01/06/2026
Témoignage de Marie-Noël Florant sur les questionnements et inquiétudes de ses petits-enfants face à l'instabilité du monde et de sa place spécifique pour les accompagner.
Si je mobilise les souvenirs de ma propre jeunesse, le mot « violence » me renvoie immédiatement à cette période étonnante et troublée de mai 1968. Les examens bousculés, la présence policière... l'ambiance était alors inquiétante. Ce fut, certes, un épiphénomène dans une société qui se cherchait mais restait, en apparence, plutôt calme.Aujourd’hui, nos petits-enfants font face à une tout autre violence. Plus pernicieuse, multimodale et agressive, elle s'impose à eux en permanence, notamment à travers les réseaux sociaux.Afin de coller à cette réalité qui n’est plus la nôtre, j’ai questionné mes petits-enfants et quelques jeunes de banlieue parisienne, âgés de 12 à 25 ans. Je leur sais gré de s’être livrés avec confiance. Loin d'y découvrir du défaitisme, j'ai reçu une formidable leçon de résilience.Des ressentis différents selon l'âgePour les plus jeunes (12-15 ans), la perception change vite. Entre 12 et 14 ans, encore ancrés dans l’enfance et souvent préservés des réseaux sociaux, c'est la mondialisation des guerres qui inquiète : « Cela m’inquiète dans le monde », « Qu’est-ce que cela peut devenir ? », me confient nos deux petits-fils de douze ans.Chez notre petite-fille de 14 ans, on voit déjà poindre les angoisses de ses cousines plus âgées : le harcèlement et les viols évoqués dans l'actualité. Deux de nos petits-fils se sont fait voler leur portable dans la rue. Mais malgré ces faits ponctuels, la violence de proximité reste toutefois à distance. Ils attendent une protection des adultes, particulièrement de leurs parents. Chez leurs grands-parents, ils apprécient de trouver du calme et de la disponibilité : « Je me sens à l’abri », « J’aime que mes grands-parents me donnent du temps ».Leurs aînés (16-25 ans)se heurtent de plein fouet aux réalités et aux agressions du quotidien. Très présents sur les réseaux sociaux, ils savent pourtant s’en éloigner pour se protéger. Toutes les jeunes filles – et même les jeunes gens – sont sensibles aux violences faites aux femmes et à l’insécurité dans la rue (insultes, peur de rentrer t**d, harcèlement…) Une de nos petites-filles remarque que cette misogynie devient hélas « très banale ».Certains sont très réceptifs à la violence politique et géopolitique, mesurant ses conséquences directes : « Prix de l’énergie ; vais-je trouver du travail ? Quelle place pour l’environnement ? ». Le monde professionnel n'est pas épargné, touchant stagiaires et jeunes actifs à coup de propos déplacés et de compétition : « Cela nous empêche de devenir copines », regrette une autre petite-fille. Le climat mondial obère leur vision de l’avenir : « Est-il raisonnable d’envisager d’avoir des enfants ? », me confie un de mes petit-fils de 23 ans.Ces jeunes attendent des adultes qu'ils les écoutent, les rassurent et qu’ils prennent soin de la santé mentale des plus jeunes. Ils réclament aussi plus de maturité de notre part : « Beaucoup d’adultes disent des bêtises, tiennent des propos non réfléchis, sans arguments. »Une autre jeunesse, un autre huis closCe tableau, déjà complexe, se fracture un peu plus lorsque l'on tend l'oreille vers d'autres horizons. Les témoignages que j'ai recueillis auprès de quatre jeunes d’une aumônerie de banlieue parisienne révèlent une réalité radicalement différente. Pour eux, la violence n'est ni virtuelle ni lointaine, ni d'ordre géopolitique : elle est physique, immédiate, et s'incarne dans les rixes entre bandes rivales.Dans ce quotidien dicté par les règles du quartier, la rupture avec le monde des adultes est presque totale. Contrairement à mes petits-enfants, ces jeunes n'attendent rien de notre génération. Leurs interactions avec les adultes sont minimes, et la figure des grands-parents est quasiment absente de leur paysage relationnel sauf à attendre qu’ils prient pour eux. Ils évoluent dans un monde horizontal, entre pairs, où la survie et la solidarité se conjuguent exclusivement au présent et entre jeunes.Notre rôle de grands-parentsAu terme de cet exercice, je réalise que si le monde n’est pas forcément plus violent « qu’à notre époque », la réflexion de nos adolescents et jeunes adultes est d'une grande maturité. Je n’ai malheureusement pas pu exploiter plus avant tous les propos qu’ils m’ont tenu. Mais je constate que malgré les vents contraires, leur volonté d’avancer et leur énergie nous tirent vers le haut.Dans ce contexte, que pouvons-nous leur apporter ?D’abord, une écoute inconditionnelle et aimante. Nous ne sommes pas là pour faire la morale ! Offrons-leur un espace de liberté et de calme au milieu des tempêtes médiatiques. Ils attendent aussi que nous leur manifestions notre affection. Comment ne pas fondre de bonheur lorsque nos petits-enfants nous serrent dans leurs bras ? Alors ne passons pas à côté des câlins et des moments où ils se confient et osons leur dire que nous les aimons. Créons ce refuge de confiance et de sécurité dont ils ont besoin. Haut les cœurs ! L’avenir est en de bonnes mains.Lire pour poursuivre: Créer un espace de paix ensemble
Marie-Noël Florant témoigne des questionnements et inquiétudes de ses petits-enfants face à l'instabilité du monde et de sa place spécifique pour les accompagner.