NSAE Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre

NSAE Non pas une autre Eglise, mais une Eglise autre NSAE veut réagir à la domination des forces d’immobilisme dans l’Église et d’oppression dans la société, et contre toutes les exclusions.

Les clés cachées de la décision inattendue de Léon XIV : une laïque conservatrice à la tête de la communication du Vatic...
07/06/2026

Les clés cachées de la décision inattendue de Léon XIV : une laïque conservatrice à la tête de la communication du Vatican

« Léon XIV semble avoir choisi une personne qui comprend le pouvoir des médias, la force des convictions et la nécessité de s'adresser au monde sans hésitation. »

José Manuel Vidal

Le choix de María Montserrat Alvarado comme préfète du Dicastère pour la Communication semble moins relever d'une affinité idéologique que d'une démarche stratégique. Par sa nomination, Léon XIV souhaitait placer une laïque à la tête d'une institution vaticane clé, une femme possédant une réelle expérience des grands médias, capable de s'adresser à des publics très divers et d'aborder des sujets où l'Église est souvent moins visible.

La nomination d'Alvarado suggère un pape disposé à dépasser les frontières, à gérer les tensions et à renforcer la communication du Vatican avec une figure fine connaissant parfaitement les enjeux de la guerre culturelle, l'écosystème médiatique américain et le rayonnement mondial de l'Église. Quels sont les secrets de cette nomination inattendue, qui présente des inconvénients évidents mais aussi des avantages manifestes ?

Une décision surprenante

Le profil d'Alvarado est quelque peu inattendu et, précisément pour cette raison, révélateur. Le choix par le pape d'une ancienne présidente d'EWTN News – le réseau international que François avait jadis vivement critiqué, le qualifiant d'« œuvre du diable » – peut s'interpréter moins comme une concession au conservatisme médiatique que comme une manière d'intégrer les voix dissidentes, reconnaissant que la communion ecclésiale ne repose pas uniquement sur des individus partageant les mêmes idées.

Ce n'est pas un hasard si la nouvelle directrice de la communication du pape est membre de l'Institut Acton, think tank ultraconservateur fondé par Robert Sirico, et si le Wall Street Journal l'a décrite comme « une championne de toutes les religions en première ligne des guerres culturelles américaines ». Et la droite des réseaux sociaux jubile (et proclame que « la fête est finie »), de la prêtresse argentine Olivera Ravasi à l'ancien membre de Sodalitio, Alejandro Bermúdez.

Léon XIV semble avoir admis que l'Église ne peut se permettre de s'adresser uniquement aux convaincus ni aux catholiques d'une seule frange ni de gérer le Dicastère pour la Communication comme un espace d'autoprotection idéologique.

Le premier grand tournant se situe au sein même de l'Église : Alvarado est la première femme laïque à diriger un dicastère, confirmant ainsi que la voie ouverte par Praedicate Evangelium n'était pas qu'un symbole. François avait insisté sur une véritable réforme de la Curie, et Léon XIV fait un pas significatif dans cette direction en confiant une responsabilité de haut niveau à une femme reconnue professionnellement. Dans une Église qui débat encore de la présence des femmes dans les instances décisionnelles, cette nomination revêt une immense portée symbolique.

Un pari américain

Il y a aussi une lecture géopolitique claire dans l’élection. Alvarado est mexicaine de naissance, américaine de formation et de nationalité, ce qui fait d'elle un pont entre deux univers décisifs pour le catholicisme contemporain. Léon XIV semble conscient que l'Église catholique aux États-Unis ne peut plus être comprise sans sa dimension hispanique (36 % de la population américaine) ni sans l'énorme influence de la culture anglophone.

Placer une professionnelle américano-mexicaine à la tête de la communication du Vatican pourrait être une manière de dire que Rome veut parler à l'Amérique avec un accent continental et pas seulement avec les codes européens.

Ce tournant a aussi une dimension médiatique très spécifique. Alvarado a travaillé dans le domaine de l'activisme pro-vie et pro-liberté religieuse, mais aussi en direction d'un grand groupe médiatique comme EWTN, capable d'atteindre des centaines de millions de foyers dans de nombreux pays et cultures différentes.

