03/06/2026
Transfert de mails perso : Le "Droit à la preuve" est-il un joker tout-puissant ?
Par LORENE DO CASAL
Déléguée Générale du SECI
Droit Social - Droit des Restructurations d’Entreprises
C’est un réflexe classique en cas de conflit : un salarié transfère des documents de sa boîte pro vers sa boîte perso pour « préparer sa défense ».
Mais Attention : le Conseil d’État vient de valider le licenciement d'une salariée protégée pour ce motif.
Le message est clair : la fin ne justifie pas (toujours) les moyens.
Même sans intention de nuire ou de divulguer les données à des tiers, la redirection massive de courriels contenant des données sensibles (secret professionnel, données de santé, RGPD) constitue une faute grave.
Cette position est à nuancer puisque la Cour de cassation se montre plus "clémente".
Contrairement au juge administratif, la chambre sociale de la Cour de cassation a récemment validé des situations où le salarié a pu conserver son poste malgré des transferts :
Arrêt du 9 avril 2025 (n°24-12.055) : Le licenciement est écarté pour une salariée ayant transféré un mail avec pièces jointes en violation des règles de sécurité, car elle avait une forte ancienneté et n'avait jamais reçu de rappel à l'ordre préalable.
Arrêt du 1er octobre 2025 (n°24-16.858) : La faute grave est rejetée car, bien que confidentielles, les données n'avaient pas été détournées de leur finalité et n'avaient pas été utilisées de manière abusive ou dissimulée.
Salariés, faites donc attention à :
La "Stricte Nécessité" : Vous ne pouvez pas tout copier « au cas où ». Chaque document doit être indispensable à un litige existant ou imminent.
La charge de la preuve : C'est à vous de prouver que le document transféré est directement lié à votre défense.
Risque pénal et disciplinaire : Outre le licenciement, l'appropriation frauduleuse de données peut vous coûter cher.
Quant aux employeurs, retenez que :
Le juge retient la faute si le salarié a été formé et que la Charte Informatique interdit explicitement ces pratiques.
Le licenciement ne se fait pas à vue ! Le juge vérifie si le volume est "massif" et si les données sont réellement sensibles.
Tout est donc une question de curseur entre le respect de la vie de l'entreprise et le droit fondamental de se défendre.
Il ne faut pas confondre le Droit d'accès RGPD (demander ses données à l'employeur) et l’Auto-archivage. Le premier est un droit légal, le second est un risque disciplinaire majeur.
CE 20 fév. 2026, n°497066