre qu'il juge « considérable », avant d'ajouter que ce mois de juin « deviendra la norme vers 2060-2070 ». Il alerte surtout sur le fait que l'épisode actuel n'est pas le pire scénario envisageable au niveau de réchauffement actuel : « On n'exclut pas d'avoir des températures autour de 48-50 degrés de manière ponctuelle et de manière très régionale en France », avec à terme des étés pouvant compter « 50-60 jours de canicule d'affilée » dès 2050-2060.

Sur l'irréversibilité du phénomène, il est catégorique : « Le carbone s'accumule dans l'atmosphère, c'est comme une baignoire qui se remplit, il faut du temps pour vider cette baignoire. » « On ne peut pas revenir en arrière », dit-il, mais souligne que chaque tonne de CO2 évitée reste déterminante pour limiter l'ampleur des dégâts à venir.

Un double déni politique face à une « faillite » plus qu'une crise.
Le climatologue dénonce avec force l'absence de vocabulaire adapté au niveau de gravité de la situation, préférant parler de « faillite » plutôt que de crise : « La faillite climatique ou la faillite hydrique, ou même faillite pyrrhique pour les incendies, correspond à des dommages qui sont accumulés, à des limites qui sont dépassées et qui ont sapé la capacité du système à se rétablir ». Il identifie un double déni chez les décideurs, celui de leur responsabilité passée et présente, et celui de la vulnérabilité collective, illustré selon lui par l'annonce d'une nouvelle filière anti-incendie : « Quand on échange entre collègues, on navigue entre l'incompétence, la stupidité, la bêtise, voire même la folie de ces décisions ». « Comment imaginer aujourd'hui pouvoir contrôler ces incendies, même avec 10 canadairs en plus, avec des dizaines de drones, sans s'attaquer à ce qui nourrit intrinsèquement ces feux ? », interroge-t-il.

Il rappelle que les leviers d'action sont pourtant documentés de longue date, notamment par un rapport régional remis dès 2013, concluant sobrement : « Personne ne peut dire qu'il ne savait pas ». Enfin, il décrit un basculement du climatoscepticisme vers ce qu'il nomme le « climato-bellicisme », une opposition frontale motivée par les intérêts menacés par la transition : « Il s'agit maintenant d'une véritable guerre contre les faits scientifiques ».

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/l-invite-e-des-matins-d-ete/christophe-cassou-face-a-l-ete-cataclysmique-vivre-ce-que-l-on-a-passe-sa-vie-a-annoncer-2357103

Mille jours de génocide : un moment Kairos pour le monde entier, déclaration du 3 juillet 2026Kairos PalestineMille jour...
30/07/2026

Mille jours de génocide : un moment Kairos pour le monde entier, déclaration du 3 juillet 2026
Kairos Palestine