Nous ne sommes pas face à une responsable bureaucratique, mais plutôt à une stratège de terrain, habituée à penser la communication comme une véritable influence, une portée internationale et un débat autour de l'histoire. Si Léon XIV veut que ses messages traversent le bruit médiatique mondial, il lui faut des profils qui n'ont pas peur de rivaliser dans l'écosystème des grandes plateformes.

Cette décision n’est cependant pas sans risque. Alvarado porte le fardeau de ses liens très étroits avec une chaîne qui a symbolisé la résistance frontale au style de François, et qui peut amener certains à voir dans cette nomination le signe d'un tournant, voire d'une concession.

Apprivoiser sans casser

La grande question est de savoir si le Pape cherche, avec cette nomination, à « apprivoiser » EWTN et, en même temps, à montrer qu’il sait accepter les critiques raisonnables, même de son propre domaine ecclésial. Léon XIV semble vouloir démontrer qu'il ne gouverne pas à partir d'une logique de blocs fermés, mais à partir d'une volonté d'intégration.

Nommer quelqu'un qui s'identifie au monde conservateur, mais qui possède beaucoup de capacités techniques et d'expérience pourrait être sa manière de tendre la main à des secteurs qui regardaient Rome avec distance (et avec une inimitié non dissimulée à l'époque de François), sans renoncer à les intégrer véritablement dans la direction générale du pontificat.

Léon XIV ne semble pas privilégier une approche conciliante, mais plutôt une approche capable d'instaurer un véritable dialogue, même avec ceux qui l'ont critiqué, lui ou son prédécesseur. S'il parvient à rallier une figure très conservatrice à une stratégie d'unité, le pape aura transformé une apparente contradiction en un signe de force.

Sortir de l'enclos

Il existe aussi une dimension moins visible, mais peut-être plus importante : la sortie du Vatican de son « enclos » italien. Pendant des décennies, la communication vaticane a été excessivement contrainte par des logiques, des styles et des réseaux très romains. Avec Alvarado, Léon XIV choisit une femme extérieure à ces cercles d'influence, dotée d'une perspective plus internationale et d'une compréhension plus directe du paysage médiatique nord-américain et mondial.
Cela signifie d’une part un changement de génération, mais d’autre part un changement de style et de tendance, qui met fin à l’endogamie et à la barrière curiale, pour obtenir un plus grand impact et une plus grande projection internationale.

En ce sens, la nomination d'Alvarado semble répondre à l'intuition sous-jacente selon laquelle l'avenir de la communication de l'Église ne se décide pas seulement (ni même principalement) à Rome, mais dans la capacité de dialoguer avec de larges publics, langues et cultures.

Si l’Église veut envoyer ses messages à un monde fragmenté et plein de bruit médiatique, elle a besoin de médiateurs qui connaissent la grammaire de ce monde et ne se limitent pas à reproduire des formules internes déjà dépassées. Alvarado incarne, avec toutes ses tensions, cette possibilité.

Une élection pleine de substance

Les avantages l’emportent-ils sur les inconvénients ? Léon XIV semble avoir pensé, même si j'ai des doutes, que le passage du temps le réaffirmera ou le dissipera. Ce qui est clair, c’est que la décision papale ne vise pas une communication domestiquée, mais plutôt une communication plus large, plus incisive, plus capable de construire des ponts là où d’autres ne voient que des tranchées. Le Pape semble avoir voulu dire que l'Église peut intégrer des profils divers sans renoncer à son identité, et que l'unité ne se réalise pas en effaçant les différences, mais en les mettant au service d'une mission commune.

La nomination de María Montserrat Alvarado n'est donc pas qu'une surprise stylistique, mais bien une déclaration de méthode. Léon XIV semble avoir choisi une personne qui comprend le pouvoir des médias, la force des convictions et la nécessité de s'adresser au monde sans complexe. À une époque de polarisation, il s'agit sans doute de l'une de ses décisions les plus judicieuses.

https://www.religiondigital.org/rumores_de_angeles/claves-ocultas-jugada-inesperada-leon_132_1456088.html

Léon XIV en Espagne : Rencontres et désaccordsJuan José TamayoLe pape Léon XIV arrive en Espagne fort d'une excellente r...
07/06/2026

Léon XIV en Espagne : Rencontres et désaccords

Juan José Tamayo

Le pape Léon XIV arrive en Espagne fort d'une excellente réputation sur les plans international, national et intellectuel… Sa visite en Espagne suivra-t-elle cette voie ou prendra-t-elle une autre tournure ? À suivre.

