26/03/2026
Histoire de la communauté juive de la Vallée de la Bruche - Suite
Berthe Lang
Fille de Samuel Lang et Ernestine née Meyer, elle est la dernière enfant d’une fratrie de 12 et sœur de Léon (magasin Lang à La Broque) et de Henri (magasin au 116 grand’rue à Schirmeck)
Elle nait en 1884 à La Broque et vit avec sa famille au 32 grand rue (aujourd’hui rue du Général de Gaulle). En 1907, elle habite à Paris rue Charles Nodier (18e) avec son père et cette année-là, elle se marie avec Benoît Nadler roumain d’origine, coupeur de métier (le coupeur effectue, le placement, le traçage et la découpe des pièces composant un article).
Tous les deux, ils s’installeront au 75 rue Vallier à Levallois Perret qui sera également l’atelier de tailleur de Benoît. Ils auront deux fils : André et Maurice qui naîtront en 1908 et 1909.
Berthe garde des contacts avec sa famille, notamment sa sœur Jeanne et son mari Georges Lalanne qui habitent à Paris. Ils mènent une vie familiale harmonieuse, caractérisée par le travail assidu et la réussite.
L’ordonnance du 18 octobre 1940 est une pièce centrale des restrictions des droits des Juifs et de la censure sous l'occupation allemande en France En zone nord, sous contrôle allemand, elle place sous séquestre les entreprises et biens appartenant aux Juifs absents ou arrêtés.
26/04/1941 : Troisième ordonnance allemande relative aux mesures contre les Juifs. Cette ordonnance donne une nouvelle définition du Juif et élargit les interdictions d'exercice de professions à tout le secteur des activités commerciales. Cette ordonnance sera suivie des premières rafles.
À la suite de ces ordonnances, un administrateur provisoire est nommé par le commissariat général aux questions juives afin de liquider ce commerce et spolier les biens et liquidités des Nadler.
Alors que l’administrateur épluche les comptes de l’entreprise, celui-ci tombe sur un reçu de 5000 frs en règlement de deux prêts contractés auprès de monsieur Lalanne. Or, d’après l’administrateur rien ne prouvait que ces prêts aient été consentis. L’administrateur relève que monsieur Lalanne est le beau-frère de Benoît Nadler puisqu’il a épousé une des sœurs de Berthe (Jeanne) ; « Il m’est apparu que cette opération était fictive et avait pour but de se faire remettre ces 5000 francs pour les rendre ensuite aux Nadler (..) et ai prié monsieur Lalanne à reverser cette somme à l’actif de la liquidation cette somme » ; peu de temps après Berthe remet donc la somme en liquide à l’administrateur.
Parmi les courriers une question revient souvent sur la nationalité de Benoît Nadler, et celle-ci est confirmée par l’administrateur tout en faisant le décompte des marchandises et matériel de l’atelier.
Benoît Nadler est roumain et sa femme également (par mariage) or, le 17 septembre 1942, le ministère des Affaires étrangères à Berlin déclare que, suite aux négociations entre Berlin et le Gouvernement roumain, les Juifs roumains, habitant le Reich ou autres pays occupés, pourraient désormais être déportés. Après avoir reçu ce message, le chef de la police parisienne, Emile Hennequin, envoie une note concernant les prochaines arrestations. Hennequin exige qu'un fichier soit établi pour chaque Juif et que les arrestations soient exécutées aux petites heures du matin.
Un dernier courrier envoyé par l’administrateur aux époux Nadler revient avec cette réponse ; partis sans laisser d’adresse ; ils ont été raflés le 24 septembre de cette même année, envoyés à Drancy et déportés par le convoi 38 du 28 septembre 1942 ; ils seront gazés dès leur arrivée le 3 octobre 1942. En janvier 1943 le dossier Nadler est clôturé. Le montant total spolié aux époux Nadler est de 14.172,44 frs
photo Yad Vashem: World Holocaust Center, Jerusalem