Mille jours se sont écoulés depuis que Gaza a basculé dans l’un des chapitres les plus sombres de notre histoire moderne.
Depuis mille jours, les Palestiniens subissent sans relâche les massacres, la famine, les déplacements forcés et les destructions perpétrés par Israël. Des familles entières ont été anéanties, effaçant ainsi des générations du peuple palestinien. Des maisons, des hôpitaux, des écoles, des universités, des lieux de culte et des camps de réfugiés ont été réduits en ruines. Une population entière a été dépouillée de sa dignité humaine fondamentale et de ses droits, tandis qu’une grande partie du monde a assisté à ces événements en gardant le silence ou a même justifié l’un des pires crimes contre l’humanité.
En tant que Kairos Palestine, nous ne pouvons garder le silence. Notre foi et notre humanité nous appellent à dire la vérité, à défendre la vie et à nous tenir aux côtés des opprimés et contre l’oppression. Garder le silence face à une injustice aussi écrasante est une trahison tant de l’Évangile que de notre commune humanité.
Pourtant, Gaza n’est pas le seul front. Partout en Cisjordanie occupée, Israël continue d’accélérer l’expansion des colonies, le terrorisme des colons, les déplacements forcés, les attaques militaires et l’annexion de fait. Les communautés palestiniennes de toute la Cisjordanie, telles celles de Taybeh, de Beit Sahour et de nombreuses autres villes et villages, sont déracinées de leurs terres et soumises à une pression croissante due au terrorisme des colons, à la confiscation de terres et à l’expansion continue des colonies, ce qui menace la poursuite de leur présence dans le pays et accélère leur déplacement forcé.
Tout cela est le reflet d’un projet politique dangereux ancré dans l’idéologie colonialiste sioniste qui vise la domination de toute la région par la force militaire et l’expansion territoriale, et qui exploite le désir de paix et de sécurité des populations pour légitimer l’oppression, la ségrégation et le génocide.
Nous sommes profondément alarmés par les appels de plus en plus nombreux, au sein de la classe politique israélienne, en faveur d’une annexion permanente et d’un soi-disant « Grand Israël ». De telles ambitions ne constituent pas seulement une violation grave du droit international, mais renforcent aussi la déshumanisation et l’oppression des Palestiniens et des peuples voisins et menacent de condamner toute la région à des décennies de guerres récurrentes et d’instabilité. Une sécurité durable ne pourra jamais être obtenue par l’occupation, les déplacements de populations et les guerres.
Comme chrétiens palestiniens, nous rejetons toute tentative visant à instrumentaliser nos Écritures pour justifier l’oppression, la colonisation ou la destruction de notre peuple ou de tout autre peuple. Dieu n’est jamais du côté de l’injustice, Dieu se tient toujours aux côtés des opprimés. Comme nous l’avons affirmé dans le premier document Kairos Palestine, l’occupation est un péché contre Dieu et contre l’humanité, car elle nie l’image de Dieu en ceux qui sont opprimés.
Aujourd’hui, après mille jours de génocide, le monde ne peut plus prétendre l’ignorer, car les preuves sont accablantes. La question n’est plus de savoir si ces crimes sont commis ou ne le sont pas, mais plutôt si les gouvernements, les Églises et les institutions internationales vont enfin les reconnaître et agir avec foi et courage, comme ils sont appelés à le faire, tant moralement que légalement.
C’est pourquoi nous appelons :
• Les gouvernements
• Pour ce qui concerne Gaza : à faire pression sur Israël pour qu’il se retire complètement et immédiatement de la bande de Gaza et garantisse l’acheminement sans entrave d’une aide humanitaire suffisante, à mettre fin au soutien militaire et à la fourniture d’armes qui permettent la violation du droit international, à entamer la reconstruction de Gaza et à soutenir une véritable responsabilisation par le biais des mécanismes juridiques internationaux.
• Pour ce qui concerne la Cisjordanie : à rejeter l’annexion, l’expansion des colonies et toutes les tentatives visant à redessiner la région par la force militaire, tout en œuvrant pour une paix juste et durable qui garantisse la liberté, l’égalité et la sécurité pour tous.
• Les Églises du monde entier à aller au-delà de simples déclarations d’inquiétude et à mener des actions concrètes, créatives et non violentes, pour demander des comptes aux gouvernements, aux entreprises et aux organisations chrétiennes. Cela inclut de plaider en faveur de boycotts, de désinvestissements et de sanctions ciblés, de mettre fin au soutien militaire et économique qui permet l’oppression, et d’exiger une responsabilité totale en vertu du droit international.
Car il ne s’agit pas simplement d’une énième « crise » politique. C’est un moment Kairos, un moment de vérité. L’histoire ne se souviendra pas seulement de ceux qui ont commis ces crimes, mais aussi de ceux qui sont restés silencieux pendant qu’ils se déroulaient.
Notre espérance n’est pas fondée sur la puissance militaire ou des calculs politiques. Elle est fondée sur le Dieu de la justice qui nous appelle à résister au mal, à défendre la dignité humaine et à croire qu’une paix fondée sur la justice est encore possible.
Sa Sainteté le pape Léon XIV a écrit : « Ce n’est pas la guerre qui résout les problèmes ; au contraire, elle les amplifie et inflige des blessures profondes à l’histoire des peuples, des blessures qui prendront le temps de plusieurs générations pour guérir. Aucune victoire armée ne peut compenser la douleur des mères, la peur des enfants, ou les avenirs volés. »
Puisse la mémoire de ces « mille jours » devenir non point un énième jalon de l’incapacité à s’opposer au règne du pouvoir, mais un moment Kairos dans lequel la conscience collective humaine s’éveille enfin, dans lequel la responsabilité commence à être assumée, afin que le chemin vers une paix juste puisse enfin à nouveau être ouvert.
Kairos Palestine
Traduit par les Amis de Sabeel France