Le bon parcours de Léon XIV

Un peu plus d'un an après son élection, le pape Léon XIV arrive en Espagne fort d'une excellente réputation sur les plans international, national et intellectuel. Sur le plan international, il s'est distingué par sa confrontation directe avec son compatriote, le président américain Donald Trump ; sa réponse sereine à ses insultes et remarques désobligeantes ; sa critique ferme de la politique belliciste de Trump ; son rejet de la menace de Trump de détruire la civilisation p***e ; et sa condamnation des interventions militaires de Trump et de Netanyahu. Cette ligne de conduite a fait de lui une autorité morale internationale, contrairement à la plupart des dirigeants politiques qui sont restés silencieux ou ont fait preuve de pusillanimité en ne condamnant pas de telles violations flagrantes du droit international.

Au niveau national, il convient de souligner l'intervention de Léon XIV dans les négociations avec le gouvernement espagnol concernant la reconfiguration du mausolée de Cuelgamuros, suite au transfert de la dépouille du dictateur de la basilique de la Vallée des Morts, ainsi que le rôle fondamental qu'il a joué pour que la Conférence épiscopale espagnole accepte le versement d'indemnisations aux victimes de pédophilie au sein de l'Église catholique.

Sur le plan intellectuel, il arrive avec l'encyclique Magnifica Humanitas, considérée comme l'une des réflexions interdisciplinaires les plus rigoureuses et les plus étayées sur l'intelligence artificielle. Cette encyclique défend la dignité humaine face aux technocrates qui soumettent les êtres humains à leur pouvoir déshumanisant et les transforment en marchandises. En réponse au posthumanisme et au transhumanisme, elle plaide pour un humanisme écologique, relationnel et décolonial, solidaire des victimes des guerres et du pouvoir technocratique.

Vestiges de la chrétienté et du catholicisme national ?

La visite de Léon XIV en Espagne suivra-t-elle cette voie, ou prendra-t-elle un autre tournant ? L'avenir nous le dira. En tant que chef d'État – rôle le moins conforme à l'Évangile et auquel il devrait donc renoncer – dans un pays qui n'est pas exactement un État démocratique régi par l'État de droit, il rencontrera le roi et la reine, le gouvernement, le corps diplomatique, ainsi que des parlementaires à la Chambre des députés, où il sera le premier pape à prendre la parole. Ces rencontres ne contredisent-elles pas la nature pastorale de la visite ? Ne nous ramènent-elles pas à l'époque de la chrétienté ? Ne sont-elles pas, peut-être, des vestiges d'un catholicisme national ? Il organisera des événements de masse : des rencontres avec le monde de la culture, de la société civile, de l'économie et du sport ; des prières avec les jeunes ; et des célébrations eucharistiques dans l'espace public, entre autres, dont la procession de la Fête-Dieu dans les rues de Madrid.

Je ne partage pas l'avis de ceux qui défendent l'idée que le christianisme doit se limiter à la sphère privée et aux lieux de culte, et être exclu de l'espace public et politique, et encore moins celui de ceux qui défendent le caractère confessionnel des institutions publiques. Toutefois, dans le respect de la séparation de l'Église et de l'État et de l'autonomie politique, je suis favorable à une présence publique critique du christianisme, notamment par son implication dans les espaces marginalisés, sa participation aux mouvements sociaux et son engagement dans la lutte pour la justice et l'égalité. Je ne crois cependant pas que la procession de la Fête-Dieu soit la forme la plus appropriée de cette présence publique critique de l'Église.

Rencontres avec les personnes et les groupes les plus vulnérables

Les rencontres les plus en phase avec l’attention portée par Léon XIV au Sud global et avec l’appel du pape François à aller vers les périphéries humaines seront celles qu’il mènera dans les prisons avec les détenus, dans les centres d’hébergement pour les sans-abri et dans les lieux d’accueil pour les migrants. Il visitera des organisations caritatives et des groupes d’aide œuvrant auprès des personnes et des groupes les plus vulnérables, où il constatera de visu les discriminations sociales, culturelles, politiques et ethniques auxquelles ils sont confrontés et les souffrances qui en découlent, mais aussi la mise en pratique de la compassion. Il visitera le port emblématique d’Argineguin, où il sera témoin du sort tragique des migrants, dont beaucoup perdent la vie en tentant de rejoindre nos côtes.

