17/05/2026
125 ans du Parti Républicain, Radical et Radical-Socialiste
(1901–2026) :
Comment le radicalisme a inventé la politique moderne en France
À l’occasion du 125e anniversaire de la fondation du Parti Républicain, Radical et Radical-Socialiste, retour sur l’épopée du plus vieux parti de France. Des barricades du XIXe siècle aux salons de la Place de Valois, récit d'une aventure qui a forgé la République laïque.
Par Éric Malmaison, président de la Société d’Histoire du Radicalisme — Publié le 17 mai 2026
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Le « big bang de la rue Serpente »
Du 21 au 23 juin 1901, le congrès fondateur du Parti républicain, radical et radical-socialiste se réunit à Paris, rue Serpente. Dans la salle de l’Hôtel des Sociétés savantes, 1 132 délégués se pressent : parlementaires, élus locaux, journalistes et francs-maçons. Ce jour-là, le premier grand parti moderne de la République française voit le jour.
Cette création est l'aboutissement d’un long processus. Dès 1892, le groupe de la Gauche démocratique avait été fondé au Sénat, dont Émile Combes deviendra l'un des leaders. Le congrès de 1901 marque ainsi l’unification d’un courant républicain ancien et multiple, désormais doté d’une organisation permanente.
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Des barricades au refuge lexical : la genèse d'un mot
Le mot « radical » apparaît en France en 1819 sous la plume de la droite ultra-royaliste pour disqualifier les réformateurs extrêmes. Sous « la Monarchie de Juillet », l’affirmation républicaine étant durement réprimée, le terme devient le refuge lexical des oppositions démocratiques autour d'une revendication centrale : le suffrage universel.
• Étienne Garnier-Pagès, élu en 1835, s'impose comme l’un des premiers parlementaires radicaux.
• François Arago associe combat démocratique et question sociale en réclamant « l’organisation du travail ».
• Alexandre Ledru-Rollin devient le chef de file du mouvement dès 1841.
La révolution de 1848 offre aux radicaux leur première expérience du pouvoir au sein du gouvernement provisoire. Mais le coup d’État de 1851 de Louis-Napoléon Bonaparte disperse le mouvement dans l'exil et la clandestinité.
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L'effet Gambetta et le Programme de Belleville
Dans les années 1860, une nouvelle génération émerge sous la conduite d'un jeune avocat : Léon Gambetta. En 1869, son célèbre Programme de Belleville fixe les axes du radicalisme moderne :
• Suffrage universel intégral et libertés publiques totales (presse, réunion).
• Instruction primaire gratuite, laïque et obligatoire.
• Séparation des Églises et de l’État.
En 1872, à Grenoble, Gambetta annonce l’irruption d’une « couche sociale nouvelle » : les classes moyennes (artisans, commerçants, instituteurs), qui vont devenir le socle électoral indéboulonnable du radicalisme.
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La guerre des gauches : Opportunistes contre Intransigeants
Sous la IIIe République naissante, le mouvement se divise en deux familles :
Les « Opportunistes »
• Chef de file : Léon Gambetta
• Doctrine : Favorables à des réformes par étapes, ils privilégient les compromis pour enraciner la République.
Les « Intransigeants »
• Chefs de file : Georges Clemenceau, Camille Pelletan
• Doctrine : Ils exigent l’application immédiate du programme démocratique, fiscal et social.
En 1880, Clemenceau résume leur ambition : impôt sur le revenu, retraites ouvrières et droit syndical. Malgré leurs querelles, les radicaux participent aux grandes lois des années 1880 (école laïque) et s'opposent farouchement à la politique coloniale de Jules Ferry.
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Le Solidarisme face aux crises de la République
Les années 1880 et 1890 sont secouées par des crises majeures. Le radicalisme est d'abord fragilisé par la vague boulangiste, puis par le scandale de Panama, où Clemenceau est éclaboussé au point de perdre son siège en 1893.
Pourtant, le mouvement se réinvente grâce à Léon Bourgeois, qui forme en 1895 un gouvernement exclusivement radical. Il théorise le solidarisme : une troisième voie entre capitalisme libéral et collectivisme marxiste, conciliant justice sociale et propriété individuelle. L’affaire Dreyfus parachève cette recomposition, installant les radicaux comme les champions de la laïcité.
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1901 : La charte de la rue Serpente
La perspective des législatives de 1902 pousse à l’unification. Une grande circulaire est adressée aux comités et aux loges du Grand Orient de France pour organiser le congrès de juin 1901, avec un objectif clair : faire barrage au cléricalisme et à la réaction.
Le rôle de la Franc-maçonnerie :
Loin d'être une direction occulte, elle constitue un réseau de sociabilité républicaine et humaniste essentiel, facilitant la circulation des idées progressistes sur tout le territoire.
Bien que Clemenceau refuse d'abord de se lier à cette « machine partisane », les barons du mouvement fixent la charte du parti. Camille Pelletan fait adopter la déclaration finale : attachement à la propriété individuelle (qui les distingue des socialistes), impôt sur le revenu, séparation des Églises et de l’État, et retraites ouvrières.
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L'âge d'or de la République radicale
Inspiré du modèle britannique, le Parti radical se structure de manière pyramidale, reliant les comités de province à Paris. Il devient la force pivot de la IIIe République, s’appuyant sur les « hussards » de la fonction publique : instituteurs, petits fonctionnaires, buralistes et médecins de campagne.
Aux élections de 1902, le Bloc des gauches triomphe. En faisant entrer la France dans l’ère des partis modernes, le Parti radical s'installe pour près de quarante ans comme l’axe central de la vie politique française.
Un siècle et demi plus t**d, notre République porte encore son empreinte : la laïcité, le solidarisme et le primat du débat parlementaire.