Dans un monde en crise, Edgar Morin nous invite à créer des "petites oasis de fraternité ". Bernard Ginisty.« Dans un mo...
22/07/2026

Dans un monde en crise, Edgar Morin nous invite à créer des "petites oasis de fraternité ".
Bernard Ginisty.

« Dans un monde toujours changeant et incompréhensible, les masses avaient atteint le point où elles croyaient simultanément tout et rien, où elles pensaient que tout était possible et que rien n’était vrai ». Ces mots d’Hannah Arendt, dans son ouvrage classique sur le système totalitaire, me paraissent illustrer le climat actuel dans notre pays. D’une part, des annonces futuristes sur une société du numérique qui nous assurerait, via la mondialisation heureuse, un avenir merveilleux. D’autre part, des élus qui se renvoient à la figure des affaires en tous genres au gré des sondages qui leur servent de boussole. Cette juxtaposition d’un monde dont les progrès techniques laissent croire que « tout est possible » et d’une classe politique qui laisse de plus en plus au citoyen le goût amer du « rien n’est vrai », contribue à la crise du vivre ensemble.

Comment une société à l’individualisme exacerbé et pour qui l’économie financiarisée est devenue la mesure de toute chose peut-elle fonctionner autrement ? Des sociétés ne pourront éternellement survivre à ce double jeu dans lequel Hannah Arendt voyait le lit du totalitarisme. En effet, juxtaposer le « tout est possible » et le « rien n’est vrai » conduit au « tout est permis. ». Face à ce risque, il ne suffit plus d’invoquer de façon incantatoire le bien commun, la citoyenneté et la fameuse modernisation. Il faut s'engager dans un travail critique sur les soi-disant évidences qui nous empêchent de penser un art de vivre au quotidien.

Dans les sociétés primitives, l’individu était défini par sa matrice microsociale d’origine. On était d’un village, on avait la religion de son clan, on faisait le métier de ses parents et les relations matrimoniales laissaient de côté les subjectivités pour assurer le but premier de la perpétuation du groupe. Dans cet univers marqué par la pénurie, les lois de l’hospitalité et la solidarité du clan étaient des conditions de survie. La solidité de cette solidarité avait comme contrepartie la négation de la liberté individuelle. La survie collective s’imposait à tous. L’histoire de la modernité est faite d’« atomes sociaux » qui ont rompu avec cette matrice sociologique première. Cet éclatement a été préparé par l’évolution philosophique de la pensée du sujet, au niveau religieux en Occident par Luther et la Réforme, au niveau politique par les Lumières, au niveau économique par l’urbanisation et l’industrialisation. Le contrat de travail à durée indéterminée a été l’outil juridique et économique qui a permis à chaque individu d’exister hors de son clan. Mais la disparition des formes traditionnelles de régulation de la vie collective a laissé les individus de plus en plus à leur solitude. Et l’urbanisation, comme la grande industrie, ont créé ce qu’on a appelé des « masses », mot qui n’avait aucun sens dans une société traditionnelle.

Deux « Maîtres » ont prétendu régir ces « masses » : le « socialisme scientifique » et le marché. Face à l’aliénation des masses urbanisées, déracinées de leur matrice d’origine, il y a eu ceux qui ont demandé à une « science » du développement des sociétés de type marxiste de constituer le référent politique. Il suffisait qu’un parti politique porteur de cette science prenne le pouvoir, et on allait vers les lendemains qui chantent. Or, en guise de lendemains qui chantent, nous avons eu les lendemains de gu**le de bois. Le libéralisme a confié la gestion des individus déracinés à « la main invisible » du marché chère à Adam Smith. Les fractures sociales grandissantes, les désastres humanitaires et écologiques démentent chaque jour la capacité du marché à faire face à la situation. Ces deux systèmes manifestent chaque jour leur incapacité à faire face aux crises actuelles. La tentation est alors grande de vouloir revenir « au corps d’origine. » C’est la source de tous les intégrismes, de tous les nationalismes, de tous les fondamentalismes. Quand on ne sait plus où on va, quand on n’a plus de projet, on risque d’être tenté par la régression.