Ces rencontres illustrent parfaitement l’option préférentielle pour les groupes les plus vulnérables, marginalisés et opprimés, ainsi que « l’amour des pauvres », thème auquel Léon XIV a consacré son exhortation apostolique Dilexite, où l’on peut lire :

« L’amour chrétien surmonte toutes les barrières, se rapproche de ceux qui sont loin, rassemble les étrangers, rend les ennemis familiers, franchit des abîmes humainement insurmontables, pénètre les recoins les plus cachés de la société. Par sa nature même, l’amour chrétien est prophétique, opère des miracles, est sans limites : il œuvre pour l’impossible. L’amour est avant tout une manière de concevoir la vie, une manière de la vivre. »

Les victimes de pédophilie et les associations féministes exclues des rencontres

De nombreux groupes ne figurent pas à l’agenda officiel du Pape. Deux en particulier ont suscité l’attention et une vive indignation : les victimes de pédophilie et les associations qui les représentent, d’une part, et les associations féministes, d’autre part. Les groupes féministes chrétiens, notamment le Mouvement de la Révolte des Femmes, présent dans la plupart des diocèses espagnols, en sont un autre exemple. Ces collectifs luttent contre le patriarcat religieux et œuvrent pour que « l'égalité devienne la norme au sein de l'Église ».

Dans un patriarcat parfait comme l'Église catholique, les femmes sont exclues de l'espace public, des sphères de pouvoir, de la présidence des actes liturgiques, des lieux où se prennent les décisions les plus importantes, où se formule la « doctrine correcte » et où est prescrite une morale, souvent répressive pour les femmes. Nous le constaterons lors de la visite du Pape et des célébrations liturgiques : aucune femme ne concélébrera à l'autel, seulement des membres du clergé de différents rangs – Pape, évêques, prêtres. Cette image patriarcale rendra impossible toute tentative de transformer l'Église en une communauté d'égaux, à l'image du mouvement égalitaire de Jésus de Nazareth.

L'absence de rencontres du Pape avec les groupes féministes, chrétiens ou autres confirme une loi de l'histoire : la réponse à la marginalisation des femmes peut attendre. Il y a toujours d'autres problèmes à régler, plus urgents. En attendant, les femmes resteront la majorité réduite au silence – non pas silencieuses, mais réduites au silence ; elles continueront à faire entendre leur voix, mais elles ne seront pas entendues. Je partage l'avis exprimé dans la Lettre ouverte de Women's Revolt au Pape : « Si nous nous tournons vers l'Église, nous nous sentons invisibles, ignorées, mises à l'écart et découragées. »

Au programme du voyage du pape à Madrid, Barcelone et aux Canaries, il n'y a pas non plus de rencontres avec les victimes d'abus sexuels commis par des prêtres, des religieux et religieuses, des enseignants, des confesseurs, des pères spirituels, etc., dans les séminaires, noviciats, camps, paroisses, écoles et autres espaces religieux. Face aux protestations des associations de victimes de ne pas pouvoir rencontrer le Pape, on parle d'une réunion privée avec certaines d'entre elles, sans lumières ni sténographes. Une telle rencontre ne serait-elle pas embarrassante ?

Les attitudes de la hiérarchie face au crime de pédophilie dans l'Église ont été le déni, la dissimulation, la complicité, le laissez-faire, le laissez-passer, l'opacité, l'insensibilité à la souffrance des victimes, le refus de collaborer avec la justice, le manque de sanctions adéquates pour les pédophiles en fonction de la gravité du crime et l'absence de compassion. Si la rencontre avec les victimes n’avait pas lieu ou se faisait en privé, elles seraient à nouveau victimisées, humiliées et rendues invisibles. Pendant que j'écris cet article, j'ai lu dans le journal EL PAÍS (vendredi 5 juin) que 7 cardinaux et 61 évêques espagnols sont accusés de dissimulation de pédophilie. L’absence de rencontre avec les victimes de la pédophilie n’est-elle pas aussi une manière de les dissimuler et de les protéger ?

Renonciation aux privilèges pour la cohérence évangélique

Le Pape rencontrera la Conférence épiscopale espagnole. Cela me semble une excellente occasion pour mettre sur la table une série de demandes adressées aux évêques espagnols en matière de cohérence évangélique. Sans vouloir être exhaustif, je cite les suivants : renoncer volontairement aux privilèges économiques, éducatifs, fiscaux, juridiques et culturel dont vous bénéficiez ; restituer les biens inscrits à son nom à ses véritables propriétaires : le peuple et l'État ; appliquer la Loi sur la Mémoire Historique dans ses institutions, temples et autres lieux religieux ; renoncer aux dotations fiscales et s’engager à s’autofinancer ; supprimer l'enseignement des religions confessionnelles à l'école et soutenir la création d'une matière d'histoire des religions dans le cadre de l'histoire de la culture ; soutenir la création d'un statut de laïcité aux niveaux étatique, régional et municipal ; excuser la pédophilie et indemniser les victimes ; soutenir la révision de l'article 16.3 de la Constitution espagnole, qui place l'Église catholique dans une situation privilégiée et les autres religions dans une position de discrimination ; m'excuser d'avoir soutenu le coup d'État qui a mis fin à la démocratie républicaine et à la légitimation de la dictature.

https://www.religiondigital.org/el_blog_de_juan_jose_tamayo/leon-xiv-espana-encuentros-desencuentros_132_1456444.html

« Magnifica Humanitas » : Désarmer l'intelligence artificielle et prendre soin de l'humanitéJuan José Tamayo.« Aucun int...
02/06/2026

« Magnifica Humanitas » : Désarmer l'intelligence artificielle et prendre soin de l'humanité

Juan José Tamayo.

« Aucun intellectuel n'est allé aussi loin dans la critique de l'IA. Tout au plus, défent-on la nécessité de la réglementer. Léon XIII comprend – et comprend parfaitement – qu'il ne suffit pas de la réglementer ; il faut la désarmer. »

Le 15 mai 1891, le pape Léon XIII publiait l'encyclique Rerum Novarum, qui posait les fondements d'un nouveau discours au sein de l'Église catholique : la doctrine sociale. Il y cherchait à répondre aux problèmes engendrés par la révolution industrielle, notamment l'exploitation de la classe ouvrière et les conditions de vie inhumaines des plus démunis. Certes, quarante-trois ans s'étaient écoulés depuis la publication du Manifeste du Parti communiste par Marx et Engels en 1848, mais c'était la première fois que le Vatican abordait la question sociale de façon monographique dans une encyclique.

Le 15 mai 2026, 135 ans plus t**d, le pape Léon XIV, qui choisit ce nom en hommage à Léon XIII, publie l'encyclique Magnificat Humanitas : Sur la sauvegarde de la personne humaine à l'ère de l'intelligence artificielle (IA). C'est la première fois qu'un pape traite la question de l'intelligence artificielle avec une rigueur scientifique, la considérant comme l'un des défis majeurs de notre époque, qui, avec la numérisation et la robotique, transforme notre monde et la vie des êtres humains.

Et il le fait avec l'une des réflexions globales les plus lucides que je connaisse, caractérisée par une solide approche interdisciplinaire puisant dans l'anthropologie, la philosophie, l'éthique, la théologie et les sciences sociales et politiques. Aucun domaine du savoir, de l'activité humaine ou de la nature n'est à l'abri de l'IA : travail, éducation, culture, science, art, économie, communication, littérature, gouvernance, droits humains, dignité humaine. Tous sont affectés, souvent non pas dans le respect de la dignité humaine, mais en soumettant les êtres humains à un pouvoir technocratique oppressif et déshumanisant, et en les réduisant à de simples marchandises.

Le pape signe l'encyclique « Magnifica Humanitas » au Vatican le 15 mai 2026.

Ainsi, l'impératif catégorique kantien est inversé : l'être humain cesse d'être une fin en soi et devient un simple moyen pour atteindre des objectifs fallacieux qui violent et aliènent la dignité humaine inaliénable.

Réflexion anthropologique

Dans sa réflexion anthropologique, l'encyclique appelle à éviter toute assimilation de l'intelligence artificielle à l'intelligence humaine. Ses entités ne vivent pas par l'expérience, elles n'ont pas de « chair », elles ne mûrissent pas dans les relations humaines, elles ignorent ce que signifient l'amour, l'amitié ou la responsabilité, elles sont dépourvues de conscience morale, elles simulent l'empathie et la compréhension, mais il leur manque un horizon affectif, relationnel et spirituel.