Ce que nous devons inventer, c’est une troisième phase. Au lieu de rechercher le Maître perdu, notre travail est de naître à un nouveau monde. Oui, l’individu a découvert qu’il était, naissait et mourrait seul, comme disait Pascal. Mais il ne se réalisera qu’en traversant constamment ce que j’appelle des espaces microsociaux médiateurs. Son histoire sera faite d’appartenances successives et plurielles. Il va entrer et sortir dans quantité de groupes formels ou informels et devra sans cesse affronter l’inattendu. En 2021, en pleine crise du Covid, à la veille de ses cent ans, Edgar Morin, qui nous a quittés il y a quelques semaines, nous invitait à créer des oasis de fraternité :
« J'ai été surpris par la pandémie, mais dans ma vie, j'ai l'habitude de voir arriver l’inattendu. L'arrivée de Hi**er a été inattendue pour tout le monde. Le pacte germano-soviétique était inattendu et incroyable. Le début de la guerre d'Algérie a été inattendu. Je n'ai vécu que pour l'inattendu et l'habitude des crises. En ce sens, je vis une nouvelle crise énorme, mais qui a toutes les caractéristiques de la crise. C'est-à-dire que d'un côté suscite l'imagination créative et suscite des peurs et des régressions mentales. Nous recherchons tous le salut providentiel, mais nous ne savons pas comment.

Il faut apprendre que dans l'histoire, l'inattendu se produit et se reproduira. Nous pensions vivre des certitudes, des statistiques, des prévisions, et à l'idée que tout était stable, alors que tout commençait déjà à entrer en crise. On ne s'en est pas rendu compte. Nous devons apprendre à vivre avec l'incertitude, c’est-à-dire avoir le courage d'affronter, d'être prêt à résister aux forces négatives. La crise nous rend plus fous et plus sages. Une chose et une autre. La plupart des gens perdent la tête et d'autres deviennent plus lucides. La crise favorise les forces les plus contraires. Je souhaite que ce soient les forces créatives, les forces lucides et celles qui recherchent un nouveau chemin, celles qui s'imposent, même si elles sont encore très dispersées et faibles. Nous pouvons nous indigner à juste titre, mais ne devons pas nous enfermer dans l’indignation.

Il y a quelque chose que nous oublions : il y a vingt ans, un processus de dégradation a commencé dans le monde. La crise de la démocratie n'est pas seulement en Amérique latine, mais aussi dans les pays européens. La maîtrise du profit illimité qui contrôle tout est dans tous les pays. Idem la crise écologique. L'esprit doit faire face aux crises pour les maîtriser et les dépasser. Sinon nous sommes ses victimes. Nous voyons aujourd'hui s'installer les éléments d'un totalitarisme. Celui-ci n'a plus rien à voir avec celui du siècle dernier. Mais nous avons tous les moyens de surveillance de drones, de téléphones portables, de reconnaissance faciale. Il y a tous les moyens pour faire surgir un totalitarisme de surveillance. Le problème est d'empêcher ces éléments de se réunir pour créer une société totalitaire et invivable pour nous.

À la veille de mes 100 ans, que puis-je souhaiter ? Je souhaite force, courage et lucidité. Nous avons besoin de vivre dans des petites oasis de vie et de fraternité » (1).

(1) Publié le 30 janvier 2021 par l’Association Or gris : seniors acteurs des territoires, dans une société pour tous les âges.

https://www.garriguesetsentiers.org/2026/07/dans-un-monde-en-crise-edgar-morin-nous-invite-a-creer-des-petits-oasis-de-fraternite.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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