Les êtres humains ne sont ni Prométhée, ni héros, ni dieux, ni même omniscients, réfutant ainsi la vision qui fait appel à la théorie de l'évolution. Nous sommes des êtres limités et vulnérables. C'est précisément parce que nous éprouvons des limites, la finitude, la vulnérabilité, la douleur et l'échec que nous pouvons reconnaître notre propre dignité et celle d'autrui comme inviolables, affirme Léon XIV.

Poursuivant cette réflexion anthropologique, la finitude ne nous appauvrit pas ; au contraire, elle nous ouvre à la reconnaissance du visage de Dieu, du visage d'autrui, et nous conduit à bâtir une fraternité qui nous dépasse et à reconnaître l'injustice comme un scandale. De la fragilité et de la vulnérabilité qui nous définissent en tant qu'êtres humains naissent la compassion, la générosité, l'expérience spirituelle et le culte de Dieu.

En réaction au transhumanisme et au posthumanisme, qui construisent un être humain artificiel et individualiste, détaché de la société et de la nature, Léon XIII défend un humanisme écologique, relationnel, décentré et décolonisateur, solidaire des victimes du pouvoir technocratique. Cette solidarité implique de toucher la « chair » de celles et ceux qui souffrent, de résister à leurs regards provocateurs, de les regarder en face, d'écouter leurs histoires, de reconnaître leurs blessures et de leur donner la parole.

Il s'agit donc d'un humanisme bien éloigné du faux humanisme du capitalisme, du prétendu humanisme du « visage humain », et de l'humanisme chrétien qui, à d'autres époques, a justifié et légitimé le colonialisme, lequel a conduit à l'asservissement de peuples entiers et à la destruction de cultures et de civilisations.

Réflexion éthique

Sur le plan éthique, Léon XIV s'en prend directement aux technocrates et techno-oligarques – il suffit de les nommer, et les lecteurs le feront spontanément – qui gouvernent le monde actuel, et il démasque leur pouvoir technocratique, qui conduit au technofascisme et au technoféodalisme. La technologie cesse d'être un simple instrument et devient un critère de conduite, réduisant « la création à un objet d'exploitation et les êtres humains à des rouages d'un système toujours plus efficace », mais de moins en moins humain (n° 92).

L'encyclique attire l'attention sur les risques graves que représente ce paradigme technocratique puissant, parmi lesquels elle cite les suivants : il ne profite qu'à quelques-uns, marginalise les individus et les groupes les plus vulnérables et déshumanise les relations sociales. Seul un progrès technologique guidé par l'éthique et non soumis aux pressions du marché est acceptable ; il doit être au service de la dignité humaine, et non de la déshumanisation.

Réflexion politique

Dans sa réflexion politique, Léon XIII est très conscient du climat de guerre actuel engendré par les seigneurs de guerre et les affronte avec fermeté et détermination, comme il l'a fait ces derniers mois avec Trump et Netanyahou en condamnant leurs interventions militaires au Venezuela, en Iran et au Liban, ainsi que les massacres perpétrés contre la population de Gaza après les accords de paix.

Dans l'encyclique, il appelle au désarmement de l'IA. Aucun intellectuel n'est allé aussi loin dans sa critique de l'IA. Tout au plus défend-on la nécessité de la réglementer. Léon XIII comprend – et comprend parfaitement – qu'il ne suffit pas de la réglementer ; il faut la désarmer. Il explique lui-même le sens de ce terme : « la soustraire à la logique de l'armement, qui aujourd'hui n'est plus seulement militaire, mais aussi économique et cognitive […], rompre cette équivalence entre puissance technologique et droit de gouverner […], la soustraire aux monopoles » (n° 110).

Il appelle à désarmer les mots et, par là même, à contribuer au désarmement de la Terre, à dire non à la guerre des mots et des images, à rejeter le paradigme de la guerre, à bâtir une paix indissociable de la justice, suivant le précepte du Psaume 85 de la Bible hébraïque : « La bonté et la vérité se sont rencontrées, la justice et la paix se sont embrassées » (85,11). Il affirme avec force qu’aucun algorithme ne saurait rendre la guerre moralement acceptable. Dès lors, il n’y a pas de guerres justes, mais une paix juste, « désarmée et désarmante » (n° 192), comme il l’a déclaré dans son premier discours après son élection à la papauté.

Dans ses réflexions politiques, il souligne la crise du multilatéralisme, la dialectique ami-ennemi dans les relations internationales, ainsi que l’affaiblissement et la perte d’autorité morale des institutions.

Mais l’humanité évolue dans la direction opposée : « elle sombre dans la culture violente du pouvoir » et « la paix n’est plus présentée comme une tâche à accomplir, mais comme un intervalle précaire entre deux conflits » (n° 192).

Dans ses réflexions politiques, il souligne la crise du multilatéralisme, la dialectique ami-ennemi dans les relations internationales, l’affaiblissement et la perte d’autorité morale des institutions créées pour sauvegarder le destin commun des peuples et le bien commun à l’échelle mondiale, le remplacement du droit international par la « loi du plus fort », la tendance à construire l’identité nationale en créant un ennemi, et le retour de la logique de l’équilibre des forces armées et de la dissuasion (n° 204). Il en résulte la progression d’une « multipolarité désordonnée et conflictuelle, gouvernée par la méfiance envers l’autre » (n° 201).

Réflexion théologique

Dans sa réflexion théologique, Léon XIV analyse deux modèles de civilisation à travers deux images bibliques marquantes : Babel et Jérusalem. Babel symbolise l’uniformité qui gomme les différences, l’homogénéisation et la langue unique, l’orgueil et l’autosuffisance, l’idolâtrie du profit et le sacrifice de la dignité humaine. La reconstruction de Jérusalem, sous la direction de Néhémie, symbolise la création d’une cité fondée sur la responsabilité partagée de tous, la reconnaissance de la valeur du travail collectif, le rétablissement de relations sociales égalitaires et le respect de la diversité.

Léon XIV appelle à éviter le « syndrome de Babel » et à suivre la « voie de Néhémie ». Il demande la reconstruction des liens sociaux, la réintégration des exclus et la guérison des blessures infligées par diverses formes d’injustice : guerres, colonialisme, discriminations raciales et sexistes, exploitation et violences contre des peuples entiers.

Léon XIV : Une autorité morale mondiale et un défenseur de la dignité humaine face aux technocrates et aux seigneurs de guerre qui gouvernent le monde

Par sa confrontation directe avec Trump et Netanyahu et sa condamnation de la guerre, Léon XIV se révèle être une autorité morale mondiale. Avec cette encyclique, il devient l'un des grands défenseurs de la dignité humaine, en particulier celle des plus vulnérables, des plus appauvris et des peuples opprimés ; une dignité de plus en plus menacée, voire bafouée, par divers systèmes de domination : néolibéralisme, colonialisme, patriarcat, suprématie blanche, bellicisme, sexisme, discours de haine, fascisme chrétien, aporophobie, fondamentalismes, nécropolitique, culture du déchet, écocide, racisme, xénophobie… Tous ces systèmes transforment la dignité humaine en indignité pour la majorité de la population.

Nous sommes face à un document anthropologique, éthique, théologique et politique fondamental, susceptible de façonner l'avenir de l'humanité face à l'intelligence artificielle. Elle peut changer de cap et s'orienter vers l'amélioration de la vie humaine au lieu d'asservir les individus à une création qu'ils ont eux-mêmes engendrée. Si les principes de Magnifica Humanitas sont respectés, l'IA deviendra un instrument au service de l'intelligence humaine.

Dans le cas contraire, l'IA finira par s'approprier l'intelligence humaine et la mettre au service des technocrates qui la manipulent. Nous deviendrons les marionnettes de ces technocrates, dont l'idolâtrie n'est pas le culte du veau d'or, comme celui des Hébreux, mais le culte de l'or du veau, à l'instar des ploutocrates.

https://www.religiondigital.org/el_blog_de_juan_jose_tamayo/magnifica-humanitas-desarmar-inteligencia-artificial-papa_132_1455806.html

Le pape « présente » sa première encyclique : « L’IA doit être désarmée (…) pour construire une société plus fraternelle...
26/05/2026

Le pape « présente » sa première encyclique : « L’IA doit être désarmée (…) pour construire une société plus fraternelle et plus humaine »

Jesús Bastante.

Ce fut un moment historique. Après les discours des cardinaux Parolin, Czerny et Fernández, des théologiens Rowlands et Lushombo, et d'Olah, cofondateur d'Anthropic, le pape Léon XIV a présenté officiellement sa première encyclique, « Magnifica Humanitas ». C'est la première fois qu'un pape présente son document magistériel. Et il l'a fait avec force, offrant un résumé concis et direct des points clés du texte. Avec un appel clair : « L'IA exige d'être désarmée. »

« L'IA exige d'être désarmée », a-t-il poursuivi. « Je sais que le mot est fort, mais je l'ai choisi délibérément », a expliqué le pontife, soulignant que « des mots capables de capter l'attention sont nécessaires ». « L'IA exige d'être désarmée, libérée de la logique qui en fait un instrument de domination et de mort », dans un monde marqué par le réarmement nucléaire et l'exclusion.

« Les décisions concernant les technologies ne doivent pas être dissociées de la prise de conscience et de la responsabilité. Restons vigilants », a-t-il souligné, après avoir remercié chacun pour sa présence et l’aide de « ceux qui ont partagé leurs connaissances et leur expérience » pour faire de Magnifica Humanitas une réalité aujourd’hui.

Pourquoi cette encyclique ? « En raison de la gravité du moment », a confié le Pape, évoquant « un moment charnière de l’histoire », semblable à celui où, 135 ans plus tôt, Léon XIII lançait son encyclique « Rerum Novarum », conscient que « l’Église ne pouvait rester à l’écart » des changements sociaux. « Rerum Novarum a délivré un message évangélique et social à un tournant historique (…). Aujourd’hui, nous sommes confrontés à une transformation similaire, aux conséquences encore plus importantes. »

Et de fait, a reconnu Prevost, « l’IA influence de nombreux aspects de nos vies » et « transforme radicalement la manière dont les guerres sont menées ».

À l’instar de son prédécesseur, Léon XIV se sent « engagé à contempler cette grande transformation avec un regard de foi, une ouverture au mystère, et le cri des pauvres et de la terre résonnant dans mon cœur ».

Magnifica Humanitas « est née de l’écoute » d’hommes et de femmes de tous horizons, dans l’Église, dans les familles, dans l’éducation, et parmi « ceux qui œuvrent sans relâche pour l’avènement de normes justes ».

« J’ai aussi entendu d’autres voix, plus inquiétantes, au sujet de systèmes d’armes de plus en plus autonomes (…). J’entends des témoignages très préoccupants concernant des algorithmes capables de bloquer l’accès aux soins de santé grâce à des données fondées sur des injustices », a déclaré le Pape, confirmant avoir « entendu le silence des sans-voix ». D’où sa conviction finale : « L’IA doit être désarmée. »

« J’invite chacun et chacune à apprendre à s’écouter, à affronter les défis actuels avec courage et à bâtir une société plus fraternelle et plus humaine. »

Évoquant son expérience de missionnaire lors des inondations dévastatrices au Pérou en 2017, le Pape a souligné qu’« il nous faut reconstruire, mais reconstruire ne consiste pas à réparer ce qui a été détruit, mais à restaurer les liens et la confiance en l’avenir. » Avec une maxime : « Nul ne reconstruit seul », ce qui l’a amené à se souvenir de Méhémie et de la nouvelle Jérusalem, bâtie brique par brique.

« L’IA peut être le fondement d’une histoire construite dans la communion, où le processus technique se met au service de la vie humaine », a conclu le Pape, exhortant : « N’ayons pas peur de l’IA, mais gardons toujours la question humaine au centre. Nous ne pouvons pas être négligents avec nos instruments techniques les plus avancés. » Il a appelé à agir ainsi « avec une vision globale » du bien commun, et à le faire ensemble. « Ce n’est pas un rêve naïf ; c’est la civilisation de l’amour, c’est une direction, c’est le chemin que Jésus-Christ ouvre dans l’histoire. » C’est pourquoi l’Église entend participer aux futurs dialogues. « J’invite chacun et chacune à apprendre à s’écouter, à affronter les défis actuels avec courage et à construire une société plus fraternelle et plus humaine », a conclu Prevost, réitérant son appel à la vigilance.

https://www.religiondigital.org/leon-xiv/papa-presenta-primera-enciclica-ia-desarmada-leon_1_1454909.html

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